Une opinion de Xavier Guyaux, enseignant en secondaire et en Haute Ecole.


L’arrivée du MR dans les négociations pourrait remettre cette réforme de l’éducation en question.


Les avis concernant le tronc commun sont partagés, et c’est un euphémisme. Ce qui avait été annoncé par la ministre comme une réforme qui devait emporter l’adhésion de tout le Parlement, vu que cette réforme engage plusieurs législatures, a été votée majorité contre opposition, sans le consensus nécessaire donc, et contre l’avis du MR.

Les avis sur le tronc commun peuvent facilement se résumer. D’une part il y a les partisans de l’égalité à tout prix, quitte à avoir une baisse du niveau, d’autre part il y a les partisans de la progression maximale pour chacun, quitte à avoir des inégalités à l’arrivée.

Pour justifier auprès de tous ce tronc commun, des études sont citées selon lesquelles celui-ci est bénéfique pour tous. Ce qui est contesté par d’autres études…

Qui a raison ? L’éducation n’est (heureusement ?) pas une science exacte. Pour deux raisons, la première est que les élèves sont pires que le chat de Shrödinger : en éducation, l’observation fausse les résultats. La deuxième raison est l’effet Simpson, il est impossible d’isoler toutes les variables explicatives d’un phénomène, il se peut donc qu’il y ait des variables "cachées" qui faussent les résultats.

Comme il est impossible de démontrer scientifiquement la pertinence ou non du tronc commun, la seule solution est de se baser sur des études empiriques ou sur des expériences personnelles. Pas étonnant donc que les conclusions soient divergentes.

Aucune certitude n’existe donc sur le bien-fondé ou non du tronc commun, ce qui est confirmé par le fait que chaque pays voire communauté choisisse un tronc commun plus court (parfois limité à la fin des primaires) ou plus long. Il est en effet difficile de croire que des gouvernants choisissent un système qu’ils savent mauvais.

Est-il dès lors responsable de prendre le risque de sacrifier toute une génération d’élèves ? Ne serait-il pas plus sage de laisser le choix ? Laisser le choix aux différentes écoles. Laisser le choix aux parents. Laisser parfois le choix aux enfants ? Ou bien fait-on aussi peu confiance à l’être humain et à sa capacité de choisir ?

Ce choix permettrait de remporter l’adhésion de tous. Puisque selon la ministre, 50 % des enseignants souhaitent le tronc commun, le choix permettrait de ne pas démotiver les autres 50 %. Et chacun sait l’importance de la motivation dans une profession telle que l’enseignement. Les parents aussi pourraient alors choisir ce qui conviendrait le mieux à leurs enfants. Les enfants qui ont un projet clair ne devraient plus attendre plusieurs années pour apprendre leur passion, au risque d’être dégoûté de l’école à tout jamais. Les autres pourraient prendre plus de temps pour trouver leur voie.

Quid des partisans du tronc commun ou de ses détracteurs qui ont peur de laisser ce choix ?

Il n’est pas inutile de rappeler en outre que le choix existe déjà pour certains : l’enseignement néerlandophone pour les Bruxellois qui le peuvent, les écoles privées pour ceux qui en ont les moyens. Offrir le choix dans l’enseignement francophone organisé ou subventionné par la Communauté française diminuerait simplement cette injustice en offrant le même choix à tous, indépendamment de leur situation géographique ou de leurs moyens financiers.

(1) : blog de l’auteur : http://blog.economiques.org/

Titre et chapô sont de la rédaction. Titre original : "Tronc commun : enjeu des négociations PS-Écolo-MR ?"