Opinions Dans un monde où l’e-santé et ses outils connectés sont en plein développement, cette question est tout sauf absurde.Un opinion du Docteur Marc Tomas. Médecin cardiologue et professeur à la Faculté de médecine de Namur.

Contrôler son arythmie en posant simplement son doigt sur un téléphone et obtenir instantanément un rapport sur les données recueillies ? Irréaliste hier… mais c’est pourtant ce que propose aujourd’hui à tous l’application belge Fibricheck.

Une montre qui, en plus d’indiquer l’heure, analyse les différentes phases de votre sommeil, mesure en continu vos pulsations cardiaques et fait le décompte des calories brûlées pendant votre jogging matinal ? Futuriste il y a quelques années mais aujourd’hui, plus d’un Belge sur quatre en porte déjà une au poignet, comme l’indique le nouveau baromètre de l’e-santé de la mutualité Partenamut.

De plus en plus connecté

Cette enquête ciblant l’utilisation d’objets connectés et d’apps “santé” confirme donc la progression de la santé connectée dans notre pays. 28 % des Belges utilisent déjà un objet connecté “santé”, et 30 % une application mobile. Ils le font en premier lieu pour mesurer leur activité physique (60 %), mais aussi la qualité de leur sommeil (40 %), leur poids (40 %), leur tension artérielle (37 %), leur santé cardiovasculaire (36 %) et leur alimentation (35 %). Et, last but not least, plus d’un Belge sur deux (54 %) pense que ces outils lui ont permis d’améliorer ses performances sportives et son état de santé.

Encourager

En tant que cardiologue et chercheur, j’encourage l’utilisation d’objets connectés et d’apps “santé” jouant un rôle de prévention primaire. Nous motiver à reprendre une activité physique ou à manger plus sainement lorsque nous sommes en bonne santé est forcément positif : cela diminue le risque de développer certaines maladies lourdes, comme les infarctus. Les gagnants de cette approche préventive ? Le citoyen qui profite d’un meilleur état de santé, ce qui a entre autres effets de diminuer le risque de burn-out. Mais aussi la société, car une médecine préventive sera toujours plus efficace et moins onéreuse pour le budget de la Santé publique… Ce dernier devrait d’ailleurs être adapté pour soutenir plus franchement cette dimension préventive.

Encadrer

Mais attention : innovation ne doit pas rimer avec déraison. La santé connectée a besoin d’un cadre strict. Des règles de sécurité comme il en existe pour les dispositifs médicaux et les médicaments doivent aussi s’appliquer.

Les concepteurs de l’application ont-ils une formation médicale et éthique ? Y a-t-il eu une validation clinique préalable à la mise sur le marché ? Qu’en est-il de la gestion par le médecin des données d’un patient reçues en ligne 24 heures sur 24 et des obligations qui en découlent ? Les pouvoirs publics ont mis en place un embryon d’encadrement, mais l’effort doit être poursuivi pour définir une réglementation claire et adaptée à ces enjeux.

Et pour répondre à la question initiale… Non, les apps et la santé connectée n’ont pas vocation à remplacer la visite chez un médecin. Elles préfigurent ce à quoi le futur pourrait ressembler. Un futur qui a besoin de nouvelles règles du jeu définies par les autorités et les acteurs de la santé, pour protéger le patient et garantir la qualité de la démarche thérapeutique.