Nous avons le sentiment que les examens auront surtout évalué la résistance au stress des étudiants. Il sera capital de renouer un lien de confiance entre eux et l’université. Une carte blanche d'Anne B. parent d'une étudiante de l'UCLouvain.

Nous sommes le 9 juin, il est 14h et notre fille entame un examen en ligne dont les consignes ont été modifiées avant-hier par le professeur : chaque question sera finalement chronométrée, sans possibilité de revenir en arrière pour corriger une réponse. Peut-on nous expliquer l’intérêt pédagogique de cette mesure ? Est-ce cela la bienveillance annoncée par le rectorat pour rassurer les étudiants ? Dans quels couloirs cette consigne s’est-elle perdue ? Et quel étudiant aurait le cran d’interpeller son professeur pour remettre en question ce changement de dernière minute ?

Après un certain nombre d’essais techniques ratés et des dizaines de mails générant une réelle angoisse, les rouages de la machine se sont mis en marche. Mais y a-t-il quelqu’un pour prendre réellement en compte la détresse d’une grande partie des étudiants autrement qu’avec des déclarations qui affichent depuis le début un optimisme qui ne colle pas avec leur réalité ?

14h05, je cours chez mon voisin pour le supplier d’arrêter de passer le karcher à quelques mètres de nos fenêtres. Changer de pièce ? Impossible à cause du logiciel anti-triche qui prend des photos en cours d’examen ! Alors nous nous interrogeons : la triche est-elle le véritable ennemi à abattre ? Ne serait-il pas plus important de se centrer sur l’accompagnement des étudiants, particulièrement ceux en décrochage ? Car les cours en ligne, même s’ils ont eu le mérite d’exister durant le confinement, n’ont pas pu remplacer l’atmosphère et les interactions d’un cours en présentiel. Nos jeunes se sont sentis bien seuls devant leur écran… 

S’il a fallu faire appel à des conseillers numériques, a-t-on pensé aussi à s’appuyer sur des conseillers pédagogiques pour faire face à ce défi inédit ? Car il ne s’agit pas seulement de transposer techniquement des cours et des sessions d’examens normaux en version numérique, mais surtout d’appréhender les adaptations pédagogiques profondes que cela implique pour éviter de plonger professeurs et étudiants dans le désarroi, comme en témoigne la situation actuelle. En tant que parents, nous avons le sentiment que ces examens auront surtout évalué la résistance au stress de nos jeunes plutôt que leurs acquis disciplinaires.

Replacer cette session et celle de septembre dans le contexte de chamboulement actuel

Quand nous essayons de rassurer notre fille, nous pensons à tous ces jeunes peu ou pas soutenus par un environnement familial favorable, et tout spécialement à tous les étudiants étrangers qui ont vécu depuis des mois dans leur kot déserté à cause du confinement, sans pouvoir compter sur le réconfort de leurs familles ! Les événements que nous traversons ont un impact sur nos jeunes, nous le constatons tous les jours ! 

Notre monde navigue à vue ; la situation mondiale est chaotique et nous-mêmes, les adultes, constatons combien nous avons besoin de contacts, de retrouver une certaine insouciance. Après trois mois de débrouille sans perspectives très réjouissantes, sans tout ce qui donne à la vie étudiante sa saveur comme la rencontre de l’autre, la découverte d’autres valeurs, le goût d’entreprendre et d’apprendre, nos jeunes doivent à présent enchaîner avec une session minée de mesures techniques faillibles. Que sont-ils en droit d’attendre des adultes qui prennent les décisions qui les concernent ?

En leur nom, nous vous demandons de replacer cette session et celle de septembre dans le contexte de chamboulement actuel, de ne pas vous centrer sur le bâton, mais sur des mesures d’encouragement concrètes : des modalités d’examens qui ne soient pas un rodéo informatique mais des travaux, des évaluations à cours ouverts qui valorisent la réflexion et l’esprit critique, sans compenser cette transition par un niveau de difficulté plus élevé. Nous vous prions également de mettre en place des dispositifs qui permettront non seulement d’écouter les étudiants mais de réellement entendre leurs difficultés, de les faire remonter efficacement et de les prendre en compte de toute urgence ! Si rien n’est fait dans ce sens, l’érosion de la confiance des étudiants en eux-mêmes et envers l’université risque d’être inéluctable !