Une carte blanche de Laurent Hermoye, CEO d'Imagilys.

On se souviendra de la semaine du premier avril comme celle où la gestion de la crise du coronavirus a fait boom. À 24 heures d’intervalle, la décision du tribunal de première instance de Bruxelles et le poisson d’avril du bois de la Cambre ont fait la une. Est-on à un tournant de la crise ?

Depuis des mois, des personnalités des mondes académique, politique et associatif tiraient la sonnette d’alarme pour dénoncer des mesures restrictives des libertés sans fondement légal suffisant, une situation financière critique pour beaucoup de commerçants, une situation explosive sur le plan psychologique et social. Avec peu d’effets. Il aura fallu un revers cinglant devant le tribunal de première instance de Bruxelles et une poussée de révolte populaire pour que la gestion de la crise du coronavirus soit, enfin, remise en question.

Indignation rassurante

Depuis le début de la crise, les jeunes ont été peu entendus. Quasi pas consultés. Presque ignorés. Leur éducation est passée au second plan. Leur vie sociale a été mise à l’arrêt, à un moment particulièrement critique de leur développement émotionnel et affectif.

L’ébauche de révolte entamée au bois de la Cambre est rassurante. Malgré les contraintes qui leur sont imposées, notre jeunesse a gardé un esprit critique. Une capacité à se faire entendre. Une capacité d’agir.

Depuis des mois, le secteur de l’évènementiel avait identifié le risque de fêtes sauvages, sans respect des gestes barrières. Il avait demandé aux politiques la possibilité de pouvoir organiser des événements sous contrôle. "Laissez faire les professionnels de la nuit", scandait Carl de Moncharline, l’un des pontes des nuits bruxelloises. En vain.

La riposte policière à la boum du bois de la Cambre a également marqué les esprits. Comme dans beaucoup de mouvements contestataires, il y a eu des débordements et des provocations, probablement de part et d’autre. Mais rien ne pouvait justifier les charges de la police montée. Des images qui ont fait le tour du monde.

De tels rassemblements peuvent présenter un risque sur le plan sanitaire. Mais ce risque doit être mis en balance avec le risque de voir toute une génération s’éteindre à petit feu.

Crédibilité érodée

Certaines réactions politiques, tant à la condamnation judiciaire qu’au rassemblement du bois de la Cambre, ont suscité la controverse. Le ministre de la Santé a indiqué qu’il n’était "pas impressionné" par les mesures Covid jugées illégales. Le bourgmestre de Bruxelles a fait savoir qu’il ferait "tout son possible" pour que les organisateurs du vrai-faux festival du bois de la Cambre soient poursuivis, rajoutant : "Je leur enverrai la facture."

Un manque d’empathie qui risque de mettre le feu aux poudres, à l’approche des beaux jours.

Si la détermination du politique à contrôler la propagation du virus par un dépistage massif et par une campagne de vaccination rapide avait été à la hauteur de l’énergie déployée à faire respecter les mesures de confinement, on n’en serait pas arrivé là.

Le gouvernement devra reconquérir la confiance des citoyens. Face à une gestion de crise scabreuse, à des promesses non tenues, à des échéances sans cesse repoussées.

La liberté n’est jamais acquise. Au fil de l’histoire, elle a dû être conquise, ou reconquise, de nombreuses fois. Il est encore temps de trouver un délicat équilibre entre la maîtrise de l’épidémie et le retour à la normale.

Ce printemps sera celui des libertés. Pour qu’on retrouve la joie de faire la fête, de se serrer dans les bras. Maintenant.