Ripostes

Aux Pays-Bas, les automobilistes voient rouge face à des coûts de stationnement devenus prohibitifs. Ils ont inventé un mot pour dénoncer la "parkingtarieventerreur". Du coup, certaines municipalités ont supprimé les horodateurs. En Wallonie et à Bruxelles, le stationnement payant permet parfois aux communes de gagner quelques sous (cf. infographie) mais constitue surtout un levier de mobilité. Sauf pour quelques irréductibles.


OUI, pour Christophe Collignon

Bourgmestre de Huy

Nous pratiquons le stationnement gratuit car nous voulons conserver l’attractivité de notre ville. C’est son label. Ce qui ne signifie pas que nous encourageons l’utilisation de la voiture. Pour gérer la rotation des places dans les zones commerçantes, nous préférons pratiquer un système de zones bleues. Et nos projets en matière de mobilité prévoient la construction de parkings de délestage supplémentaires.

"Parkingtarieventerreur" : tel est le mot inventé aux Pays-Bas par des automobilistes excédés par le prix prohibitif du stationnement dans les rues de certaines municipalités dont plusieurs ont finalement choisi de supprimer les horodateurs. Le débat a déteint en Flandre où un des directeurs de l’Unizo (l’Union des entrepreneurs indépendants) a encouragé les communes à faire de même. Chez vous, à Huy, vous continuez à opter pour le stationnement gratuit. Pourquoi ?

C’est un choix politique. Pour conserver intacte l’attractivité de notre ville. La gratuité constitue en quelque sorte le label de Huy. Plutôt que d’installer des horodateurs, nous avons opté pour une politique de zones bleues (NdlR : disque obligatoire et stationnement pendant une durée maximale de deux heures). Nous avons engagé trois personnes pour contrôler celles-ci et réclamer le paiement d’un forfait en cas de mauvais stationnement, dans le cadre des sanctions administratives communales.

Quel est le but de cette politique de zones bleues ?

Comme beaucoup d’autres villes, Huy a évidemment aussi des problèmes de mobilité. Et nous devons, nous aussi, lutter contre le problème des voitures ventouses. Mais nous avons fait un pari. Celui de parvenir à contrôler une bonne rotation des véhicules par l’instauration et le contrôle ferme de zones bleues. Les horodateurs, c’est parfois la solution de facilité… Même si je concède qu’une ville n’est évidemment pas une autre.

En quoi Huy est-elle particulière ?

D’abord, la ville est située dans une vallée. Ensuite, sa configuration est particulière : environ 40 000 personnes y sont présentes chaque jour dont 21 400 habitants. Les autres sont des étudiants, des administratifs ou d’autres personnes qui viennent travailler. Dans l’idéal, pour gérer tout cela, notre idée est de compléter les zones bleues par trois grands parkings. L’hôpital et la gare SNCB vont agrandir le leur, et la ville en construira un ou deux autre(s), afin d’inciter les gens à laisser leur véhicule en dehors du centre et à se déplacer autrement.

Jamais vous ne vous êtes dit que, sans horodateurs, il y avait un manque à gagner pour les caisses communales ?

Pour moi, une politique de stationnement vise à améliorer le bien-être et la mobilité, pas à faire rentrer de l’argent dans les caisses de la commune. Et concernant les horodateurs, on a vu qu’ils ont fait fuir les gens à certains endroits et, comme je vous l’ai dit, nous voulons conserver notre attractivité.

© IPM

NON pour Sven Nouten

Porte-parole de SNI (Syndicat neutre pour indépendants)

Il est primordial de conserver les stationnements payants. Par contre, il est tout aussi essentiel de mettre en place une politique d’accessibilité à tous : allonger la durée de gratuité pour attirer le consommateur, mais la limiter à une certaine durée afin de favoriser les rotations et donc le nombre de personnes qui fréquenteront les petits commerces indépendants.

Pour quelles raisons est-il essentiel, de votre point de vue, de conserver les parkings payants ?

Nous ne sommes ni favorables au parking gratuit partout ni aux horodateurs tels qu’ils sont utilisés aujourd’hui. La première option favorise les voitures-ventouses qui condamnent les places de parking au détriment du consommateur et donc des commerçants. La seconde est loin d’être idéale car le temps de gratuité de 15 minutes seulement et le prix élevé du stationnement sont dissuasifs. Ils ne favorisent donc pas la fréquentation des petits commerces mais bien des grandes surfaces qui disposent souvent de leurs propres installations. Il ne faut donc pas supprimer les horodateurs mais bien adapter la politique de gratuité.

Que recommandez-vous exactement ?

On plaide pour une politique de parking accessible pour tout le monde et qui ait pour but de favoriser les rotations dans les centres-villes, à proximité des commerces, afin que le plus de consommateurs possible puissent se garer. Cela implique que ces mêmes consommateurs n’occupent pas leur place de parking pour une durée étendue. C’est essentiel car cela ne rapporte rien aux commerces. Sur base d’un modèle de centre-ville moyen, nous plaidons donc pour le parking courte durée - de 30 minutes à 1heure - ce qui offre un temps suffisant aux achats dits "nécessaires" : le boulanger, le boucher, la librairie. Cette rotation offre à chacun la possibilité de faire ses courses en vitesse. Ce n’est donc pas un usage de "fun shopping" mais de "run shopping". La bonne rotation des parkings va de plus de pair avec une meilleure fluidité dans les commerces eux-mêmes.

Ne faudrait-il pas modifier la politique de tarification ?

Il est clair que le prix du parking est un facteur important dans la fréquentation des commerces, particulièrement des petits indépendants. Le prix reflète certainement le coût pour les communes qui les entretiennent. Mais je suppose aussi que le stationnement est pour elles une source de revenus.

N’y a-t-il pas, par ailleurs, un problème de places de parking ?

C’est en effet un problème que soulèvent les commerçants car le Belge cherche à aller en voiture le plus près possible des commerces. Ce sont probablement les mentalités qu’il faudrait changer. Mais c’est un autre débat !