Trois organisations étudiantes - DéFi Jeunes, les Étudiants Démocrates Humanistes et la Fédération des Étudiants Libéraux - déplorent la confiscation et le monopole de la représentation étudiante officielle par une seule entité: la Fédération des étudiants francophones (FEF). Ils demandent à Madame Glatigny, ministre en charge de l’Enseignement supérieur, de repenser et de changer ce modèle qui manque cruellement de pluralisme.

Par Antoine Couvreur, Président de DéFi Jeunes,
Frédéric Cogneau, Président des Étudiants Démocrates Humanistes et
Adrien Pironet, Président de la Fédération des Étudiants Libéraux

Depuis la disparition de l’Unécof il y a un an, la Fédération des étudiants francophones (FEF) occupe les devants de la scène de la représentation étudiante en Fédération Wallonie-Bruxelles ; une situation qui expose au jour un manque criant de légitimité dans un système devenu monopolistique. Alors que la rentrée de l’année académique approche à grands pas, nous souhaitons rappeler l’importance de mener un débat serein sur la question et demandons à la ministre en charge de l’Enseignement supérieur, Valérie Glatigny, de se saisir du dossier en évaluant le Décret participation. Dans l’espoir que le modèle soit repensé et puisse, enfin, permettre une représentation étudiante réellement plurielle dans ses idées et ses identités.

Quoi de plus antidémocratique qu’un système d’élection indirecte?

De notre point de vue, le système actuel de la représentation étudiante est imparfait. En premier lieu, il convient de souligner son déficit de légitimité. Actuellement, une fois l’an, les étudiants élisent, directement, leurs représentants étudiants. Ceux-ci composent un Conseil étudiant aux mains duquel revient la décision finale de soit s’affilier à l’une ou l’autre ORC (organisation de représentation communautaire) , soit de ne pas s’affilier du tout. Au sein même des ORC, cette procédure est d’ailleurs considérée comme étant très chronophage (+ de 40 soirées anuelles contradictoires au sein des facultés) et engage sans compter l’énergie de leurs membres. En termes de légitimité, il est clairement discutable qu’un groupe restreint d’étudiants (ici, le Conseil étudiant) soit le seul et unique décisionnaire au moment de l’affiliation à une ORC. D’autant plus qu’un Conseil étudiant installé en début d’année compte en son sein des membres primo-arrivants qui ne connaissent pas nécessairement les tenants et aboutissants de leur vote pour une ORC, puisqu’ils n’ont pas encore eu le temps de se familiariser avec le fonctionnement de la représentation étudiante. N’y-a-t-il rien de plus antidémocratique qu’un système d’élection indirecte où l’étudiant se voit dépossédé de son droit de participer à la prise de décision (ici, le choix de l’ORC) sur son campus, a fortiori quand cela le concerne directement ? Sous la coupe de cette élection indirecte, les étudiants se retrouvent finalement privés de leur liberté de choix. Enfin, de déficit de légitimité, il en est également question quand on sait que le taux de participation aux élections étudiantes est loin d’atteindre des sommets mirifiques. Difficile d’assimiler cela à une "démocratie étudiante".

Pas d'autre alternative que de s’affilier à la FEF

En second lieu, il convient de pointer un déficit de pluralisme. Depuis le départ de l’Unécof, la FEF constitue la seule et unique ORC encore en activité en Fédération Wallonie-Bruxelles. Hormis le fait d’être indépendants de toute structure et donc, de ne pas être représentés au niveau communautaire (soit un étudiant sur cinq en Fédération Wallonie-Bruxelles !), les étudiants n’ont aucune autre alternative que de s’affilier à la FEF. Une situation une nouvelle fois hautement problématique sur le plan démocratique. À l’heure où les enjeux et défis à venir sont légions pour l’enseignement supérieur, nous contestons la confiscation et le monopole de la représentation étudiante par une seule entité. On se retrouve alors avec des centaines d’étudiants, qui sont représentés par une ORC avec laquelle ils ne partagent pas les idées. Nous revendiquons, au contraire, l’existence d’une multitude d’idées et d’identités au sein du monde étudiant. Le pluralisme n’est pas un gros mot et pourtant, s’agissant de représentation étudiante, il n’a jamais été aussi peu présent qu’aujourd’hui.

Modifier le décret participation

À la lumière de ces constats, l’enjeu est de taille : il s’agit de permettre la création d’une ou plusieurs ORC, ou plus généralement, de donner corps à la représentation étudiante. Pour ce faire, nous proposons plusieurs pistes complémentaires. La première d’entre elles consiste à assouplir les critères de reconnaissance imposés par le décret participation, voire à en révoquer certains. Ce décret, promulgué en 2012, comprend en réalité des critères beaucoup trop rigides que pour permettre l’éclosion d’un nouvel acteur. Il s’agit par exemple des critères numériques ou du critère du pluralisme. Une autre piste consisterait à instaurer le principe de l’élection directe de l’ORC par les étudiants en privilégiant, dès lors, un mode de démocratie directe. Outre le fait que ceci permettrait sans doute de susciter un plus grand intérêt de la part des étudiants, cela aurait aussi l’avantage de responsabiliser les ORC puisqu’elles devraient rendre des comptes auprès du public étudiant. Une dernière piste viserait à permettre aux étudiants d’adhérer directement auprès de l’ORC de leur choix, voire de rester indépendant. D’une affiliation pleine et unique décidée par les Conseils étudiants, nous passerions à une affiliation individuelle. De quoi, là aussi, renforcer l’intérêt et de l’attention des étudiants à l’égard des organisations représentatives. Après tout, comme dans le monde du travail qui nous attend après, chaque étudiant doit pouvoir choisir d’être représenté par qui il le souhaite, ou tout simplement de ne pas l’être.