Selon les experts du sommet sur la biodiversité, les activités humaines font peser une pression intenable sur la nature et menacent l’avenir de l’humanité. L’enjeu est politique. Une même question a été posée aux partis politiques et à vous.


À la question : faut-il prendre des mesures en faveur de la biodiversité ?, tous les partis approchés ont répondu oui. Et à la question : quelles sont les trois décisions/actions concrètes (applicables dans notre région et en Belgique) que propose votre parti ? Voici leurs réponses :

PTB. Nous plaidons pour l’application de la règle d’or écologique : nous n’enlevons pas plus à l’écosystème qu’il n’est capable de supporter ; nous sommes en faveur d’une gestion durable des forêts (le commerce illégal du bois doit être combattu plus vigoureusement) et nous investissons dans des cours d’eau et mers propres, par l’élimination maximale de déchets et la réduction des déchets agricoles et industriels (les infractions seront punies plus efficacement).

Écolo. La biodiversité est notre assurance-vie. Nos trois priorités pour la protéger et la développer sont l’extension des zones Natura 2000 et la création de réserves naturelles en Wallonie ; un espace vert à moins de 300 mètres pour chacun et l’arrêt à la bétonisation, à l’étalement urbain et l’artificialisation des territoires.

Listes Destexhe. Nous soutenons notre filière élevage qui entretient nos prairies qui sont des réserves importantes de carbone et de biodiversité ; nous proposons de revaloriser la production d’huile de colza et de lin local à un prix rémunérateur pour l’agriculteur (en protégeant nos abeilles), de proposer des variétés innovantes de froments, de pommes de terre et de redémarrer la production d’orge brassicole local ; nous encourageons la replantation de haies pour favoriser la présence des passereaux, maillon indispensable pour encourager la biodiversité.

MR. Revoir la stratégie wallonne pour la biodiversité afin de fixer des objectifs ambitieux pour 2020-2030 ; favoriser le maillage écologique en Wallonie et à Bruxelles et créer une trame verte et bleue ; mieux gérer nos espaces naturels, favoriser la création de réserves naturelles, protéger les écosystèmes, les espèces menacées et favoriser la mise en œuvre de Natura 2000.

PS. Il faut prendre des mesures significatives et urgentes, à savoir créer au moins 1 000 hectares par an de réserves naturelles ; offrir des lieux de nature, riches en biodiversité, à proximité de chaque citoyen et renforcer la lutte contre le commerce illégal de bois et d’espèces sauvages.

CDH. Même si sous cette mandature un nombre record de territoires ont été protégés, les habitats propices à la biodiversité disparaissent ou sont menacés. Pour recréer de la diversité dans les espaces agricoles et dans les villes, il faut privilégier les bandes enherbées, les prairies permanentes, les espaces en fauche tardive, les arbres en zone de culture, le maillage entre les espaces protégés, un maillage d’espaces verts dans les villes et communes… L’autre cause de la perte de biodiversité, c’est l’usage de produits phytosanitaires qui tuent les "mauvaises herbes" et les "mauvais insectes". Nous plaidons pour un territoire à 80 % sans phytos d’ici 2030 pour restaurer la flore et la faune.

Défi. Limiter au maximum et interdire à délai rapproché les pesticides en vue de protéger la biodiversité et la santé humaine via le développement de pratiques culturales alternatives qui donnent un avenir à nos agriculteurs ; maintenir une activité d’élevage dans nos zones rurales car le cycle de vie des sols dépend aussi de l’engrais naturel que constituent les déjections animales ; encourager la végétalisation dans l’espace public et favoriser les plantations de fleurs comestibles et légumes comestibles dans une démarche citoyenne et participative.

L’avis de l’expert

Pour le professeur Marc Dufrêne (ULg - Gembloux Agro-Bio Tech), il y a des décisions et actions prioritaires et évidentes à réaliser en Wallonie.
1. Un financement accru des mesures de protection des milieux naturels, dont les subventions aux associations. Un petit exemple : auparavant, la loi permettait que des associations qui achetaient des terrains à protéger reçoivent 50 % du prix d’achat en subvention. C’est fini, le ministre Collin a supprimé cette faculté pour limiter l’emprise des associations.
2. Augmenter la surface des réserves naturelles. En Wallonie, elles ne représentent que 1 % du territoire (soit près de 16 000 hectares) contre 3 % en Flandre. Comment un tel retard est-il possible dans une région qui dit se soucier de la naturalité et du tourisme vert ? Il est urgent de remobiliser des budgets pour protéger ce qu’on appelle les zones centrales du réseau écologique.
3. Développer des modes de production primaire qui soient, aux niveaux agricole et forestier, plus durables et mobilisent davantage la biodiversité plutôt que des intrants chimiques ou des plants exotiques.
4. Créer un observatoire de la biodiversité - un lieu d’échanges entre acteurs divers - parce qu’on la connaît mal en Région wallonne. Depuis six ans, il n’y a plus ni projets ni équipes de recherche qui travaillent sur la biodiversité alors que les projets et recherches pour augmenter la production agricole (pas la qualité) ne manquent pas.
5. Lever la censure qu’entretient la Région wallonne sur le travail des fonctionnaires et leurs diagnostics en la matière. L’opacité est de mise, les scientifiques externes sont exclus et les comités de pilotage sont vidés de leur substance.
6. Créer une agence de la biodiversité parce que les enjeux ne sont pas sectoriels mais transversaux. La biodiversité, c’est aussi une affaire d’agriculture, d’environnement ou d’urbanisme.

C'est vous qui le dites

Un groupe d’experts des Nations unies constate que les activités humaines font peser une pression intenable sur la nature et menacent l’avenir de l’humanité (voir pp. 22-23). Face à une possible sixième extinction de masse - la première causée par les humains - faut-il mettre en place des mesures pour préserver la biodiversité ? Nous vous avons posé la question sur LaLibre.be et vous avez été près de 200 à nous répondre. À l’unanimité (96,8 %), c’est un grand oui !


Charlotte, 40 ans Oui

Prenons plus de mesures afin d’éviter que les gens utilisent intensivement leur voiture, informons-les sur la consommation de viande. Beaucoup de personnes pensent en effet à tort qu’il est important de consommer de la viande tous les jours pour être en bonne santé. Enfin, je pense qu’il est important de promouvoir les produits de proximité et le "zéro déchet".

Philippe, 62 ans Oui

Il faut supprimer les néonicotinoïdes ! Et pourquoi ne pas éteindre l’éclairage public entre minuit et 5 heures du matin ? Ou encore, étendre les zones Natura 2000, relancer une agriculture paysanne et familiale implémentant des pratiques respectueuses des sols. Préservons l’habitat de la faune sauvage. Luttons contre la pollution des cours d’eau, des mers et des océans.

Thierry, 51 ans Oui

Augmentons le nombre de réserves naturelles. Que les pouvoirs publics donnent beaucoup plus de moyens financiers et humains aux associations de conservation de la nature et incitons davantage les plantations d’espèces indigènes comme les haies vives tout en limitant l’utilisation de pesticides et d’herbicides.

Emmanuel, 41 ans Oui

Je propose de punir les destructeurs/pollueurs et de mettre fin à la construction d’habitations en dehors du noyau des villages. Finie la propagation du modèle des maisons à quatre façades. Sauf peut-être pour les habitats alternatifs respectueux de l’environnement. J’imagine que je passe quelques mesures essentielles, mais en tout cas, il y a du boulot.

Laurent 24 ans Oui

Protégeons mieux les espèces menacées tant au niveau national qu’à travers le monde. Pour commencer, supprimons les pesticides extrêmement nuisibles pour les insectes, qui sont indispensables pour l’homme et les biotopes. Tant qu’on y est, supprimons la chasse récréative et non indispensable, si elle l’a déjà été un jour. Enfin, nettoyons nos océans du plastique.

Katia, 65 ans Oui

Commençons par respecter le cycle de vie. Je pense, entre autres, aux abattages d’arbres dans les parcs et le long des avenues et ce, en période de nidification. Je pense aussi aux élagages en plein mars/avril, aux nettoyages de points d’eau qui détruisent les grenouilles et les crapauds. À ce propos, refusons l’idée folle de permettre les baignades dans les étangs bruxellois !

Stéphane, 40 ans Oui

Il faut se concentrer sur des mesures locales, faciles à mettre en œuvre par tous et qui ne coûtent (quasi) rien à la collectivité. Dans les permis d’urbanisme, il faudrait par exemple avoir une attention beaucoup plus pointue sur l’impact environnemental des projets. Par exemple, imposons la plantation d’arbres et de haies, en obligeant l’utilisation d’essences indigènes.

Isabelle, 50 ans Oui

Luttons contre l’étalement urbain afin de préserver le plus d’espaces verts possible, définissons des zones de reboisement protégées contre toute exploitation humaine, développons une politique de l’eau ambitieuse. Pour cela, je propose de contraindre la grande distribution à diminuer drastiquement l’utilisation de plastique et le suremballage. Enfin, sanctionnons pénalement tout acte qui contribue à la disparition des espèces.