Pour "Charlie Hebdo", militants et réseaux sociaux sont les nouveaux visages de la censure. Vraiment ?

Cinq ans après l'attentat contre Charlie Hebdo , le journal critique, au nom de la liberté d'expression, le "politiquement correct" et s'en prend dans un édito "aux associations tyranniques, aux minorités nombrilistes, aux blogueurs", censeurs et moralisateurs. Expressions libres dans le débat.

Thierry Boutte et Clément Boileau
Pour "Charlie Hebdo", militants et réseaux sociaux sont les nouveaux visages de la censure. Vraiment ?
©Charlie Hebdo

Cinq ans après l'attentat contre Charlie Hebdo , le journal critique, au nom de la liberté d'expression, le "politiquement correct" et s'en prend dans un édito "aux associations tyranniques, aux minorités nombrilistes, aux blogueurs", censeurs et moralisateurs. Expressions libres dans le débat. L'édito de Riss dans le "Charlier Hebdo" du 7 janvier

[…] En 2015, "Charlie Hebdo" était victime d'un attentat qui avait pour but de le faire taire à jamais. Cinq ans après, "Charlie Hebdo" est toujours vivant. […] Mais pendant ces cinq années où "Charlie Hebdo" réapprenait à faire usage de sa liberté d'expression émergeaient autour de lui des idéologies inédites. Nous avons cru que seules les religions avaient le désir de nous imposer leurs dogmes. Nous nous étions trompés. […] Les vieux interdits ont été remplacés par de nouveaux. Le développement des réseaux sociaux a permis de diffuser des opinions très diverses, parfois enrichissantes, mais parfois obscures, appelant à boycotter, à dénoncer, à fustiger les points de vue atypiques, non conformistes, ou simplement maladroits. "Charlie Hebdo" a évidemment été la cible de ces nouveaux censeurs qui, d'un clic, se transforment en prophètes de leur propre religion, et lancent des fatwas contre des blasphémateurs qui s'ignorent. Surveillés en permanence par ces petits gourous malsains, on serait tentés de se laisser gagner par le pessimisme. Mais en réalité, cette époque n'a jamais été aussi exaltante. Tous ces petits connards et toutes ces petites connasses qui pérorent à longueur de pétitions débiles, de proclamations sentencieuses, et qui se croient les rois du monde derrière le clavier de leur smartphone, nous donnent une formidable occasion de les caricaturer, de les ridiculiser, de les combattre. Car la morale qu'ils croient défendre n'est en réalité qu'un moralisme de plus. Les vieux interdits ont été remplacés par de nouveaux. Les pères la pudeur de jadis ont été chassés par les blogueurs la pudeur d'aujourd'hui. Les flammes de l'enfer d'autrefois ont laissé la place aux tweets délateurs de maintenant. […] Il y a trente ou quarante ans, on appelait ça le "politiquement correct", et cela consistait à combattre le racisme, la misogynie ou l'homophobie, ce qui en soi était plutôt logique et évident. Aujourd'hui, le politiquement correct nous impose des orthographes genrées, nous déconseille d'employer des mots supposés dérangeants, nous demande de ne plus manger ceci ou de ne plus fumer cela. Dans notre intérêt, bien évidemment. Hier, on disait merde à Dieu, à l'armée, à l'Église, à l'État. Aujourd'hui, il faut apprendre à dire merde aux associations tyranniques, aux minorités nombrilistes, aux blogueurs et blogueuses qui nous tapent sur les doigts comme des petits maîtres d'école. La gauche anglo-saxonne a inventé le politiquement correct pour faire oublier son renoncement à lutter contre les injustices sociales. La lutte des classes, trop marxiste à ses yeux, a été remplacée par la lutte des genres, des races, des minorités, des sous-minorités et des micro-minorités. La division de la société n'est plus horizontale, entre des classes sociales privilégiées qui dominent les plus faibles, elle est désormais verticale, entre des catégories de genres et d'identités. La gauche qui se croit progressiste est alors devenue obsédée par les races, les couleurs de peau, les cheveux lisses ou crépus. Qui l'eût cru ? […] Lire l'intégralité.

Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.
Vous êtes hors-ligne
Connexion rétablie...