Opinions

Manifestement les «marches blanches» n'ont pas été suffisamment efficaces. Les commentaires suite à la «sortie» de Mariusz montre le chemin que le monde judiciaire doit encore parcourir.

Fondatrice du Mouvement du Citoyen européen

Avocat au barreau de Bruxelles

Sur la participation de Mariusz au match de foot du 16 août dernier, d'éminents représentants du monde judiciaire et du monde politique, se sont exprimés, les uns (les politiciens) dénonçant les défaillances judiciaires, les autres (les acteurs du monde judiciaire) tentant de protéger l'image de leur fonction.

Il est inacceptable, dans notre société «globale», que lesdites autorités prétendent rassurer le citoyen sans unité dans leurs discours.

Ainsi, le président du tribunal de première instance de Namur, regrette le fait que le monde politique «s'approprie, par le truchement des médias, les activités du judiciaire» et affirme que cela nuirait «grandement à la sérénité et à la qualité du travail de la justice» et que nous serions «à la limite de la violation du principe de la séparation des pouvoirs».

La ministre de la Justice, tout en dénonçant ouvertement l'erreur d'appréciation dont s'est rendu responsable le juge qui a accordé à Mariusz la sortie, précise cependant que cette erreur revêt un caractère grave pour trois motifs: «le traumatisme social qu'a causé le meurtre de Joe, la sécurité publique et l'exemple pour les jeunes», ensuite, à titre de réflexion personnelle, la ministre pense aux «jeunes non délinquants qui auraient rêvé d'assister au même match» !

La ministre de l'Aide à la Jeunesse de la Communauté française se dit «choquée» de la participation de Mariusz au match car l'activité ne fait pas partie d'un programme de réinsertion sociale et précise, devançant toute éventuelle responsabilité personnelle, que «ce type d'activité» n'est pas soumise à son approbation!

Comble de l'absurde, seule une représentante du monde politique s'interroge, à titre marginal, quant au fait que l'appel du parquet n'a été «traité» que le jour... après le match et donc après la sortie de Mariusz.

Question: comment aurait réagi la Pologne et l'Europe si, au lieu de Mariusz, c'est Adam qui avait bénéficié du congé pour aller assister au match, sous prétexte d'une «philosophie de rééducation», et que ledit Adam, après tous les efforts déployés par la police polonaise, avait pris la fuite à l'occasion de sa «sortie» ?

En réalité il ne s'agit plus d'une responsabilité à niveau national mais d'une responsabilité à niveau «global» et, certainement, à niveau européen. On ne peut pas limiter l'analyse de ces faits uniquement aux droits du citoyen belge mais l'élargir aux droits du citoyen européen. Le citoyen n'a-t-il pas avant tout droit à la défense, dépourvue de toute hypocrisie, de ses droits?

Et, d'ailleurs, quels sont les droits du citoyen dans ce contexte?

Le premier de ces droits est le droit du citoyen à un système judiciaire qui garantisse la gestion de la Justice «en bon père de famille».

Pouvons-nous admettre que, dans le cas d'espèce, l'on ait accordé à Mariusz (ou Noël ou Marie, loin de nous tout esprit de vengeance) de se rendre, comme tout jeune, à un match de foot, alors qu'il est suspecté d'avoir commis des faits d'une gravité extrême pour la société?

Un «bon père de famille» mais tout simplement «un père raisonnable» aurait-il gratifié son enfant dans ces circonstances, surtout si peu de temps après la survenance des faits?

La réponse à cette question est évidente sans avoir la moindre formation juridique, s'agissant seulement de bon sens!

Sur le plan juridique, est-il admissible que l'appel du parquet ait obtenu «satisfaction» seulement... le lendemain du jour du match?

Une erreur de ce type est inadmissible, pour tout citoyen. C'est également une violation flagrante du droit du citoyen à une Justice bien gérée.

D'autres droits du citoyen sont violés, sans nécessité d'en faire la liste exhaustive. Notamment, la finalité des IPPJ n'est-elle pas de «protéger la société et éviter les rechutes» ?

Il me semble qu'aucun de ces deux droits n'ait été suffisamment sauvegardé en l'espèce.

Quant au droit de vivre dans une société où le citoyen est protégé, le fait que la SNCB ait pris l'initiative d'installer 1500 caméras supplémentaires dans les gares belges, démontre le sentiment d'insécurité dans lequel nous vivons.

Quant au droit du jeune délinquant à être assisté aux fins de sa rééducation, la décision de la juridiction d'appel refusant (tardivement) la sortie, laisse supposer que les intervenants de l'IIPJ ont fait preuve d'une grave légèreté qui aurait pu mettre en péril l'intérêt du jeune lui-même.

A cet égard, peut-on affirmer que si Mariusz avait pris la fuite à l'occasion du match, il aurait été le seul responsable de son geste ou plutôt que la responsabilité aurait dû être imputée à l'administration qui n'a pas agi «en bon père de famille» en abandonnant Mariusz à lui-même?

Je ne partage nullement le point de vue du président du tribunal de première instance de Namur qui, en dénonçant l'attitude de la presse, responsable selon lui d'exploiter l'émotion populaire au lieu d'«expliquer», sous-estime les capacités intellectuelles du citoyen en se demandant, par pure rhétorique, si «l'opinion aurait été dérangée si le mineur avait assisté à une représentation d'Andromaque» («La Libre» 29 août 2006, page 3).

Eh bien oui, monsieur le Président, je pense que le peuple n'est vraiment pas aussi simple intellectuellement que vous ne le croyez et donc il aurait eu la même réaction dans ce cas aussi. Ce n'est pas l'objet de la sortie que l'on réprouve, mais la sortie elle-même, en ce qu'elle ne garantit ni la sécurité du jeune ni, moins encore, celle de la société qui l'entoure.

Manifestement, les «marches blanches» n'ont pas été suffisamment efficaces, la Justice reste lointaine du citoyen et, chaque fois que ce dernier tente de faire entendre son opinion, il se trouve un «homme de loi» pour lui expliquer qu'il n'est pas capable de comprendre!

Notre société «globale» exige un changement réel, qui doit passer par la reconnaissance d'une obligation de résultat dans le chef des structures qui ont la mission de gérer la société. C'est ce changement qui est réclamé par le citoyen. Qu'en est-il enfin du monde judiciaire dont je fais partie? Je pense que les acteurs du monde judiciaire (avocats, magistrats et autres) ainsi que les politiciens doivent mettre au service du citoyen leurs compétences respectives pour réaliser ce but en s'abstenant de faire des discours abstraits, qui ne font qu'éloigner le citoyen de l'Etat et de la Justice.

Titre et sous-titre sont de la rédaction

© La Libre Belgique 2006