Par Simon Brichet et Aurian de Briey, étudiants dans le secondaire et membres du mouvement étudiant de manifestations pour le climat.


Notre âge nous forcera à contempler demain les conséquences des actes posés aujourd’hui ce qui nous confère une légitimité certaine, celle des héritiers de ce monde. C’est pourquoi, chaque jeudi nous descendrons dans la rue afin de faire entendre à tous l’urgence et la gravité de notre situation.


Ce jeudi 24 janvier 2019 a vu se rassembler près de 40 000 personnes dans toute la Belgique, principalement à Bruxelles mais aussi à Liège et à Anvers, venues affirmer leur détermination à protéger cette planète. Les slogans étaient nombreux, les messages variés mais tous, nous étions portés par une même envie, une même force : celle d’agir pour tenter de sauver ce qui peut encore l’être de l’égoïsme, de l’orgueil et de la paresse humaine. Par notre présence, nous venons de prouver au monde notre existence politique et le fait que notre parole doit être prise en compte. Ainsi, avons-nous décidé d’écrire ce texte pour transmettre le message de notre mouvement et exposer à tous la justesse de nos revendications. Notre âge nous forcera à contempler demain les conséquences des actes posés aujourd’hui ce qui nous confère une légitimité certaine, celle des héritiers de ce monde. C’est pourquoi, chaque jeudi nous descendrons dans la rue afin de faire entendre à tous l’urgence et la gravité de notre situation, afin de faire entendre la parole d’une jeunesse qui a décidé de prendre son avenir en main, justement parce que c’est son avenir.

Dans le mur

Est-il seulement nécessaire de rappeler quelles seraient les conséquences du réchauffement climatique sur l’espèce humaine et sur la civilisation qu’elle a bâtie ? Cela fait des années que la communauté scientifique nous a averti que notre course effrénée ne peut que nous mener dans le mur. Et pourtant, par un mécanisme d’aveuglement collectif, nous ne semblons pas faire grand cas de cette réalité qui se rapproche inexorablement et de plus en plus vite. Pourquoi refusons-nous de nous remettre en question ? Pourquoi refusons-nous d'admettre que notre mode de vie est suicidaire ? Pourquoi refusons-nous de saisir notre dernière chance ?

Perdre des cours ou perdre le monde, le choix est fait

Si notre objectif est noble, la manière avec laquelle nous tentons de l’atteindre, sécher les cours, a amené son lot de critiques. Mais ce n’est pas parce que l’écologie ne fut pas le combat des dernières générations qu’elle ne sera pas celui des prochaines, acculés comme nous le sommes entre l’immobilisme de nos démocraties et une apocalypse d’une ampleur sans précédent. Le fait de rater l’école est un acte à la fois hautement symbolique et d’une implacable logique : quel futur pouvons-nous nous forger dans un monde qui court à sa perte ?

Scène politique est le théâtre de cette lutte

La classe politique actuelle a clairement échoué à toutes ses obligations au regard de la problématique climatique. Il est de notre devoir de rappeler à nos représentants la responsabilité qui leur incombe, celle de défendre le peuple sans laisser pour compte nos générations futures. Nos institutions sont façonnées par la volonté populaire. Il est donc temps de la faire entendre afin de construire un Etat à même de nous offrir des solutions viables. Aujourd’hui ce n’est pas à chacun de résoudre ce problème mais bien à tous. Le réchauffement climatique ne fera pas de différence entre les personnes pollueuses et celles qui ont toujours eu une âme écologique. C’est collectivement que nous serons frappés et c’est collectivement que nous devons répondre. Ainsi, la scène politique se doit d’être le théâtre de cette lutte, et devra être l’acteur de sa victoire. Et c’est à nous de l’y porter. A nous de montrer que cette société est la nôtre et que nous en sommes les défenseurs autant que les critiques. 

Les mesures à prendre sont sans nul doute complexes, nous ne le nions pas. Changer le monde ne se fait pas d’un claquement de doigts. Il faudra consentir à de nombreux sacrifices et à des choix difficiles. Mais il s’agit là du prix à payer pour offrir à notre descendance la chance d’exister. Il est de notre devoir envers tous les hommes encore à venir d’inscrire les problèmes climatiques en tête des priorités politiques et sociales de ces prochaines décennies.

Petite Belgique, grand exemple

Bien sûr, la Belgique est un petit pays. Notre empreinte carbone est très faible comparée à celle de géants comme les Etats-Unis ou la Chine. Mais, encore plus important que les actes que nous pouvons accomplir, il y a l’exemple que nous donnerons et l’espoir que nous inspirerons. Prouver qu’une population entière a décidé de prendre son futur en main est un acte d’une portée historique titanesque. Nous pourrions ainsi montrer aux autres nations, d’abord au niveau européen puis au niveau mondial, le chemin pour qu’enfin nous nous unissions devant la tâche que nous devons accomplir. Le changement climatique n’est pas une question politique, sociétale, économique ou même éthique. C’est une question de survie, un compte à rebours décomptant les secondes au-dessus de la tête de chacun d’entre nous. L’écologie n’est pas une revendication ou un idéal, c’est une tentative désespérée pour sauver la civilisation humaine, pour sauver l’Homme de lui-même. Il n’existe pas d’alternative possible à l’écologie. Celle-ci est la seule voie possible pour survire aux décennies qui s’annoncent.