Une opinion d'Elisabeth Degryse , Vice-Présidente de la Mutualité Chrétienne, Ariane Estienne, Présidente du MOC, Marie-Hélène Ska, Secrétaire Générale de la CSC et Violaine Wathelet, Secrétaire politique de Enéo.

L’annonce d’un vaccin contre le Covid-19 est une lumière au bout du long couloir sombre que le monde entier vit depuis presque un an. Demeurent encore de nombreuses incertitudes tant sur son efficacité que sur la manière de le distribuer. Mais, dès à présent, nous devons néanmoins nous mobiliser pour qu’il soit effectivement accessible à tous et à toutes, ici en Europe mais également en dehors des frontières européennes, à l’échelle planétaire.

La crise sanitaire nous a rappelé que la santé est collective et ne peut s’envisager individuellement. Il est donc fondamental que la réponse à cette menace mondiale soit donnée à ce niveau. Dans ce contexte, nous ne pouvons admettre que des obstacles financiers guidés par le profit puissent freiner ou, pire, anéantir l’accessibilité du vaccin tant attendu.

À titre d’exemple, dans les pays en voie de développement, 10 millions d’enfants de moins de 5 ans meurent chaque année de maladies infectieuses pour lesquelles il existe des traitements. La pandémie de Covid-19 risque une nouvelle fois d’aggraver les inégalités entre les pays pauvres et les pays riches.

Or, la surenchère communicationnelle des firmes pharmaceutiques sur les vaccins, outils médicaux et médicaments qui servent à lutter contre le Covid-19 engendre une flambée des prix qui, associée en outre aux monopoles pharmaceutiques et brevets sur ces vaccins, affectent leur accessibilité.

En effet, les brevets et les monopoles ne permettent pas de produire et de vendre les produits médicaux partout. Seules certaines entreprises y ont accès, ce qui freine fortement la capacité de réaction mondiale. Ce vaccin risque de n’être administré qu’aux populations solvables. Mais quid des pays en voie de développement, qui sont déjà fortement affectés par d’autres pathologies massives comme la malaria ?

Suspendre l’application des brevets et autres propriétés intellectuelles liées aux vaccins Covid-19

À l’instar de la proposition faite par l’Inde et l’Afrique du Sud à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) de supprimer la propriété intellectuelle sur les vaccins et autres dispositifs sanitaires liés au Covid-19, tant que l’immunité mondiale n’est pas atteinte, nous demandons à la Belgique de faire preuve de bon sens et de courage en exigeant au niveau de l’Union européenne et de l’OMC, de suspendre l’application des brevets et autres propriétés intellectuelles liées aux vaccins Covid-19 et autres dispositifs médicaux tant que l’immunité mondiale n’a pas été atteinte.

Une proposition faut-il le rappeler, soutenue par l’OMC, qui a été rejetée par plusieurs pays riches, dont l’Union européenne. Mais, soyons rassurés, l’UE s’est par contre acquittée d’une contribution de 500 millions d’euros au mécanisme mondial Covax. Un dispositif qui permettra aux pays les plus vulnérables d’accéder au vaccin. Même dans un cas de pandémie, les logiques de profits étroitement liées à la propriété intellectuelle perdurent… Aucune remise en question d’un système qui fait des ravages… Reste que certaines firmes pharmaceutiques ont déjà annoncé qu’elles ne participeraient pas à ce mécanisme de "solidarité". Les mêmes avec lesquelles l’Union européenne est en train de signer, aujourd’hui, des précommandes de millions de doses du précieux remède… La Belgique ne peut se taire sur cette incohérence.

On le voit, malgré l’extrême chamboulement provoqué par la crise sanitaire, la marchandisation privée à but très lucratif de la santé a encore de beaux jours devant elle. La Belgique, dans son accord de gouvernement, a émis la volonté de réguler le marché du médicament et le rapport aux firmes pharmaceutiques. Nous encourageons cette orientation. Il est temps que les gouvernements reprennent le pouvoir sur la santé. Il est temps que nous reprenions le pouvoir sur notre santé. Gageons, aujourd’hui, que cette volonté de réappropriation nationale puisse s’accompagner des mêmes actes au niveau international car la santé n’a pas de frontières.