Une opinion de Bruno Hendrickx, directeur de l’école primaire Collège Cardinal Mercier à Braine-l’Alleud.

Les directions sont tout simplement noyées par le travail engendré par les milliers de pages émanant des différentes circulaires envoyées par la Fédération Wallonie Bruxelles lors de cette rentrée scolaire, sans compter la charge de travail trop importante qui leur incombe habituellement. D’ailleurs, à ce propos, l’Ufapec a rédigé un excellent article le 25 août revendiquant pour les directions "le droit de travailler dans des conditions qui soient humaines et acceptables".

Si la situation des directions des écoles fondamentales était déjà peu tenable en temps normal et dénoncée depuis des années, elle est devenue tout simplement intenable sur du moyen terme avec la venue du Covid et les mesures sanitaires et pédagogiques imposées et nécessaires. Car que les choses soient bien claires : aucune direction ne rechigne au travail ou traîne des pieds pour adapter le fonctionnement des écoles afin de faire face au Covid et d’assurer le meilleur enseignement possible pour les enfants et les familles. Non, les directions crient grâce car elles n’arrivent pas à suivre la cadence infernale imposée par le ministère et craignent de devoir bâcler certaines mesures qui semblent fort intéressantes et nécessaires.

L'état déplorable de nos écoles

Le Covid met en lumière le triste état de nos écoles fondamentales et la situation précaire des directions.

Voilà des années que les directions des écoles fondamentales du réseau libre font l’impossible pour pallier aux manquements de la Fédération Wallonie Bruxelles (FWB) et arrivent par bricolage, ingéniosité, courage et solidarité à faire tourner leurs écoles, soutenir leurs équipes, répondre aux demandes des familles.

Mais avec le Covid, ce très fragile équilibre ne tient plus la route. Les bricolages ne suffisent plus et les manquements criants n’arrivent plus à être palliés par la direction. Cet(te) femme/homme-orchestre, cet enseignant de formation qui fait en général de véritables miracles pour que tout fonctionne pour un mieux est tout simplement dépassé et il ne sait pas s’il sera capable de faire encore plus avec toujours presque rien. Car le problème est bien là : rien n’est fait pour l’aider. Ils sont les oubliés du système éducatif alors que c’est sur leurs épaules que tout repose vu qu’ils sont seuls à la barre.

Tout le monde crie que : "l’enseignement fondamental est fondamental" …. Les politiques, les scientifiques, les familles, l’administration, tout ce petit monde est unanime mais dans la réalité c’est toujours le fondamental qui est le moins subsidié, qui reçoit le moins d’encadrement, qui est le moins bien payé. Alors, où est la cohérence entre le message et les faits ? Justement, la cohérence c’est la direction de l’école. C’est elle qui va tenter de palier à tout ce que la FWB ne fait pas. Qui va faire en sorte que l’équipe se sente valorisée, qui va donner un encadrement de qualité aux élèves, qui va développer sa créativité pour trouver des personnes, de l’argent, du matériel pour assurer un enseignement de qualité. Elle le fait tellement bien que bon nombre de parents et d’enseignants ,e connaissent pas la réalité du terrain.

Un directeur n'a qu'un seul cerveau, deux bras et ne dispose que de 24h dans sa journée

Mais là, c’est trop. La direction n’est qu’une personne avec un seul cerveau, que deux bras et qui ne dispose que de 24h dans sa journée. Alors comment peut-elle veiller à remplacer les nombreux enseignants malades ou écartés à cause du Covid, courir derrière les certificats et/ou attestation de testing des enfants absents, mettre sur pied la nouvelle plateforme numérique demandée, assurer le suivi des enfants absents, tester les nouveaux élèves pour le "FLA", encoder et envoyer les résultats à temps à l’administration qui ne propose aucune simplification, veiller à l’utilisation du capital période suite au comptage du 30/09 qui suit celui du 01/09 lié lui au comptage du 15/01 précédent ? Créer les nouveaux contrats, veiller à mettre sur pied les nombreuses réunions d’équipe afin de décider du canevas imposé par la FWB que devra suivre l’école pour permettre une différenciation de tous les élèves suite à la situation Covid, lancer son plan de pilotage ou le créer, veiller aux nouvelles exigences sanitaires et trouver une solution pour payer ce nettoyage supplémentaire, palier aux absences des ALE qui surveillent la garderie du matin, de midi ou du soir... sans oublier qu’il faut toujours veiller à la bonne qualité de l’enseignement et des surveillances, à la cantine scolaire, à aider les familles en situation précaire, à … la liste est sans fin et si tout devait être publié, l’article comporterait plusieurs pages. Et tout cela, en général, sans éducateur, sans comptable, sans secrétaire temps plein alors que pour un même nombre d’élèves, les écoles secondaires disposent de ce personnel. Où est la logique vu que les élèves de 5ème ou 6ème secondaire peuvent être licencié en cas d’absence d’un enseignant. Il y a bien longtemps que la logique ne fait plus partie du paysage du monde l’enseignement, les directions l’ont bien compris.

Alors, pour une fois, les directions du fondamental grognent. Ils demandent à leur fédération de réseau, le puissant SEGEC de taper du poing sur la table et d’exiger de la FWB de se pencher sérieusement sur ce statut des directions, sur le financement du fondamental. Les directions ne souhaitent plus entendre de doucereuses paroles mais veulent des faits. Si le fondamental est si …fondamental, ils veulent voir des actes et sans tarder. La pénurie des directions d’écoles fondamentales est déjà bien présente mais elle risque de devenir extrêmement problématique dans les années à venir si rien ne change car tout le monde le sait, on attire pas les mouches avec du vinaigre.

Rappel : Le réseau libre catholique, représenté par le Segec, organise à lui seul un peu plus de 50% de l’offre totale de l’enseignement fondamental en FWB contre 36% pour les villes et communes et seulement 16% pour la FWB. Cette proportion augmente encore pour le secondaire. Ce qui fait du réseau libre catholique l’acteur clé et majoritaire du secteur de l’éducation en FWB.( Indicateurs 2018 - 30 - Population scolaire par réseau dans l'enseignement fondamental et secondaire)