Opinions

Le témoignage d'une maman de quatre enfants, originaire de Strasbourg (1).

Ils ont touché MA ville. La ville où je suis née, la ville où j’ai grandi. Ma ville que je connais pas cœur. Cet attentat m’a touché en plein cœur. Le temps est bien sur au deuil, à l’homme, aux victimes et leurs familles. Mais il est également encore à la peur. 

Lorsque je vois certains qui tentent de hurler au complot, qui accusent le gouvernement français d’avoir monté un attentat pour mettre fin au mouvement de contestation sociale qui secoue la France, je suis hors de moi.

C’est comme cracher au visage des victimes et de leurs proches. Ne peuvent-ils donc pas voir plus loin que leur petite personne ? Le monde ne tourne pas autour d'eux, ni de leur vandalisme dont ils sont les auteurs ou complices (je pense pas que les gilets jaunes pacifistes soient avec vous).

Un carnage était prévu

On a retrouvé des grenades et des armes de guerre le matin même de l’attaque au domicile de ce criminel. C'était un carnage qui était prévu, certainement un vendredi ou un samedi soir de forte affluence, à l'approche de la date de Noël. Par désespoir, l'auteur est sorti un soir de semaine avec une arme de poing pour avoir au moins “fait quelque chose”. Mais il voulait balancer des grenades dans la foule, y aller à l’arme automatique. Juste tuer, indistinctement.

Comme un zombie

Ce vendredi, je passe mon écho du premier trimestre. Ça devrait être une fête, surtout que cette grossesse est un miracle. Vous vous en rendez compte de cette chance ? Pouvoir annoncer sa grossesse à Noël, avoir un petit bébé d’été où chéri pourra prendre de longues vacances pour rester avec moi avec plus de facilité car c’est la pause estivale.

Je suis comme un zombie depuis que cette fichue notification est apparue sur mon téléphone. J’ai peur d’en recevoir une autre me disant qu’il est de retour. Je n’y étais même pas, tous mes proches vont bien, donc je me sens mal de me sentir aussi mal.

Je pense que la meilleure des réponses est une forme de résistance passive.

J’ai envie d'hurler ma rage et ma haine. Mais qu’est ce qui me différencierait de lui alors ? Mes actions seraient mues par la haine de l’autre.

Résistance 

Dès que possible, j’irai me promener dans la nuit sur la place Kléber, dans la rue des Grandes Arcades, sur la place Broglie.

Je viendrai avec mes fils, avec ma poussette. Comme tous les ans. On boira du jus d’orange chaud avec les grands, on prendra notre baguette version tarte flambée, Samuel aura ses bredeles, on va acheter des santons et pleins de décorations pour le sapin. Cela ne me fait pas peur.

On ira se péter le bide dans les Winstubs (restaurants traditionnels alsaciens).

On va s’empiffrer de flammekueches (tartes flambées) qui débordent de crème fraîche, d’oignons et de lardons. On est des hédonistes nous, on a peur de rien. On va arroser avec du Gewurtz et du Riesling. Mais surtout, surtout, on n'oublie pas le munster au fumet si caractéristique. 

A Strasbourg il y’a une cathédrale, une grande mosquée et une grande synagogue. Strasbourg est une capitale européenne. Le multiculturel, c’est dans notre ADN.

Ce soir, ce week-end, on va manger de la bûche, des bredeles, on va écouter les albums de Noël des Flippers, on va mettre le maximum de guirlandes clignotantes à nos fenêtres.

Non, vous ne toucherez jamais au symbole de Noël. Il est ancré dans notre culture immatérielle, dans l'âme de l'Alsace et dans le coeur des Alsaciens. Et vous ne pourrez jamais décharger vos armes là-dessus.

On sera là 

A New York, on a reconstruit une gigantesque tour, à Madrid on prend le train, à Londres on prend avec plaisir les si typiques bus rouges à deux étages, à Paris on boit des coups en terrasse, à Bruxelles les avions décollent sans cesse. Dans 10 ans, on boira un vin chaud devant un petit chalet à la mémoire des personnes que tu as fauchées. On sera là. Comme on a été là en décembre 2015 lorsque vous avez voulu instiller la terreur à Paris.

Dans 10 ans, dans 50 ans, les illuminations de toutes les couleurs brilleront toujours dans toute la ville de Strasbourg, et ton acte de haine retournera dans les méandres de l’obscurantisme et l’intolérance d’où il n’aurait jamais du sortir.

(1): Ce texte a initialement été publié sur le blog de l'auteure, "Working Mutti".