Une opinion de M-TH Gillet, citoyenne fernelmontoise, en réponse à l’opinion de la Fédération Wallonne de l’Agriculture (FWA) publiée le 25 octobre dernier sur le site de La Libre.

2029… La dernière exploitation agricole wallonne intensive a fermé ses portes. C’est bien…tout le monde s’accorde à le dire : les médias, les responsables politiques, les citoyens… C’est bien, mais c’est un peu tard pour s’apercevoir des dégâts perpétués depuis plus d’un demi-siècle par le modèle intensif. Les paysages avaient beaucoup changé, depuis 60 ou 70 ans. Les terrains en monoculture étaient de plus en plus nombreux et de plus en plus spacieux, les chemins vicinaux et les sentiers partout dans le pays avaient disparu sous des labours abusifs, plus personne n’osait utiliser ces réseaux de voies douces tant ils étaient chargés en produits chimiques et devenus extrêmement dangereux pour la santé des humains.

Dans le premier quart du 21ème siècle, l’approvisionnement alimentaire était devenu compliqué : trouver des produits sains était un vrai problème depuis que la Wallonie dépendait de pays étrangers pour se nourrir malgré sa production 7 fois supérieure à ses propres besoins alimentaires. Exportations et commerces obligent ! Les rayons des supermarchés étaient remplis de nourritures estampillées UE / non UE . On sentait monter l’agressivité dans la population. Surtout en ville... Il faut reconnaître que la nourriture imbibée de pesticides se voulait abondante et à bas prix mais présentait des taux de toxicité très élevés.

A la campagne, les coqs ne réveillaient plus les habitants, et des engins agricoles de plus en plus volumineux circulaient à toute heure creusant les routes et compactant les sols devenus au fil du temps de simples supports de cultures infertiles en l’absence d’intrants chimiques.

En 2029, la nature a repris ses droits. Un peu trop? Observons. Les citoyens qui essaient de cultiver leur propre potager sont redevenus complices de la nature. Les herbes dites mauvaises et indésirables nourrissent quantités d’insectes et favorisent le retour des oiseaux granivores et insectivores : cette faune jadis tuée par les herbicides et les insecticides se révèle une auxiliaire précieuse pour un modèle cultural enfin libéré des nuisances dues aux pesticides de synthèse. Des bovins normaux sont revenus dans les prés, les désagréables rumex sont régulés par les insectes et les oiseaux qui s’occupent à merveille de cette manne nutritive. Les villageois qui veulent prendre une vache ou un cochon à la maison pour leur subsistance ont recouvré l’autorisation de le faire. Les normes environnementales et de bien-être qui étaient appliquées aux industriels de l’agrochimie sont maintenant superflues ; les années d’hégémonie des intrants chimiques tuant le vivant ont ouvert les yeux des consommateurs qui désormais cherchent la qualité nutritive des aliments.

Les flux migratoires ont changé plusieurs fois de sens. Autrefois, les citadins affluaient à la campagne pour y trouver du calme. Pendant quelques décennies, l’exode vers les territoires ruraux s’était fortement ralenti en raison de l’inhabitabilité des zones pulvérisées. Actuellement, les migrations vers la campagne ont repris parce que l’accès à la nourriture y est plus facile : ceux qui sont en capacité de cultiver leur potager le font désormais sans les dangers dus aux dérives chimiques, ceux qui ont un emploi du temps trop chargé que pour cultiver eux-mêmes peuvent compter sur le maraichage bio omniprésent en zones rurales. Les propriétaires de maisons peuvent désormais s’apaiser quant à la valeur de leur bien : les territoires ruraux ont à ce jour retrouvé leur immense potentiel de biodiversité enfin reconstruit.

Bref, les gens ont, in fine, compris l’importance d’une nourriture saine. Ce qu’ils peuvent encore trouver dans les magasins est vraiment fiable : tout le monde peut réellement dire où cela a été produit, par qui et surtout comment. Depuis l’abandon des intrants chimiques dans l’agriculture, l’industrie agroalimentaire ne parvient plus à leurrer les consommateurs : les acheteurs exigent dorénavant que les légumes, les fruits et les viandes les nourrissent. Les critères visuels et de résistances à la dégradation ont fait place à des critères sanitaires, gustatifs et vitaminiques.

Les anciens agriculteurs belges et tous ceux qui travaillaient dans le secteur de l’alimentation : ouvriers et employés de l’agro-alimentaire, bouchers boulangers, restaurateurs et artisans de produits de bouche, transporteurs de matières premières agricoles, commerciaux assument désormais un travail redevenu porteur de sens et gratifiant. Les contrôleurs, les conseillers des cellules de conseil et d’accompagnement qui encadraient les agriculteurs et les gens qui travaillaient dans les administrations agricoles peuvent aujourd’hui prester sans être soumis aux sponsors de l’industrie agrochimique qui avait développé moultes processus de financement dans le but de les inféoder à la vente de leurs PPP et/ou de les lobotomiser.

Les émissions qui parlent de cuisine et d’alimentation ont de plus en plus d’audience. Par ailleurs, on voit beaucoup de documentaires sur le maraichage bio. Les gens cherchent des infos pour faire pousser des légumes et des fruits en parfaite harmonie avec un biotope en bon état respecté pour ses richesses vivifiantes et favorables à la santé. Il paraît qu’on va ouvrir un parc de loisir à thème agro écologique pas loin de Bruxelles.

Les fermes se sont toutes transformées en habitats partagés et en travaux agricoles collaboratifs. Les pratiques culturales propres en agro écologie et en agroforesterie génèrent des emplois de plus en plus prisés par des personnes en recherche de connexion avec une nature à nouveau respectée.

C’est bien…c’est bruyant, et au moins, ça sent le bon fumier. Les odeurs incommodantes des fumières liées aux conditions des élevages concentrationnaires alimentés par des sojas OGM importés et gavés aux antibiotiques ne sont plus, en 2029, qu’un vague souvenir.

Dans les autres pays d’Europe, c’est la renaissance aussi de pratiques culturales respectueuses du consommateur. L’agriculture familiale et/ou collaborative prend un essor inattendu. A de rares endroits, dans divers pays, il reste juste quelques fermes usines mais après les scandales alimentaires qu’elles ont provoqués, les gens s’en méfient.

Il y a tant de choses à faire pour sortir de la crise par le haut. Pourquoi les syndicats agricoles tirent-ils leurs affiliés vers le bas ?