Que peut faire une personne qui se considère victime d’un mariage forcé ? Nous estimons qu’un mariage forcé est une violence familiale, et comme pour toute violence, on peut porter plainte. La personne qui porte plainte doit apporter la preuve qu’elle n’était pas consentante. Diverses procédures d’annulation de mariage sont possibles. En Belgique, seul le mariage civil est pris en considération. En Turquie aussi. Au Pakistan, apparemment, le mariage religieux suffit. De toute façon, si le mariage a eu lieu à l’étranger et que le compagnon veut venir en Belgique, il ne le peut que si le mariage a été un mariage civil.

On parle souvent des jeunes filles, mais les garçons aussi sont confrontés au mariage forcé…

Dans notre expérience, nous avons affaire à une majorité de filles. Les garçons ont peut-être d’autres ressources, d’autres réseaux. Bien sûr, il y a aussi des garçons qui acceptent un mariage arrangé par leur famille. Par loyauté, parce qu’ils n’osent pas dire non, parce que les menaces sont trop importantes, il y a toutes sortes de cas de figure possible.

Psychologiquement, ce ne doit pas être évident de porter plainte, pour un jeune soumis aux pressions de l’entourage…

Il existe différentes associations sensibilisées à ce sujet en Belgique. Nous avons créé un réseau qui s’appelle le réseau Mariage et migration. Nous avons bénéficié d’une subvention qui nous a permis, surtout à ce stade-ci, de faire de la prévention. A travers un spectacle de théâtre-forum qui s’appelle "Amours mortes", sur les mariages forcés. Dans un premier, il est indispensable d’en parler avec les jeunes, avec les parents, que le sujet ne soit pas tabou. On croit réellement qu’un travail de prévention est possible.

Et quand la violence a eu lieu. De quelles ressources disposez-vous ?

Ici, au planning familial, on va mettre une équipe pluridisciplinaire - psychologue, assistante sociale, juriste - sur le coup pour essayer d’accompagner au mieux la personne. Après la sensibilisation et la prévention, on est en train, dans un deuxième temps, de faire des propositions pour une meilleure prise en charge dans l’accompagnement des victimes. Avec le ministre Emir Kir (notamment en charge de l’action sociale, de la famille à la Cocof, NdlR), on a organisé différentes conférences, l’année dernière. Avec des personnes issues de différents pays comme l’Allemagne ou l’Angleterre afin de confronter les expériences et essayer de créer un modèle d’accompagnement.

Les familles qui participent à des mariages organisés n’ont-elles pas l’impression qu’on s’immisce dans leur mode de vie ? Qu’on voudrait qu’elles se plient aux règles belges alors que pour eux la tradition prime ?

Les mariages arrangés où les deux parties sont consentantes ne posent pas problème. Ce qui nous mobilise, c’est quand il y a une partie non consentante et qu’il y a de la souffrance. Et là, en tant que travailleurs sociaux, on estime que la tradition peut être correcte dans un certain contexte, mais pas ici. On fait le pari que les parents ne veulent pas nécessairement que leur enfant souffre. On fait un pari sur du changement à plus long terme. On ne va pas arriver avec nos gros sabots en disant chez vous, c’est mauvais, chez nous, c’est bon. Connaissant le taux de divorce des couples, ce serait un peu malvenu. On essaie de faire prendre conscience que ce genre de pratique va aboutir à de la souffrance : pour elle, pour vous, pour toute la famille. Voilà notre expérience : on propose d’en parler, de changer les pratiques.

"On fait le pari que les parents ne veulent pas nécessairement que leur enfant souffre."