Il est nécessaire de revoir la réduction dont bénéficient les footballeurs professionnels sur leurs cotisations sociales. Une majorité des partis politiques flamands le souhaitent aussi. Et les francophones ?
Une opinion de Stijn Baert, professeur d'économie du travail à l'Université de Gand (UGent)

Que les choses soient claires : je ne déteste pas le football. Au contraire, j’en suis un grand fan comme un fervent supporter du Royal Sporting Club d’Anderlecht. Les matchs à domicile bimensuels des Mauves, précédés ou suivis de croquettes de volaille chez Friture René, sont pour moi un rendez-vous important. Même en ces temps difficiles pour mon club, une serviette Pär Zetterberg décore régulièrement ma salle de bains.

Mais je ne vais pas défendre l’indéfendable pour autant. Et il est indéfendable que des joueurs de haut niveau comme Adrien Trebel, mon joueur préféré sur les terrains belges, versent moins de 1 % de leur salaire à la sécurité sociale, alors que les footballeurs et autres sportifs qui ne bénéficient que d’un maigre salaire voient 38 % de leur salaire brut être prélevé.

En effet, pour les joueurs de football, comme pour les autres athlètes professionnels, les contributions de l’ONSS ne sont pas calculées sur la base de leur salaire total, mais sur la base d’un salaire fictif d’environ 2 350 euros par mois. Qu’un footballeur gagne 2 350 euros en pratique, ou 250 000 euros (ce qui est le salaire que Trebel toucherait par mois) il ne paie toujours que 900 euros à la sécurité sociale. C’est injuste dans le football, mais aussi au regard de l’ensemble du marché du travail. À cet égard donc, l’économiste du travail que je suis prend le relais de l’amateur de football.

Ce que je suggère

Dans le passé, j’ai souvent dénoncé cette situation dans les médias flamands et lors de conversations avec des politiciens. Je voudrais également formuler ma proposition de réforme à la lumière de l’avis wallon. Cela se passe comme suit. Les athlètes seraient exonérés sur les premières centaines d’euros qu’ils gagnent grâce à la sécurité sociale. Pour tout ce qu’ils gagnent en plus de ces centaines d’euros, ils devront cotiser à la sécurité sociale à hauteur de 38 %. Et cela, non seulement dans le football, mais aussi dans tous les sports.

À la suite de ce que je propose, un athlète à faible revenu paiera clairement moins de 38 %, tandis qu’un athlète à revenu élevé reversera près de 38 % de son salaire. De cette façon, nous réalisons ce que le rabais original de l’ONSS visait : donner à ceux qui gagnent peu avec leur sport la possibilité d’effectuer une carrière un peu plus courte. Ainsi, le rabais de l’ONSS est redistribué des sports riches aux sports pauvres, et des clubs riches aux clubs pauvres.

Ce qui bouge en Flandre

Et ce qui est bien, c’est qu’en Flandre, en la matière, les choses évoluent politiquement. Il y a deux semaines, le leader du groupe Open VLD à la Chambre, Egbert Lachaert, a publié un projet de loi dans lequel, conformément à ma proposition, les cotisations de sécurité sociale des sportifs professionnels ne sont plus calculées sur la base d’un salaire fictif, mais sur la base du salaire réel, et dans lequel le pourcentage que l’on paie augmente en fonction des revenus supplémentaires. Dans la proposition de Lachaert, le prélèvement ONSS reste inférieur à celui d’un employé régulier, car la part que les employeurs, les clubs de football et autres clubs sportifs devront payer reste inférieure. Mais cela est compensé par un prélèvement de 10 % sur les transferts.

L’indécente proposition de la Pro League

Joris Vandenbroucke (SP.A) et Leen Dierick (CD&V) travaillent également sur une modification de la loi. Vandenbroucke voudrait même abolir l’ensemble du système, de sorte que tous les footballeurs paient une cotisation à la hauteur de 38 % de leur salaire total.

La politique répond avec sérieux.

La Pro League, qui regroupe les 24 clubs professionnels de football en Belgique, devient donc une source de préoccupation croissante. Les plus de 72 millions d’euros (!) injectés chaque année dans le football par le biais de la remise actuelle de l’ONSS sont pour la première fois en danger.

Selon des informations parues dans Het Laatste Nieuws il y a deux semaines, la Pro League travaille sur une contre-offre par laquelle le salaire fictif de 2 350 euros par mois sur lequel un footballeur paie aujourd’hui des cotisations de sécurité sociale serait porté à 5 000 euros par mois. C’est-à-dire à un cinquantième du salaire d’Adrien Trebel. Ces acteurs de premier plan verront encore moins de 1 % de leur salaire brut aller à la sécurité sociale. Cette proposition de la Pro League, qui épargne complètement les épaules les plus lourdes, est donc une "proposition indécente".

Les clubs professionnels affirment dans leur défense que notre football évolue dans un environnement compétitif international. Mais cela s’applique également à de nombreux autres secteurs industriels de notre pays. De plus, le football professionnel est peut-être hypercompétitif, mais il n’est certainement pas hyperrégulé. Et quand je lis qu’un an après le scandale du football, qui était en fait un scandale d’agent immobilier, seul le Club Bruges a payé 8 millions en frais de courtage pendant la période de transfert cet été, je me demande si le contribuable devrait payer la note pour cela.

Mon conseil aux politiciens wallons

La clé se trouve maintenant en Wallonie. Suivront-ils les partis politiques flamands lorsqu’ils soumettront une proposition conforme à la réforme que j’ai proposée à la commission parlementaire compétente dans un avenir proche ? Ou suivront-ils la Pro League ?

Pour moi, c’est clair : toute proposition garantissant qu’un footballeur avec un salaire annuel de 3 millions d’euros contribue davantage qu’un footballeur (ou un autre sportif professionnel) qui gagne 30 000 euros, peut être défendue. Une proposition dans laquelle un athlète pauvre, en centimes ou en pourcentages, continue à payer plus qu’un footballeur riche, est inacceptable.

Aux épaules les plus fortes...

Les épaules les plus fortes devraient vraiment porter le fardeau le plus lourd, alors que dans ce que la Pro League propose, le contraire reste vrai. Je compte sur les partis politiques wallons pour engager un choix social.

> Chapeau et intertitres sont de la rédaction.