Opinions

Une opinion de:


MARC TARABELLA, Groupe des Socialistes et Démocrates (S&D) Belgique.

ERIC ANDRIEU, S&D France.

JEAN-PAUL DENANOT, S&D France.

NICOLA CAPUTO, S&D Italie.

TIBOR SZANYI, S&D Hongrie.


Intertitres et introduction sont de la Rédaction.


Faisant face à de multiples crises, nous, membres du Parlement européen, désirons proposer une nouvelle stratégie européenne en matière agricole et alimentaire. Car quand une politique n’a pas atteint ses objectifs, il faut la changer !

Les réformes successives depuis 1992 aboutissent aujourd’hui à une PAC critiquable sur les questions des revenus, de l’emploi agricole et de la trop grande volatilité des prix. Se pose ainsi le problème du type de développement agricole que souhaite l’Union européenne pour aujourd’hui et pour demain.

Alors que l’agriculture est considérée mondialement comme une priorité politique et un symbole de puissance ou de faiblesse en cas de dépendance alimentaire, sur le plan européen, la politique agricole est de moins en moins commune et pourrait conduire rapidement à de fortes distorsions de concurrence entre les Etats membres.

Parce que l’avenir du monde rural est étroitement lié à celui de nos agriculteurs, nous avons décidé de nous rassembler pour proposer à la Commission européenne une autre PAC répondant aux enjeux stratégiques du XXIe siècle.

Une crise annoncée

La crise agricole qui touche une majorité de filières, l’élevage dans sa diversité (laitier, porc, volaille, bovin, etc.), mais aussi les grandes cultures, démontre clairement que :

- la PAC et les marchés actuels ne répondent pas aux besoins des agriculteurs;

- les agriculteurs européens réclament une stabilité des revenus plutôt que des aides;

- la PAC post-2014 est déjà marginalisée et doit être réexaminée à la lumière des enjeux stratégiques du XXIe siècle.

Cette crise était annoncée depuis longtemps. Déjà à l’automne 2013, des rapports annonçaient un avenir sombre pour l’élevage européen. Les mesures proposées par la Commission européenne en septembre 2015 durant la crise du lait représentent une avancée certaine, mais ne permettent toujours pas de répondre à la volatilité des prix du secteur laitier européen.

La question du prix et des revenus et plus largement le volet économique de la production agricole et alimentaire doivent revenir au cœur du débat de la prochaine PAC puisque les emplois et l’équilibre de nos territoires sont en jeu.

L’embargo russe, le ralentissement de la demande chinoise et la fin des quotas n’ont été que les allumettes qui ont mis le feu à une PAC déjà hors-jeu !

Lorsqu’une politique n’a pas atteint ses objectifs, il faut la changer !

Trop d’erreurs

Au titre des erreurs les plus lourdes : la croyance aveugle dans les vertus des marchés agricoles et la négation de leur instabilité. A cela il faut rajouter les décisions qui ont aujourd’hui démontré leur inefficacité : les paiements directs découplés de la réalité de la production agricole et la suppression progressive des mesures de gestion de la volatilité des prix.

En effet, quand les prix sont élevés, ces paiements directs sont difficilement justifiables. Et quand les prix sont bas, ces mêmes paiements sont insuffisants pour aider les agriculteurs.

Résultat : la PAC est aujourd’hui à contre-courant des grandes politiques agricoles dans le monde.

L’Union européenne est la seule à fonder sa politique agricole sur des soutiens découplés de la production assortis de contraintes environnementales. Les politiques agricoles des grands pays producteurs (Etats-Unis, Brésil, Canada, Chine…) ont mis en place des dispositifs qui sécurisent des prix et des chiffres d’affaires. Sur 49 pays étudiés, l’OCDE relève que 67 % du soutien aux agriculteurs sont liés directement aux prix, au volume de production ou à l’utilisation d’intrants.

Ces dispositifs qui se caractérisent par leur caractère contracyclique, ne se déclenchent que lorsque les cours s’effondrent en deçà d’un cours plancher afin d’éviter aux agriculteurs de produire à perte.

Dans ces conditions il est important de négocier des accords de libre-échange agricole qui ne déstabilisent pas le secteur agricole et rural européen.

Redonner espoir aux agriculteurs

C’est pourquoi nous avons décidé avec plusieurs de nos collègues eurodéputés de créer le groupe de réflexion "un nouveau cap stratégique pour la PAC". Notre objectif est de restaurer le rôle régulateur et stabilisateur de la PAC en améliorant la valeur ajoutée de la dépense communautaire au profit d’une stratégie de long terme, d’assurer un développement durable et de favoriser la sécurité alimentaire.

Il en va ainsi de notre responsabilité d’eurodéputés de proposer une réforme de la PAC basée sur les outils contracycliques et assurantiels et dans les limites budgétaires du cadre financier pluriannuel européen. Il est urgent de donner à la PAC un vrai sens commun et de comprendre que le déclin rural va avoir des incidences sur la dépendance alimentaire et par conséquent, sur la politique de l’Union européenne.

Nous voulons sortir de l’impasse dans laquelle s’est engagée l’Europe et redonner de l’espoir à nos agriculteurs et à nos citoyens.