Une opinion de Jean Boghossian, fondateur et président de la Fondation Boghossian, artiste contemporain. La Fondation Boghossian s’est fixé comme objectif la formation et l’éducation. Son siège à la Villa Empain, restauré en 2010, est un centre d’art et de dialogues entre les cultures d’Orient et d’Occident. La Fondation soutient de multiples actions humanitaires dont, actuellement, la reconstruction de Beyrouth.

Ce mardi 1er septembre, nous avons commémoré le centenaire de la proclamation du Grand Liban. Commémorer, c’est faire œuvre de mémoire, qui est un ferment pour l’action. Il nous appartient, par nos actes, que ce soit un ferment positif.

Aujourd’hui nous commémorons le centenaire du Liban moderne, conscients que cet événement prend sa source dans plus de trois mille ans d’échanges entre cultures et civilisations.

Nous sommes saisis de vertige en songeant au présent dramatique que nous vivons aujourd’hui, et que nous refusons d’imposer à nos enfants, au lieu de leur offrir ce qu’ils méritent, un avenir serein dans leur Liban.

La force du Liban, centenaire ou celui d’aujourd’hui, est dans sa jeunesse. Celle-ci lui offre son énergie, sa générosité, sa créativité. Nous nous devons d’être solidaires !

Nous commémorons le centenaire du Grand Liban alors que nous sommes endeuillés, dévastés, sidérés, révoltés, par une grande explosion inacceptable, une explosion que même les pires guerres ne nous ont pas infligée.

Ce feu destructeur, toutes les grandes cultures l’ont dans leurs mythes, et nous, nous l’avons subi dans notre chair. Toutefois, ces mythes nous parlent aussi du feu génésique, du feu régénérateur et créateur qui met de l’ordre dans le chaos. Utilisons notre malheur pour en faire un nouveau départ pour le Liban.

Plus que commémorer, nous devons exhorter au dialogue, à l’action, à l’intégrité, exhorter à la transformation du Liban. Par notre engagement grâce au génie de notre culture, et la force de notre diversité, soyons le feu de l’action, le feu bienfaisant et nourricier, le feu qui solidifie et qui aide à construire.

Soyons tout feu tout flamme, mais pas à feu et à sang !

Ce n’est pas parce qu’un peuple est résilient qu’il doit souffrir indéfiniment. La résilience des Libanais doit être une force de transformation et de construction.

Le Grand Liban doit surtout être réinventé : le Grand Liban, c’est celui qui sera digne des Libanais, c’est celui où la dignité de chacun sera considérée par tous comme le bien suprême.

Nous avons cette grandeur en nous. Utilisons-la pour créer l’espoir, cette lueur au bout du tunnel sombre que nous traversons, pour devenir un feu ardent et forger ensemble une dignité du peuple libanais.

Sans dignité il n’y a pas et n’y aura pas un Liban !

Titre et chapô sont de la rédaction. Titre original : "Centenaire de la proclamation du Grand Liban"