Une carte blanche de Michel Van Roye, secrétaire général du Quartier des Arts ASBL.

Il y a des années que le ministre-Président de la Région de Bruxelles-Capitale, Rudi Vervoort (PS), a retenu Philippe Geluck pour organiser le montage financier visant à résoudre le problème posé par le chancre du bâtiment appelé le "1930" et y installer le musée du Chat. Et, après les procédures légales, le permis d’urbanisme vient d’être accordé par la Région pour construire le bâtiment imaginé par l’excellent architecte Pierre Hebbelinck.

Et pourtant quel tohu-bohu alors que toutes les décisions sont prises. Et Philippe Geluck, qui a voué sa vie à l’humour et au rire, ne rit plus…

Rappelons cependant quelques faits qui illustrent les errements de ce dossier.

Le bâtiment "1930" a été très mal traité par son propriétaire, la Région, jusqu’à arriver à la ruine que nous connaissons aujourd’hui. Le Quartier des Arts s’était battu pour que le bâtiment "1930" soit conservé et nous avons été entendus. En effet, alors que le ministre-Président de Donnea (MR) avait décidé sa démolition, son successeur, Charles Picqué (PS), est revenu sur ceci, suivant la position du Quartier des Arts. Il faut savoir qu’à ce moment, le bien nommé "1930" à l’architecture proche de celle du palais des Beaux-Arts était dans un état impeccable et proche de son état d’origine, extérieur comme intérieur : carrelages d’époque aux murs, suspensions électriques dans chaque pièce, parquets en chêne, portes, fenêtres et huisserie d’époque. Mais, malgré cette décision de protection, un fonctionnaire de la Régie foncière régionale a pris l’initiative de désosser complètement l’intérieur du "1930", n’y laissant que la structure en béton et ôtant tout intérêt patrimonial à ce bâtiment ! Dans cet état, il était évidemment impossible de lui trouver une affectation et la démolition est devenue inéluctable, irréversible. Ce rappel nous invite à réfléchir sur les règles de bonne gouvernance dans la protection du patrimoine qui est notre bien commun.

Le Chat par le chas de l’aiguille ?

D’autres affectations auraient bien entendu pu être trouvées. La Région a installé quelques-uns de ses services dans les environs : Perspectives, Urban, Visit Brussels qui auraient pu occuper en partie les lieux avant leur désossage. Et s’il faut suggérer une affectation culturelle, le mouvement international Cobra avec ses artistes Appel, Alechinsky et Dotremont, ou Paul Delvaux dont la Fondation cherche une implantation muséale à Bruxelles, sont toujours absents et méritent vraiment une plus grande visibilité à Bruxelles… Mais le fait que des capitaux privés interviennent est une nouveauté et pourrait être une voie à explorer pour d’autres espaces d’exposition.

Ici, il aurait été certainement préférable de plus partager ce projet culturel dès le début afin qu’il soit porté par un maximum de Bruxellois. Ou de confier le choix de l’affectation au milieu culturel plutôt que politique à l’instar de ce que faisait la CAID (Commission artistique des infrastructures de déplacement) pour le choix des œuvres d’art dans l’espace public.

La Région s’empare progressivement de matières culturelles, ce qui est une bonne chose, mais encore faut-il vraiment organiser les pratiques que cela implique, dans la transparence et la participation. Le rayonnement bruxellois en sera décuplé.

Un Quartier des Arts plus bouillonnant

Le Quartier des Arts inscrit son action dans la perspective de 2030, année du bicentenaire de la Belgique. Le quartier, lieu principal de la Révolution belge, doit, à ce moment, être redevenu attirant, vibrant, étonnant. Le temps est court, mais les premiers frémissements de ce réveil sont perceptibles : la place Royale, lieu central du quartier, sera bientôt réaménagée de même que les jardins de la place du Trône et, peut-être, la rue de la Régence. Le Mont des Arts est le lieu où, dans le monde, il y a la plus grande concentration d’institutions culturelles de qualité dans un petit périmètre. Il serait aberrant qu’une solution ne soit pas trouvée pour rouvrir des espaces dédiés à l’art moderne ou que la place du Musée, une des plus belles places de Bruxelles, ne soit pas réaménagée pour la sortir de sa confidentialité. Et pourquoi les façades de la place Royale ne sont-elles pas nettoyées et repeintes simultanément, ce qui lui rendrait son homogénéité ?

L’implication coordonnée de chacun, Ville, Région, associations et citoyens, peut nous amener à 2030 dans un quartier vraiment attirant.