Opinions

Une lettre ouverte des évêques de Belgique.

Aux chrétiens catholiques au seuil des élections

Les élections régionales, fédérales et européennes auront lieu d’ici quelques semaines. À tous les niveaux de pouvoir, les défis sont immenses. Nous devons être conscients que les réponses à ceux-ci ne sont et ne seront jamais simples.

En tant que chrétiens, nous tenons à participer activement à ces élections, en faisant entendre notre voix dans le débat démocratique, dans le respect de toute conviction. Nous aimerions encourager les chrétiens catholiques à un véritable discernement et attirer leur attention sur quelques enjeux importants.

La globalisation, la numérisation et l’évolution technologique ont profondément transformé l’économie. La question du partage des richesses est un problème grave. Les inégalités sociales, le taux de pauvreté y compris dans notre pays, les questions connexes telles que l’habitat et l’accès au travail, doivent continuer à nous interpeler. Il serait d’ailleurs courageux de repenser le fonctionnement et les finalités de notre système économique. Une économie sociale de marché doit être au service de l’être humain, et en particulier des plus fragiles. Elle doit offrir à chaque être humain la possibilité d’une existence digne.

C’est parce que la vie humaine est un don incomparable, que nous en attendons le plus grand respect : dans toutes ses dimensions, du début à la fin. Notre société dispose d’un important réseau de soins de santé mais ce dernier ne peut être régi par la seule recherche d’efficacité et de rentabilité. Tant de malades se sentent seuls, ceci constitue un appel à la solidarité et à la proximité.

La Terre est l’héritage de toute l’humanité, notre « maison commune ». Elle nous est donnée, elle ne nous appartient pas. « La conscience d'une origine commune, d'une appartenance mutuelle et d'un avenir partagé par tous, est nécessaire1. » Répondre au défi du changement climatique implique de revoir la hiérarchie de nos besoins, avec les renoncements qui s’ensuivent, en privilégiant le spirituel au matériel. Avec d’autres, nous voulons réfléchir à nos modes de consommation, qu’ils concernent en particulier l’alimentation, les transports ou l’utilisation de l’énergie.

L’avènement d’une société juste, en paix avec elle-même et avec son environnement, passe par l’enseignement et l’éducation. La science est une richesse inestimable que nous devons partager, tout en étant conscients du pouvoir qu’elle octroie et des limites éthiques qu’il convient de lui apporter. Apprendre chaque jour nous aidera à construire un monde où nos choix culturels, idéologiques ou moraux ne seront pas imposés à des fins consuméristes.

Les questions migratoires, l’accueil de l’étranger et son intégration dans notre société, doivent rester au centre de nos réflexions pour le monde que nous voulons transmettre aux générations futures. Un repli sur soi sans prendre sérieusement en considération les attentes des hommes et des femmes des pays pauvres et leur avenir, sont des voies sans issue.

La construction européenne doit être poursuivie. Par son histoire particulière, par sa pierre angulaire qu’est la construction de la paix, par son engagement à construire l’unité dans la diversité, l’Union européenne demeure un point de référence pour toute l’humanité. Les citoyens doivent pouvoir compter sur un Parlement européen et des instances de l’Union qui, au-delà de mesures à caractère économique ou technocratique, déploient un vrai projet politique témoignant de la capacité de s’ouvrir aux autres, de dialoguer avec tous, d’engendrer de nouveaux modèles de vivre ensemble.

Les partis présentent actuellement leur programme et les candidats entrent en débat. Comme les croyants, les chrétiens ne peuvent rester à distance de ces échanges. Ils sont partie prenante de la vie en société et ne peuvent se désintéresser du politique. Par leur vote, ils contribuent à restaurer une relation de confiance avec les élus. Les partis politiques comptent d’ailleurs de nombreux chrétiens en leur sein.

Nous avons plus que jamais besoin de personnes qui soient proches du citoyen et qui agissent pour le bien commun. Soyons reconnaissants envers celles et ceux qui acceptent de prendre leur part de responsabilités pour autrui, que ce soit par l’exercice d’un mandat public ou sous d’autres formes d’action citoyenne.

Bien fraternellement,

Les évêques de Belgique

(1) : Pape François, encyclique Laudato si’, n°202.