J'ai passé le mois de juillet à Bruxelles, j'ai marché sans réfléchir. Faites de même dans notre ville ou votre village : on redécouvre le monde ! Une chronique de Florence Richter.

C’est presque la fin de l’été, mais on peut encore raconter des histoires de vacances ! Vous êtes parti à l’autre bout de la planète, pour une méditation dans le désert, ou pour un pique-nique sous la mer (oups !), ou pour un entraînement militaire en vue d’un voyage vers Mars ? Eh bien moi, j’ai passé le mois de juillet dans ma ville (en Région bruxelloise), j’ai marché sans réfléchir, en suivant mon humeur, dans les rues et les parcs publics autour de chez moi. Faites de même dans votre ville ou votre village, on redécouvre le monde !

Dans deux ans il sera politiquement incorrect de prendre l’avion (question de pollution), dans quatre ans ce même avion sera hors de prix, et dans six ans ce sera interdit. Autant choisir dès à présent un art de vie d’un autre type : redécouvrir de temps en temps son chez-soi. Outre les piscines, bords de fleuves et rivières, ou chemins balisés pour vélos – voilà déjà d’excellentes idées dont on parle de plus en plus dans les médias – outre ces “classiques”, comme je disais : pourquoi ne pas vagabonder quelques journées sans but précis à travers les rues ?

Bon, cet été, il faut le reconnaître, j’ai croisé un évènement exceptionnel : le Tour de France est passé sous mes fenêtres. Mais je parle ici de plus simple : je quitte la maison et tourne à gauche, allez l’aventure ! Il fait beau, pas de pluie et pas trop de soleil. Ici, avais-je déjà observé les petits arbres bien alignés, aux têtes rondes et aux feuilles en forme de cœur, avais-je vu leurs feuillages touffus qui abritent pas mal d’oiseaux ? Je passe devant l’épicerie du coin, les pommes sur l’étal me semblent plus savoureuses que d’habitude, et je souris au client qui sort à ce moment du magasin ; celui-ci hoche la tête en guise de salut.

Je poursuis mon chemin le long d’une rue commerçante, mais je n’ai pas envie de m’arrêter. J’arrive près d’une résidence pour seniors, chaussée de Wavre à Etterbeek, et derrière le home se niche un petit parc public que je ne connaissais pas. Une simple promenade en rond cernée d’arbres, de buissons et de quelques bancs. Un lieu incroyablement paisible, coupé des bruits de la rue, protégé par l’ensemble des habitations et des jardins qui l’entourent. Je m’assieds pour observer des pies fort agitées qui disputent des restes de nourriture à deux gros chats. Il y a beaucoup de monde dans les rues ce samedi matin, je marche longtemps au hasard, pour surgir tout à coup, à Ixelles, dans un minuscule triangle de verdure planté de charmants pommiers : je suis au coin des rues de l’Arbre-Bénit et du Keyenveld, et un vieux monsieur rêveur demeure assis sur un banc.

Mais je ne m’attarde pas, je poursuis mon voyage en trichant un peu, prenant le métro pour sortir à la station Comte de Flandre : je suis face à la maison communale et au commissariat de police de Molenbeek. Au bout de la place Communale, je repère un magasin de vêtements où j’achète deux leggings, un noir et un bleu : voilà des fringues toujours pratiques pour mes escapades de randonneuse des rues ! Je me balade ensuite le long du canal et descends au bord de l’eau, à l’endroit où le boulevard Léopold II croise l’avenue du Port, pour admirer une grande fresque (à vrai dire déjà fameuse) représentant une pieuvre dont les tentacules manipulent un crâne humain : prémonition de la future 6e extinction d’une partie importante de la vie sur Terre ? Mais je dois arrêter ici ma pérégrination… car une chronique dans La Libre Belgique compte au maximum 4000 signes !

Bref, faut-il vraiment une trottinette électrique pour se déplacer en s’amusant ? Faut-il absolument se rendre par le moyen le plus rapide et par le chemin le plus court à cette animation festive, soigneusement programmée ? Oui, sans doute, ne boudons pas notre plaisir : vivent les deux-roues et les festivals. Mais rien à faire, je préfère l’inattendu d’un vagabondage à pied sans but et sans raison : c’est tout aussi “smart”, vert, durable, transitionnel…