Des mauvaises langues prétendent avec force que Bruxelles compte des zones de non-droit. Déployons un maximum d’énergie pour leur prouver le contraire. Voici les pistes. 
Une opinion de Bianca Debaets, députée bruxelloise et conseillère communale à la Ville de Bruxelles (CD&V).

La criminalité en région bruxelloise est en baisse constante depuis 10 ans et en 2019, les statistiques ont même atteint un seuil historique. Mais, étonnamment, le sentiment d’insécurité reste élevé pour quatre Bruxellois sur dix. C’est l’un des nombreux paradoxes mis en évidence récemment par l’enquête annuelle de "Bruxelles Prévention et Sécurité" par rapport à la sécurité des Bruxellois, des navetteurs et des touristes.

Autre exemple paradoxal : plus longtemps on réside dans une commune bruxelloise, plus grand devient le sentiment d’insécurité. Celui des Bruxellois étant nettement plus élevé que ceux des navetteurs ou des touristes. C’est principalement la peur d’être agressé(e) ou d’être victime d’un cambriolage qui préoccupe les habitants de la capitale. 44 % d’entre eux, d’ailleurs, reconnaissent implicitement avoir déjà songé à la manière dont ils se défendraient en cas d’agression. Un pourcentage énorme et qui prouve qu’il y a lieu de travailler fortement sur deux tableaux : la sécurité mais aussi le sentiment de sécurité. Si l’on veut contribuer à la qualité de vie et au bonheur de nos habitants, c’est même une obligation d’agir au plus vite : "Safe Brussels is Happy Brussels, isn’t it ?"

Tenir compte des groupes vulnérables

L’un des premiers points d’attention, à mon sens, réside dans l’aménagement de l’espace public en tenant davantage compte des femmes qui sont, par excellence, un groupe plus fragile. Davantage d’éclairage intelligent en surface, dans les parkings publics ou dans les stations de métro dissuadera, sans aucun doute, énormément de personnes mal intentionnées à passer à l’action.

En parallèle, il va de soi que s’attaquer au phénomène des discriminations et des agressions envers les femmes, les personnes âgées ou les personnes LGBT doit plus que jamais devenir une priorité, en ce compris au travers d’une meilleure prise en considération des plaintes. L’impunité et le sentiment d’impunité doivent aussi disparaître à ce niveau !

Pour atteindre les objectifs en termes de sécurité, il apparaît incontournable de renforcer la présence policière sur le terrain. Des agents bruxellois qui sont à l’image de la région et de sa diversité. En priorité, il doit s’agir d’un renforcement des agents de quartier ou des brigades cyclistes car ils permettent de davantage rassurer les habitants ou les visiteurs, tout comme ils font diminuer la "petite criminalité" et les actes d’incivilité.

En parallèle, il s’agit aussi de renforcer la confiance entre la police et les habitants. Une confiance qui peut se traduire par une vraie collaboration au travers d’un Partenariat local de prévention (PLP), où agents de police et riverains participent ensemble à la sécurisation d’un quartier. Par rapport à la Flandre et à la Wallonie, Bruxelles compte proportionnellement beaucoup moins de PLP actifs : il est grand temps de rectifier le tir !

Autre idée qui peut permettre d’écarter les sources de préoccupation majeures pour les citoyens : la mise en place de médiateurs urbains. En lien direct avec le pouvoir communal, le médiateur urbain travaille au plus proche des habitants pour tenter de trouver des solutions aux problèmes récurrents comme les nuisances sonores, les dépôts clandestins, les dégradations ou encore les trafics de drogue par exemple. Ces médiateurs urbains fonctionnent à merveille depuis quelques années dans différents quartiers de la ville de Rotterdam, aux Pays-Bas. On devrait s’en inspirer.

Un meilleur fonctionnement global

Bien sûr, à mes yeux, outre ce volet préventif essentiel, il apparaît fondamental d’activer plus largement l’arsenal des sanctions administratives communales (SAC) car cela ferait certainement en sorte aussi de réduire de manière importante des phénomènes tels que l’ivresse publique, le harcèlement en rue ou les courses de voitures en pleine ville.

Mais, en réalité, tous ces outils n’auront pas beaucoup de sens sans un meilleur fonctionnement global de la police. C’est sur l’ensemble que le Plan Canal doit se déployer et, à ce propos, il est grand temps que la plateforme de vidéosurveillance policière devienne totalement opérationnelle, c’est-à-dire avec l’intégration de toutes les zones de police. La lenteur déplorable de sa mise en place ne peut que donner de l’eau au moulin de ceux qui, comme moi, affirment avec force qu’une seule zone de police serait certainement plus efficace. Mais, aujourd’hui, en attendant une hypothétique évolution institutionnelle, on ne peut qu’espérer que le ministre-Président de la Région bruxelloise Rudi Vervoort gagne son combat face aux différents blocages pour enfin beaucoup mieux remplir son rôle de coordination par rapport aux zones de police.

Et s’il y a bien un élément positif à extraire de la dernière nuit de la Saint-Sylvestre à Bruxelles, c’est sans aucun doute l’unité de commandement, englobant les six zones de police, qui s’est mobilisée pour combattre toutes les sources de désordre potentielles. Bien sûr, 16 voitures incendiées, c’est inadmissible, et il est aussi très déplorable que pas moins de 200 arrestations aient été nécessaires, mais n’oublions pas les éléments positifs. Certains politiciens ont tendance à considérer l’appel à une zone de police unifiée dans notre capitale comme un "gémissement flamand", mais des exemples comme ceux-ci montrent qu’il s’agit d’une évolution logique et efficace. Affirmer que le niveau fédéral doit avant tout assurer un soutien adéquat aux zones de police locales relève du sophisme. À l’autopsie, ce contre-argument ne tient en effet pas la route. Peut-être aussi devrions-nous en premier lieu veiller à ce que la police ne soit pas obligée d’affecter une partie de ses effectifs à la protection d’ambulanciers ou de pompiers. Parce que comment diable comprendre que certains habitants ne montrent aucun respect pour ces héros du quotidien, mais choisissent plutôt de les menacer ou de les attaquer lors de certaines de leurs interventions ? Des mauvaises langues prétendent avec force que Bruxelles compte quelques zones de non-droit ; c’est à nous de déployer un maximum d’énergie pour (continuer à) prouver le contraire.

En tout état de cause, se complaire dans la politique du surplace, comme c’est le cas actuellement, n’offre guère de solution concrète par rapport aux attentes de nos concitoyens. Au contraire, plus que jamais, l’urgence est à l’action en sachant clairement que "Safe Brussels is Happy Brussels".

Titre, chapeau et intertitres sont de la rédaction. Titre original : "Safe Brussels is Happy Brussels".