Un e-mail, deux, trois...bonjour les dégâts?

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Opinions

L'étude peut faire sourire. Elle n'en revêt pourtant pas moins tous les attraits d'une recherche sérieuse. Emis par des chercheurs de l'Institut londonien de psychiatrie à King's College, le constat est, en effet, le suivant: envoyer ou lire des e-mails ou des textes de manière compulsive diminuerait deux fois plus les capacités intellectuelles qu'une nuit sans sommeil ou... un joint de cannabis. Les dégâts sont même chiffrés: ces activités feraient baisser le quotient intellectuel (QI) de 10points.

Plus de 1000 volontaires ont accepté de participer à cette étude. La moitié d'entre eux déclarent qu'ils répondent aux e-mails instantanément ou aussi vite que possible. Une personne sur cinq avoue sauter un repas ou des rendez-vous pour répondre à des e-mails. La multiplication des e-mails oblige ainsi le cerveau à jongler entre plusieurs tâches et souvent plusieurs sujets: identifier l'auteur du message, son contenu et répondre. Ce sont ces interruptions constantes de concentration qui affaiblissent le cerveau et entraînent une perte d'attention. Ce qui provoque la chute -temporaire- du QI.

Une précision tout de même: l'étude a été commanditée par le fabricant informatique Hewlett Packard, qui a publié dans la foulée un Petit guide pour lutter contre l'infomania et donc améliorer la performance de ses équipes. Entre autres conseils: «Imposer des règles de politesse dans les réunions de travail: éteindre les ordinateurs portables et les téléphones.» Ou encore: «Eviter d'envoyer des messages courts et inutiles à ses collègues, du genre "Merci"

Crackberrys

Un mode d'emploi du courrier électronique? On en vient à se dire que tout cela n'est peut-être pas si inutile que cela. C'est que l'outil reste relativement neuf. Du coup, sa pratique relève encore largement du tâtonnement. Petit à petit, s'installent certains us et coutumes, règles plus ou moins implicites de fonctionnement. Mais le courrier électronique et son utilisation évoluent aussi avec le temps. Alors, dans le flou, on peut imaginer que les dérives s'installent certainement plus facilement. «Le phénomène est très répandu», soulignait au journal «Libération», Glenn Wilson, psychologue et coauteur de cette étude, qui traite, par ailleurs, quelque 80 cas cliniques plus pathologiques. Cas extrêmes mais qui n'arrivent plus à cacher la confusion dans laquelle se retrouve un nombre de plus en plus grand d'utilisateurs. Plus de 62pc des personnes interrogées reconnaissent d'ailleurs consulter leurs courriels professionnels depuis leur domicile ou en vacances, et une personne sur cinq avoue interrompre une réunion de travail pour y répondre. «Ces comportements provoquent une baisse de performance ainsi qu'une plus grande fatigue, reprend Glenn Wilson. Les entreprises devraient encourager d'autres manières de travailler.»

Ce n'est pas forcément toujours le cas, loin de là. Certaines vont même jusqu'à fournir à certains de leurs employés un assistant numérique qui leur permet de consulter leur boîte électronique un peu partout. A cet égard, le BlackBerry fabriqué par la société canadienne Research In Motion (RIM) est assez emblématique. Dans le monde, cette technologie très orientée vers l'usage de la messagerie électronique sur les mobiles a séduit plus de trois millions de clients. Les avocats d'affaires new-yorkais comme les traders de la City ne jurent plus que par lui. En France, BNPParibas a décidé d'en équiper 2000 de ses salariés. Le président d'Intel, Craig Barrett, et d'autres professionnels high tech qualifient ces terminaux de «CrackBerrys» en raison de l'usage obsessionnel de l'e-mail qu'il peut induire.

Alors, apposera-t-on bientôt un «Ce courrier électronique peut nuire à votre efficacité» ?

Dossier préparé par

Cédric Petit et Laurent Hoebrechts

© La Libre Belgique 2005

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