Opinions

Deux ans après la fusillade qui a emporté une partie de la rédaction de Charlie Hebdo, la journaliste et activiste franco-marocaine Zineb El Rhazoui réaffirme "la nécessité absolue" de "prendre position". Soumise à des conditions de sécurité particulièrement strictes depuis les attentats du 7 janvier 2015, elle plaide pour une libération de la critique religieuse. Ses propos sont sévères. Et pour cause… "Rien n’est (encore) pardonné".

Qui est-elle ?

Avant d'écrire pour le journal satirique Charlie Hebdo, Zineb El Rhazoui (diplômée en langues étrangères appliquées et en sociologie des religions) a enseigné l’arabe classique, la méthodologie de l’écrit et de la recherche au Maroc. Elle couvre la guerre de Gaza en 2008 et (co)fonde le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI). Elle a défendu le droit de rompre ostensiblement le jeûne en public pendant le ramadan (punissable par le Code pénal marocain) et a participé à la coordination du mouvement du 20-Février (printemps arabe). En 2011, elle trouve refuge en Slovénie, puis en France où elle signe finalement pour "Charlie Hebdo". En vacances à Casablanca, elle échappe à la fusillade du 7 janvier 2015. En septembre 2016, elle quitte Charlie Hebdo.

Entretien:

Deux réalisateurs belges vous ont récemment consacré un film documentaire*. Ce tournage a débuté il y a 5 ans alors que vous étiez encore au Maroc. Comment les attentats ont-ils bouleversé ce film ?

Ce film a la particularité d'être devenu autre chose que ce qu'il devait être. En 2011, on était dans l'euphorie du printemps arabe. Les réalisateurs voulaient venir pour filmer des jeunes laïques se battre pour plus de libertés. Ils voulaient faire un parallèle avec la communauté marocaine en Belgique qui reste majoritairement conservatrice, avec une idée assez étroite de ce qu'est l'identité marocaine et l'Islam. Au fil du temps, on a continué à se voir. Ensuite, j'ai dû quitter le Maroc, j'ai intégré Charlie Hebdo et il y a eu les attentats. Le film est devenu différent mais il est resté cohérent avec son objectif qui était de montrer que la liberté est une et indivisible et qu'on ne peut pas lutter contre le totalitarisme politique sans s'insurger contre le totalitarisme religieux. Il ne peut y pas avoir de démocratie sous le joug idéologique religieux.

Suite aux attentats, les conditions de sécurité dans lesquelles vous vivez sont devenues particulièrement strictes. Vous décidez malgré tout de poursuivre le tournage. Pourquoi ?