Une opinion de Pie Tshibanda, psychologue, écrivain et conteur.


Alors que le président Congolais Tshisekedi sera à Bruxelles lundi, l’écrivain appelle au calme ceux qui voudraient manifester contre sa venue.


Entre Congolais du pays et ceux de la diaspora, les violons ne s’accordent pas toujours. Les premiers accusent les autres de ne jamais être là lorsqu’il faut affronter la police répressive des dictateurs, de n’apparaître qu’après la victoire, lorsqu’il faut se partager le butin. Ceux de la diaspora répondent : c’est une erreur de croire qu’à l’étranger on ne fait rien pour le pays d’origine. En témoignent les nombreux transferts d’argent au profit des nôtres, en témoignent aussi les stigmates que certains parmi nous (dont Félix lui-même) portent suite aux affrontements avec la police en Occident. La victoire sur l’oppression est le fruit des efforts conjugués des uns et des autres. C’est une erreur de ne pas reconnaître que la vie politique de nos pays se joue aussi en dehors de chez nous.

Une chose est de reconnaître les mérites de ceux qui ont été vigilants et qui ont profité de l’espace démocratique en Occident pour organiser différentes manifestations en faveur du Congo, une autre est de rappeler qu’être "combattant" autoproclamé n’est pas un métier. Dire à nos musiciens : "Vous êtes des leaders d’opinions, vous n’avez pas à faire l’apologie des hommes politiques…", oui ; organiser des marches de protestation lorsque le Congo est envahi, oui. On combat pour le bien-être de nos compatriotes et de nous tous ; on combat contre l’injustice, oui. On est "combattant", on défend une juste cause. Mais ne vient-il pas aussi ce moment où il faut faire le point, additionner les petites victoires et se poser la question de savoir ce qu’il y aurait encore à améliorer ? Se dire que les musiciens congolais ont compris la leçon et qu’il faut permettre qu’ils reviennent jouer en Occident ?

Monsieur Félix Tshisekedi Tshilombo [le président de la République démocratique du Congo] est attendu en Belgique la semaine prochaine. Une organisation est mise en place pour lui permettre de rencontrer les Congolais de la diaspora ; il suffit de s’inscrire, de préparer un mémo, de donner des idées… C’est l’occasion de s’exprimer, de proposer des réajustements s’il le faut. Mais que voyons-nous sur les réseaux sociaux ? Des messages de mobilisation qui ne se justifient pas, de la part de certains Congolais qui ameutent les autres : "Venez nombreux, l’heure a sonné… venez dans un esprit de guerre, nous devons empêcher que Tshisekedi soit accueilli… Ce jour-là, tout sera permis, nous n’écouterons aucun conseil, il y aura des blessés…" Avec pareilles incitations à la haine, peut-on encore se dire "combattant" ? De quoi et au nom de qui ?

Le crime de Félix : "Il a pactisé avec Kagamé, il s’est entendu avec le G7 pour la balkanisation du Congo, pour l’exploitation de nos minerais par les Blancs…" Ces récriminations sempiternelles sont ponctuées du slogan "Ingeta" (nous sommes tous d’accord) ; la parole, prise tour à tour, s’investit dans une violence inouïe. Mais à force de cracher le venin, l’hydre à plusieurs têtes finit par se trahir : "Venez nombreux, il s’agit d’un match retour ; au match aller nous avions vaincu le père (Etienne Tshisekedi) ; maintenant nous devons neutraliser son fils. Nous devons en finir avec cette famille."

Il est donc question d’en finir avec une famille ! Quitte à accuser Etienne Tshisekedi et son fils, Félix Tshisekedi, de trahir la cause congolaise ! Je doute que cet avis soit celui du peuple congolais que tout le monde prétend représenter. Comment peut-on haïr et le fils et le père alors que le premier essaie, autant que faire se peut, de tenir compte de ce que l’on reprochait hier à son père ? Le papa était trop intransigeant ? Il ne savait pas mettre l’eau dans son vin ? Eh bien le fils fait preuve de patience, il observe, il graisse les boulons pour en faciliter le déboulonnage. Y a-t-il plus habile ? Il n’est pas trop tard, chers "combattants", préparez votre mémo, il y a des améliorations à proposer, et allez vous inscrire ; Félix vous recevra dans les normes de la démocratie et de la civilisation. Non, personne ne doit être blessé comme vous le prônez. La police belge veillera. Il y a déjà trop de violence sur cette terre pour que nous puissions en rajouter. Lors du salut au drapeau nous chantons : "Nous bâtirons un pays plus beau qu’avant dans la paix…" Puisse notre pays se relever, avec la contribution de tous et de chacun !

Titre de la rédaction.