Un texte de M. Paul Bienbon. 

Une loterie sans gagnants : une arnaque ? Voilà donc de nombreux tirages ces dernières semaines où l’Euromillions n’a pas de gagnants. Personne ne saisit la chance sur près de 140 millions de trouver les 5 bons numéros sur 50 et les 2 bonnes étoiles sur 12 pour emporter une somme entre 17 et 190 millions d’euros. Un commerçant proposerait une tombola où il n’y a pas de gros gagnant, on crierait à l’arnaque. Ici comme le gros lot se reporte sur le tirage suivant et gonfle donc de semaine en semaine, on endort le client, et ceux-ci continuent et jouent davantage. Déjà en 2011-2012, en mai 2017, en février 2018, en octobre 2019 et tout récemment, il avait fallu attendre plus de 15 tirages pour avoir un gagnant au premier rang qui parte avec le magot.

Jouer appauvrit

Le statisticien Marcel Boll en 1936 dans son livre La chance et les jeux de hasard aux pages 149 et 253, a écrit : "C’est particulièrement dans les jeux qu’apparaît la faiblesse de l’esprit humain : le commun des mortels est bien incapable de se rendre compte combien 1 chance sur 1 million est une chance dérisoirement faible". J’ai déjà suggéré sans succès dans le passé que cette phrase soit écrite sur chaque billet de Lotto ou d’Euromillions, un peu comme on écrit sur les paquets de cigarettes que "le tabac tue", mais je n’ai pas été suivi.

Jouez, mais alors 2,5€ pas plus

Puisque on me répond parfois que chaque gagnant de loterie est quelqu’un qui avait joué, je me résous alors à conseiller aux joueurs d’apprendre à se limiter. Ok jouez alors, mais limitez-vous à une participation par tirage au plus bas prix, pour vous acheter une part de rêve. Mais sachez que même ce programme minimum vous fera quand-même déjà un budget de 130 euros par an si vous ne jouez qu’au Lotto et 260 euros par an si vous ne jouez qu’à l’Euromillions. Et quasi 400 euros si vous jouez aux deux loteries. C’est quand-même déjà énorme.

1 chance sur 140 millions : c’est très, très peu

Dans un livre que je m’apprête à publier, je donne une série d’exemples imagés pour expliquer aux gens combien une chance sur 140 millions est faible. J’explique par exemple qu’une personne en bonne santé a plus de chances statistiquement de mourir pendant le temps qu’elle se rend de son domicile à la librairie pour aller valider son billet que de gagner le premier rang à l’Euromillions. Cela fait réfléchir.

Les addictifs les plus dangereux : ceux qui croient savoir

Je pense aussi tout le temps à l’étude qui a montré que les joueurs addictifs les plus dangereux sont ceux qui savent un peu calculer, ou dans les paris, ceux qui croient s’y connaître, ainsi que ceux qui ont une fois gagné dans le passé. Et ceux qui connaissent trop bien le règlement.

Faire une cagnotte entre amis ?

Ainsi certains modestement calculeront que s’ils achètent pour 175 euros de grilles, (70 grilles), c’est une chance sur 100.000 qu’ils ont de remporter un rang 2, et que cette chance-là est déjà plus perceptible. C’est comme si on tirait 5 fois de suite le bon chiffre de 0 à 9. C’est exact, mais ils oublient que 99.999 fois sur 100.000 ils perdront leurs 175 euros. Ce qui est moins drôle. Donc, joueurs addictifs, maîtrisez-vous.

Scandaleux, mais le politique laisse faire

Je ne vais pas refaire le débat ici sur le fait que des lots de cette hauteur sont immoraux, à l’heure où nos dirigeants éclairés tentent de diminuer la dualisation de la société et fracture sociale et non l’augmenter. L’immense majorité des gens pourraient couvrir absolument tous les rêves de richesse les plus fous avec déjà 1 million d’euros, voire 10 millions d’euros pour les très, très gourmands. Aussi je re-soumets à la réflexion de nos dirigeants qui ont la tutelle sur les loteries (et donc la responsabilité finale de ce qui se fait) la suggestion suivante laquelle peut, cela ne gâche rien, être mise très rapidement en application. La voici : Partager le gros lot sur base volontaire, mais augmenter ses chances. Sur les billets d’Euromillions, on ajouterait une toute petite case "◊ Cochez ici" que le client peut, ou non, cocher. À côté de cette case "◊ Cochez ici" , une phrase : "Je préfère partager, et avoir ainsi 9.900 fois plus de chances si le gagnant est un partageur."

Si on coche cette case, cela signifie que dans le cas où on est le gagnant du rang 1 (le plus gros lot), on accepte de partager 90% du montant que l’on aurait gagné, à égalité de parts avec tous les gagnants des rangs 1 à 7 c’est à dire tous ceux qui ont au minimum 3 chiffres exacts sur 5, et 2 étoiles sur 2. Pour autant que ces gagnants aient eux aussi coché la petite case précisant qu’ils préféraient partager. Donc, on partage entre gens qui partagent.

Explication chiffrée

Lors d’un tirage, 5000 joueurs environ saisissent la chance sur 14.125 qu’ils ont de gagner l’un des 7 premiers rangs. Supposons que le gros lot soit de 190 millions. À supposer que 10% des joueurs cochent la case indiquant qu’ils souhaitent partager, cela signifie que si on a un seul gagnant du rang 1 qui est "partageur", statistiquement les 499 joueurs "partageurs" comme lui, ayant un rang 7 au minimum, toucheraient chacun 342.000 euros, (la valeur d’une belle maison) et le gagnant du rang 1, 19.342.000 euros au lieu de 190.000.000€ .

Par contre, si un seul pourcent seulement des joueurs est "partageur", le profit des 49 joueurs "partageurs" serait de 3.420.000 euros (10 maisons) tandis que le gain du gagnant du rang 1 serait de 22.420.000 € au lieu de 190 millions d’euros. Ce ne serait pas équitable, cela ? C’est un peu comme si on avait le droit de jouer 9.900 grilles pour un total de 2,5 €. 

Si cette suggestion est acceptée par le consortium de l’Euromillions, certains joueurs vont peut-être (ouille) doubler leurs mises habituelles : jouer une grille en cochant la case partageur et une sans la cocher …

Vous aussi, "cochez ici : ◊"

En attendant, si vous ne pouvez pas vous empêcher de jouer, écoutez mon conseil et ne jouez pas plus de 2,5€ ce mardi ou vendredi prochain, et soutenez mon idée de la petite case pour partager, faites-la suivre à votre homme/femme politique préféré(e).