Respectivement directeur de l'Institut Sainte Marie à Rêves, directeur de l'Institut Saint Joseph à Charleroi, directeur du Collège du Sacré Coeur à Charleroi et directrice de l'IND à Loverval (*)

Ne pas jeter le décret inscriptions", dit-on. Et ceux qui expriment des réticences sont immédiatement taxés de "conservateurs" et "d'élitistes".

Nous voulons exprimer notre ras-le-bol face à la pluie de circulaires et de décrets qui mettent à mal l'organisation, l'autonomie et la liberté pédagogique des écoles. Nous sommes au-delà du contrôle légitime - et tout à fait accepté - des moyens donnés aux écoles par l'Etat pour remplir les missions qu'il leur assigne. Nous avons atteint depuis longtemps le stade des mesures de type bureaucratique et centralisateur dont on sait, pour peu qu'on ait un minimum de connaissances historiques, le caractère inutile et contre-productif.

Ce décret inscription est le dernier exemple en date. Il vise honorablement à la mixité sociale. Mais si l'on croit que l'on peut imposer la mixité sociale par décret, il en faudra d'autres sur d'autres secteurs de la société ! Il faut craindre le pire...

Ce décret est inutile. Dans la région de Charleroi, le seul motif de refus d'inscription vient du nombre limité de places, et ce fait est rare. On crée donc, ici, une psychose inutile. Risque d'apparaître le phénomène des files d'attente dans une région où il n'y en a jamais eu ! De l'aveu même de la ministre, 95 pc des écoles n'ont pas de problème d'inscription. Quel gaspillage d'énergie pour 5 pc de cas problématiques, principalement en Brabant wallon !

Ce décret est contre-productif, parce qu'il risque de vider des écoles primaires de proximité. Qui plus est, aux antipodes des objectifs de ce décret, la dualité des écoles sera accentuée puisque, si "aujourd'hui" on peut s'inscrire n'importe où, on se dirigera plutôt vers les 1ers degrés des écoles d'enseignement général au détriment une nouvelle fois des écoles techniques et professionnelles. Nous sommes loin d'une valorisation des écoles de ce type et des professions auxquelles elles forment (et dont la société a besoin) !

Le battage médiatique mené renforce les effets pervers de ce décret : "Il est interdit d'inscrire avant le 30 novembre" devient "il faut s'inscrire le 30 novembre". Cela va obliger les écoles à mobiliser le 30 novembre des services qui ont d'autres priorités à ce moment de l'année et concentrer des inscriptions nombreuses comme s'il s'agissait d'un acte banal de la vie quotidienne. S'inscrire dans une école induit une relation avec le milieu éducatif qui sera celui de votre enfant pour de nombreuses années : chaque direction y consacre toujours du temps pour que le choix soit un acte réfléchi et posé en connaissance de cause : journée portes-ouvertes, soirées d'information, rencontre individuelle, etc. Ce décret casse un des actes essentiels de l'inscription en secondaire.

Par ailleurs, si précipiter en novembre les démarches d'inscription angoisse les parents, cela induit aussi que les enfants sont mentalement sollicités pour penser à l'"après" alors qu'ils sont encore dans le "ici et maintenant". Imagine-t-on de demander aux rhétoriciens de s'inscrire dans les études supérieures en septembre de leur dernière année d'humanités ? Quelle erreur pédagogique ! Laissez donc les enfants vivre leur sixième primaire dans la sérénité !

Enfin, ce décret enjoint aux écoles, une fois de plus, de réaliser une série de démarches administratives supplémentaires, qui alourdissent le travail des secrétariats et des directions, à nouveau détournées de l'animation pédagogique, axe essentiel de leur mission.

Les directions souhaitent, dès lors, dire aux parents qu'il faut prendre le temps de la réflexion, qu'il n'y a pas de problème de disponibilité dans nos écoles, que les inscriptions se feront de janvier à juin, après les nécessaires prises d'informations. La scolarité de vos enfants vaut mieux qu'un décret tapageur !

Quant au ministère, peut-on lui demander de se donner les priorités que tous, parents et monde de l'enseignement, nous attendons : valoriser le travail des enseignants, renforcer la formation initiale - donc lutter contre la pénurie d'enseignants - et participer à la simplification administrative...

* Tous membres de CODICHAR - Coordination des directeurs des écoles libres de Charleroi.