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Catholiques et protestants, orthodoxes et anglicans: cette année, tous les chrétiens du monde fêteront Pâques à la même date, le dimanche 15 avril. Le fait est suffisamment exceptionnel pour être souligné. Certains espéraient même que cette heureuse coïncidence serait l'occasion d'introduire une nouvelle méthode de calcul, désormais commune à tous les chrétiens. Il semble, malheureusement, que les esprits ne soient pas encore tout à fait disposés à ce changement.

Mais, au fait, comment les chrétiens en sont-ils arrivés à fêter Pâques à des dates différentes? Tout simplement parce qu'ils suivent deux calendriers différents: les Eglises d'Occident utilisent le calendrier grégorien, qui remonte au XVIe siècle, tandis que Eglises orthodoxes se servent du calendrier julien pour calculer la date de Pâques. Une petite leçon d'histoire s'impose pour comprendre cette divergence.

Il y eut, en effet, dès les premiers siècles de l'Eglise, diversité dans la manière de fixer le jour de la fête de Pâques. Les Eglises plus directement issues du judaïsme s'en tenaient à la date de la Pâque juive, le 14 nizan, c'est-à-dire le jour de la pleine lune du printemps; les autres voulaient que cette célébration se fît un dimanche, jour de la résurrection du Christ. C'est cette manière de faire qui fut finalement imposée à toute l'Eglise par le premier concile de Nicée et l'empereur Constantin (325) : la fête de Pâques est célébrée le premier dimanche suivant la pleine lune de printemps.

Mais, depuis la décision de Nicée, le pape Grégoire XIII a révisé le calendrier pour le mettre en accord avec le soleil, en retirant 10 jours à l'année 1582. Les orthodoxes n'acceptèrent pas cette décision. Aujourd'hui, la différence entre les deux calendriers est de 13 jours. Ce qui explique que le même calcul du dimanche qui suit la pleine lune de printemps conduise à des dates différentes pour la Pâque orthodoxe et pour la Pâque catholique.

Cette différence pose un problème dans la mesure où elle met en relief la division des chrétiens. Dans les régions où les chrétiens des traditions d'Orient et d'Occident se côtoient tous les jours et parfois même constituent une minorité, comme au Proche-Orient par exemple, cette situation est ressentie comme étant particulièrement douloureuse. (P.A.)

© La Libre Belgique 2001