Opinions
Une chronique de Marie Thibaut de Maisières.


Ce matin, encore bouleversée par le pessimisme du héros du nouveau Houellebecq, je me demande : "Qu’est-ce qui est responsable de notre bonheur : le mental ou la sérotonine ?"


Comme chaque matin, je jette un coup d’œil à mon flux Twitter pour apprendre les mauvaises nouvelles du monde : réchauffement climatique (qui devrait, si on n’était pas une sorte de lemmings, monopoliser toute notre attention), "gilets jaunes", absence de gouvernement, Brexit, élections en RDC, réactions misogynes à la nouvelle pub Gillette… Mais ce matin l’heure est grave : l’AFP tweete "60 % des espèces de café sont menacées d’extinction". Alors, dans la pénombre de mon lit surpeuplé (mari, bébé, fille-de-4 ans-qui-a-fait-pipi-au-lit et chat), j’atteins le point Godwin de mon optimisme : "Ah non ! Sans café, la petite dame, elle ne peut pas continuer !" Encore bouleversée par le pessimisme du héros du nouveau Houellebecq sur ma table de nuit, je me demande : "Qu’est-ce qui est responsable de notre bonheur, le mental ou la sérotonine ?"

Visiblement, il y aurait deux écoles : les biologistes et les comportementalistes. En chef de file des biologistes : Yuval Harari, auteur de Sapiens, pour qui le bonheur est biologique (conviction partagée par ma mère qui nous gave de probiotiques, "car la joie de vivre est déterminée par l’intestin"). En effet, il est scientifiquement prouvé que certaines hormones sont responsables de notre bien-être, notamment les endorphines, l’ocytocine et la sérotonine. Pour cette dernière, notre capacité d’assimilation dépendrait du gène de son transporteur (5HTT) dont il existe deux formes : une courte (qui transporte moins de sérotonine) et une longue (qui en transporte plus). On serait donc programmé génétiquement à être plus ou moins heureux.

Pour Harari, une personne avec une aptitude au bonheur de 9/10 qui devient paraplégique suite à un accident de voiture, tombera provisoirement à 7 mais remontera rapidement à 8,5. De la même manière, pour un 4/10, le fait de décrocher le job de ses rêves fera monter à 5/10 mais pas beaucoup plus. Sauf que, l’on peut modifier la chimie du bonheur - ouf ! - par exemple en faisant du jogging (endorphines), en câlinant ses enfants (ocytocines) ou - si le sort vous favorise - en tombant amoureux (phényléthylamines). À défaut, un petit coup de Prozac, et c’est reparti pour un tour.

Mais cela ne signifie pas que notre bonheur ne dépend pas de notre mental. Au contraire, pour les comportementalistes, celui-ci est totalement subjectif et relève de notre cortex préfrontal. Le bonheur est comparatif, entre ce que l’on attend et ce que l’on a. Donc pour être heureux, il suffit d’être content de ce que l’on a ! Simple à dire mais cela demande des efforts, car on a une tendance naturelle à se comparer aux autres, surtout sur Instagram (où tout le monde est toujours mieux coiffé que vous, avec des enfants moins tachés et un salon impeccablement rangé). Des études ont même prouvé qu’au-dessus d’un certain revenu, le montant financier qui rend les gens heureux est "plus que son voisin".

Donc rien d’objectif dans le bonheur ? François Maniquet, économiste à l’UCL, a mené une vaste étude sur le bien-être des Belges : "Quand on demande aux gens quel est le moment le plus pénible de la journée, ils citent le trajet domicile-travail. La mobilité est donc le point noir du ressenti des Belges." Est-ce que cela signifie que François Bellot est notre ministre du Bonheur national ?

Comme toujours je m’en réfère à ma famille. Ma sœur coach neuro-cognitiviste et comportementale me dit : "Pour augmenter le bonheur à moyen terme, le secret est d’être conscient de ses plaisirs et d’en ajouter au quotidien." L’autre, férue de philosophie, ajoute : le bonheur n’existe pas. Il a été inventé au XVIIIe siècle par les Lumières. Moi je pense comme Agnès Martin-Lugan : "Les gens heureux lisent (ailleurs que sur Twitter) et boivent du café."