L'État, l'islam et le christianisme : quelques rappels historiques

La séparation entre l'Église et l'État est inscrite dans les gènes du christianisme, même si l'Église catholique a malheureusement lié les deux. Par contre, le lien entre Église et État est inscrit dans les gènes de l'islam. Il n'est pas propre aux "salafistes et autres frérismes".

L'État, l'islam et le christianisme : quelques rappels historiques
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Contribution externe

Un texte de Guy Schmitz, professeur à l'Université Libre de Bruxelles.

Dans la chronique de La Libre Belgique du 19 juillet : "L'Islam, incompatible avec la démocratie ? Moi qui connais l'histoire du christianisme, je pense le contraire", l'auteur se réfère à la déclaration Dignitas humanae du Concile Vatican II (1965) mais ne tient pas compte de l'essentiel de l'histoire du christianisme.

Aux environs des années 30, Jésus prêche une nouvelle religion en Galilée et en Palestine faite d'amour et d'espérance. Il s'adresse aux pauvres et aux malheureux et critique les autorités religieuses juives de l'époque qui le supportent mal. La région était un protectorat romain et ces autorités demandent au gouverneur romain de les débarrasser de cet importun. Lorsque Jésus rentre à Jérusalem avec quelques disciples, il est arrêté, jugé et exécuté. Son message continue cependant à se répandre dans l'empire et finit par déranger les autorités de Rome. Les chrétiens sont persécutés et assassinés mais continuent à se multiplier. Ces persécutions ne cesseront qu'en 312 lorsque l'empereur Constantin se convertit au christianisme. On dit que ce serait suite à une vision mais les raisons politiques n'étaient probablement pas absentes. À partir de cette conversion et de la reconnaissance officielle du christianisme, les pouvoirs religieux et politiques se retrouvent intimement liés. L'Église de Rome s'écarte du message initial de Jésus qui avait déclaré lors de son procès à Jérusalem : "Mon royaume n'est pas de ce monde". Il faut bien faire la différence entre christianisme et catholicisme. Le christianisme s'était développé pendant près de 300 ans en opposition avec le pouvoir politique. La séparation entre l'Église et l'État est inscrite dans ses gènes. L'Église catholique va lier les deux et en abuser. Voulant revenir aux bases du christianisme, le pasteur Martin Luther a fondé le protestantisme en 1517, bien avant Vatican II.

Islam, différente histoire

L'histoire de l'islam est très différente. Mahomet prêchait une nouvelle religion à La Mecque et contrariait les riches commerçants mecquois. Il fut obligé de fuir et se réfugia avec ses disciples à Médine. C'est l'Hégire en 622, considéré comme le début de l'islam. Grâce à son grand talent d'organisateur et de négociateur, Mahomet devient de plus en plus puissant et s'enrichit notamment en pillant les caravanes commerciales des mecquois. En 630, il réunit une armée de plusieurs milliers d'hommes, part à l'assaut de La Mecque et conquiert la ville sans difficulté. Il est à la fois chef religieux et chef de guerre mettant son pouvoir politique au service de sa religion et sa religion au service de sa politique. La confusion entre les deux est inscrite dans les gènes de l'islam.

À l'époque, l'Empire romain d'Orient, de religion chrétienne orthodoxe, s'étendait de Constantinople (Istanbul) jusqu'à l'Égypte. Les musulmans vont attaquer cet Empire et finir par le vaincre définitivement lors de la prise de Constantinople en 1453. Les chrétiens qui vivent dans ce qui avait été l'Empire romain d'Orient sont les descendants de ceux qui y vivaient avant les conquêtes musulmanes. Leur sort n'est pas enviable car les régimes musulmans supportent mal les autres religions. Les coptes, chrétiens orthodoxes d'Égypte, sont considérés comme des citoyens de seconde zone. Ils ont pourtant, d'un point de vue historique, raison de dire qu'ils sont les seuls vrais Égyptiens.

L'auteur sait évidemment que la conception des relations entre Église et État est totalement différente dans le christianisme et dans l'islam mais il n'en tient pas compte. Il se contente de souligner que des théologiens musulmans, tels Tareq Oubrou, prônent une réinterprétation symbolique du Coran. Cependant, ils sont très peu nombreux, leurs écrits ne peuvent pas être publiés dans les pays musulmans et surtout le travail est gigantesque. Jésus n'a laissé aucun écrit. Les textes fondateurs du christianisme ont été écrits par des témoins et, d'après la plupart des historiens, le quatrième Évangile, celui de Jean, n'a pas été écrit par l'apôtre Jean mais par des témoins indirects. Remettre ces textes dans leur contexte n'est pas difficile. Par contre, Mahomet a affirmé que le Coran est la parole d'Allah. Remettre en question la parole d'Allah est beaucoup plus difficile que celle de témoins.

>>> Titre, intertitre et chapô sont de la rédaction. Titre original : "Islam et christianisme ; quelques rappels historiques"