Ripostes

Tous les jeudis, "La Libre" fait le point sur un thème phare de la campagne électorale. Cette semaine, focus sur le défi que pose l’éolien à la Région wallonne. Un secteur où la communication joue un rôle primordial. Exemple à la clé.

Nimby, pour not in my garden, soit, en français : pas dans mon jardin. Dit autrement : il est facile d’être favorable aux éoliennes… quand elles se trouvent loin de chez soi. Convaincre les nimby du bien-fondé de l’énergie éolienne, c’est peut-être le plus gros défi qui attend le futur gouvernement wallon en vue d’atteindre les objectifs européens d’ici à 2030. Et pour cause : en moyenne, neuf projets sur dix avortent purement et simplement, selon le ministre wallon de l’Énergie Jean-Luc Crucke (MR). Une donnée qu’ont prise en compte la grande majorité des partis francophones (lire ci-contre) : favorables à ce que la Wallonie continue d’investir dans l’éolien onshore (sur terre), la plupart prennent cependant le soin d’insister sur l’importance de la consultation citoyenne afin de préserver la tranquilité des riverains.

Cela tombe bien : le gouvernement wallon a justement annoncé des mesures pour encourager la participation des citoyens au travers de coopératives ou de projets communaux. De quoi donner un élan bienvenu au futur gouvernement ? À voir…

Chassez ces éoliennes…

"Je n’avais aucun a priori favorable ou défavorable sur les éoliennes", explique Alain Jamar de Bolsée, habitant de Stoumont qui s’oppose, avec trois cents autres riverains, à l’implantation par Engie de six éoliennes sur les hauteurs de la commune de Trois-Ponts, le long de la Via Nova (la route des crêtes). "Dès que nous avons eu vent du projet (sic) , nous avons créé un petit comité local parce que beaucoup de personnes étaient sensibilisées par le problème. On nous proposait d’installer six éoliennes non pas groupées comme le code éolien le prévoit mais en alignement sur plus de trois kilomètres, en crête, le long du parc naturel des sources." À l’époque, le groupement citoyen se veut confiant quant à l’abandon du projet, d’autant que le Conseil wallon de l’environnement pour le développement durable (Cwed, désormais rattaché au pôle environnement du conseil économique, social et environnemental de Wallonie), émet un avis réservé. " La loi prévoit l’avis de deux fonctionnaires, un directeur général de l’environnement et l’autre de l’urbanisme et tous les deux avaient donné un avis négatif , poursuit Alain Jamar de Bolsée. Le DNF (anciennes Eaux et Forêts) également. Les Monuments et Sites de même, car il y a plusieurs monuments classés dans le paysage. Notamment à Trois-Ponts. Mais malgré tous ces avis négatifs, le ministre a donné l’autorisation à Engie d’installer les éoliennes."

Il n’en fallait pas plus pour que Natagora entre à son tour dans le jeu - l’endroit étant également un lieu de migration d’espèces qui pourraient être perturbées par les éoliennes. Ce front commun d’opposants a donc déposé à son tour un recours au Conseil d’État et, depuis, la situation est tout simplement bloquée.

Manque de communication

Pourtant, le projet d’Engie se voulait justement participatif, puisqu’il s’agit d’un codéveloppement avec la coopérative citoyenne Courant d’Air, dont l’objectif est de favoriser l’accès des citoyens aux énergies renouvelables. "C’est vraiment une guerre de tranchée", déplore Mario Heuckeumes, en charge du projet pour Courant d’Air. "On s’est mis derrière Engie et la commune en termes de communication", déplore ce dernier, qui admet qu’une rencontre avec les habitants de Stoumont aurait pu faciliter les choses. L’amélioration de la communication entre les différents acteurs, clé de voûte du futur de l’éolien en Wallonie ? C’est bien possible, à entendre Alain Jamar de Boslée : "On n’a eu aucun contact avec Engie avant le recours. Ce n’est qu’une fois qu’ils ont obtenu l’autorisation de la Région wallonne qu’ils m’ont contacté pour expliquer ce qu’ils voulaient faire. ‘Pour que vous n’alliez pas en recours, ça va vous coûter très cher’. Depuis, nous n’avons plus que des contacts par avocats interposés."


Ce qu'en pensent les partis


Lors de l'élaboration de notre test électoral (en collaboration avec la RTBF, la VRT, De Standaard, l'UCLouvain et l'Université d'Anvers), nous avons demandé aux sept principaux partis francophones de se positionner comme "D'accord" ou "Pas d'accord" sur des centaines d'affirmations.

Parmi celles-ci, figurait : "La Wallonie doit arrêter de soutenir l'installation d'éoliennes". Voici leurs réponses.

Vos réactions sur lalibre.be

Vous êtes près de 900 à avoir répondu à notre sondage sur lalibre.be.

Pour une majorité d’entre vous (62 %), la Wallonie doit cesser d’investir dans les éoliennes. En cause : défiguration du paysage et rendement aléatoire. Vous êtes 38 % à souhaiter le développement de l’éolien en Wallonie, principalement pour soutenir la transition énergétique et alléger le poids des émissions carbone et du nucléaire.


Ils souhaitent que la Wallonie continue d'investir dans les éoliennes

Laurence, 58 ans

Nous devons aller vers une production autonome d’énergie propre. Ce n’est plus une question d’idéologie mais bien de survie de l’humanité et de toutes espèces végétales et animales qui sont nos compagnons sur terre. L’éolien est une des mesures à prendre… Les initiatives privées ne suffisent pas. L’État et l’Europe doivent intervenir également.

Sébastien, 19 ans

La transition énergétique passe par toute une série d’alternatives, dont l’éolien, mais pas seulement ! Il faut également investir dans les énergies hydroélectriques ainsi que dans de véritables solutions durables en termes d’énergie.

Frédérique, 32 ans

L’énergie la moins chère à produire sur base de nouvelles installations et une des plus propres. Indispensable pour assurer une transition énergétique en Wallonie. Par ailleurs, la dispersion des éoliennes permet l’accès à une énergie plus locale, si ce n’est en direct dans certains cas.

Benoît, 45 ans

La Wallonie doit être à la pointe des productions d’énergie verte, surtout éolienne (l’ensoleillement wallon est trop faible) pour pouvoir, en contrepartie, conserver des industries et entreprises consommatrices d’énergie.


Ils souhaitent que la Wallonie cesse d'investir dans les éoliennes

Jean, 77 ans 

Énergie intermittente, rentable pour qui les installe grâce aux subsides dont le coût se répercute sur le prix de l’électricité et sur nos impôts. L’exemple désastreux de l’Allemagne montre bien ce qu’il ne faut pas faire en la matière.

Christian, 66 ans 

Le vent est une énergie diffuse et intermittente qui ne remplacera jamais des sources concentrées et continues comme les "fossiles" et l’uranium. Du moins si nous voulons conserver nos standards de consommation énergétique. De plus, les sites favorables à leur implantation sont en nombre limité. Une fois ces sites équipés, il n’y aura plus de possibilités d’accroissement de production de cette énergie. Pas la peine de saccager le paysage pour si peu de résultats.

Didier, 36 ans 

Les éoliennes dépendent de matières premières plutôt rares et de méthodes de traitement bien polluantes (extraction, production et transport), malheureusement. Qui plus est, quand on regarde un peu l’histoire de l’évolution technologique concernant la production d’énergie, on remarque que les énergies nouvelles ne remplacent pas les anciennes, mais s’accumulent : par exemple, on n’a jamais autant brûlé de charbon qu’actuellement, car le pétrole ne l’a pas remplacé. Bref, on consomme de plus en plus d’énergie (et de ressources en général), et je pense que c’est bien ça le problème.

Emilie, 32 ans 

Les éoliennes sont en train de détruire les horizons de la Wallonie, les paysages naturels et la vie de milliers de riverains. Sans l’énergie nucléaire, elles vont nécessiter la création de nouvelles centrales thermiques (gaz ou charbon), ce qui entraînera l’augmentation des émissions de CO2. Au vu du nombre d’éoliennes qu’il faudrait installer pour subvenir aux besoins en électricité, même en installant ces éoliennes partout, la superficie de la Belgique serait trop petite.