Entretiens croisés.

A l'occasion de la rentrée scolaire, le Mouvement pour les droits fondamentaux tente de ramener dans le débat public la question du voile à l'école. Pour ce faire, il a lancé une action incitant ce jeudi tous les élèves de l'enseignement secondaire à entrer voilées dans leur école.

Samira Maghfour, Membre du Mouvement pour les droits fondamentaux.

Vous appelez les étudiantes du secondaire à se voiler, ce jeudi, pour entrer dans leur école. Quel est le sens de votre action ?

Nous voulons dénoncer la discrimination qui est faite envers les étudiantes portant le foulard. Nous entendons aussi combattre les règlements d’ordre intérieur des écoles qui vont totalement à l’encontre de la loi et des conventions des droits de l’homme. En effet, ces règlements imposés par un grand nombre d’établissements, surtout à Bruxelles, sont tout à fait hors-la-loi.

Pourquoi hors-la-loi ?

Chaque établissement a le droit de faire son règlement d’ordre intérieur, mais ce règlement, dans la hiérarchie des lois, vient en dessous de la Convention des droits de l’homme. Celle-ci stipule bien que toute personne a le droit à ses convictions philosophiques et religieuses, et de les montrer comme bon lui semble en privé, mais aussi en public. Les règlements d’ordre intérieur doivent donc s’y soumettre.

Cette action ne relève-t-elle pas de la provocation ?

Il n’en est rien. Il s’agit vraiment de réclamer les droits qui nous été retirés alors que, précédemment, nous avions le droit d’étudier avec le foulard.

On ne connaît pas très bien votre mouvement. Quels sont ses objectifs généraux ?

C’est surtout le respect des droits fondamentaux. Nous sommes sur le terrain et quand on voit une discrimination qui est faite, on essaie de la dénoncer. Le mouvement existe depuis 4 ans et nous avons déjà mené des actions sur le respect des droits des femmes, l’accès à l’emploi pour tous, etc.

Pourquoi, selon vous, autant d’établissements refusent l’accès aux jeunes filles voilées ?

C’est la peur. De l’inconnu. Et globalement de l’islam qui est vu, à tort, comme imposant ses signes religieux. On devrait faire un test : une journée dans l’école avec le foulard, qu’est-ce que cela va changer à la qualité de l’enseignement et au bien-être des autres élèves ?

Votre action a-t-elle des chances d’être bien suivie ?

Evidemment, on l’espère. Et on appuie aussi cette action sur la lettre déposée sur le site Neutralité.be qui a revu le règlement des établissements secondaires avec le point du foulard. C’est un droit, mais la lettre précise aussi que la personne assistant au cours avec le foulard n’est pas en droit d’imposer sa conviction religieuse. C’est cela qu’il faut : ouvrir les portes de l’enseignement secondaire à tout le monde tout en respectant les croyances de chacun.

La situation n’est-elle pas plus flexible dans l’enseignement libre ?

Oui et non. Même si les filles portant le foulard ont un certain accès dans quelques écoles, elles sont très limitées dans le choix des études. Or, il s’agit de leur avenir, et de leur position demain sur le marché de l’emploi.

Comment jugez-vous la demande de certaines étudiantes, appuyées par leurs parents de ne pas participer aux cours de gymnastique et de natation ?

Cela n’a rien à voir avec la question du foulard. Arrivées à un certain âge, les filles ne supportent pas d’être en maillot devant des garçons de leur classe. C’est une simple question de pudeur et il faut la respecter.

Pierre Galand, Président du Centre d’action laïque (CAL)

Que pensez-vous de cette action du Mouvement pour les droits fondamentaux ?

Ce n’est pas la première fois qu’un mouvement de ce type cherche à faire entendre sa voix lors d’une rentrée scolaire. On est en démocratie et tout le monde a le droit de s’exprimer. Cela dit, derrière un intitulé très attractif, ce sont des gens qui tentent de se donner une légitimité en évoquant la Convention des droits de l’homme, mais en fait ils oublient qu’il y a des lois, des décrets, des règlements qui, au nom de la démocratie et des libertés individuelles, organisent des règles permettant d’avoir un vivre ensemble dans le respect de tout le monde, et pas uniquement une vision religieuse des choses.

Ils disent justement que les règlements d’ordre intérieur des écoles doivent se soumettre à la Convention des droits de l’homme.

L’expérience vécue depuis plusieurs années en Belgique, dans l’enseignement, a amené des directions d’école à prendre des dispositions pour dire que, dans l’espace scolaire, pour garantir à tous les enfants l’égalité entre eux, il ne pouvait y avoir de signes ostentatoires religieux ou philosophiques. Il s’agissait d’éviter que surgissent le communautarisme ou le sectarisme. En plus, les enseignants disent que derrière cette volonté de réexprimer avec force une appartenance religieuse, arrivent toute une série de choses, comme le refus de participer à des cours mixtes de gymnastique ou de natation, la tentative d’imposer la viande halal à l’école, la contestation de la théorie de l’évolution. Et qu’au contraire, il faut permettre à nos enfants de partager leurs attaches culturelles, religieuses et sociales dans le respect des uns et des autres. Cela nécessite de trouver une manière d’organiser le vivre ensemble, et cela relève de la puissance publique qui, dans ce cas-ci, l’a déléguée aux directions d’école. Ce n’est donc absolument pas en contradiction avec les textes de la Convention européenne des droits de l’homme, comme ils le disent.

Faut-il aller au-delà et légiférer sur cette question ?

Nous avons plaidé pour qu’on légifère. Justement, plus on clarifie la situation, plus on s’aperçoit que le problème se règle. En Communauté française, notamment, la tendance a été de laisser aux directeurs le soin de le faire. Mais que s’est-il alors passé à plusieurs endroits ? Des parents d’élèves ou des enseignants ont essayé de judiciariser leurs revendications en allant devant des magistrats pour essayer qu’on modifie les règlements. On s’est aperçu qu’il y avait une tentative de contourner les décisions et cela a créé dans les écoles des situations tout à fait dommageables. L’enfant devenait le sujet du combat d’un groupe.

A ce propos, les différents partis politiques ont-ils une attitude claire ?

Nous avons plaidé pour qu’on légifère. Justement, plus on clarifie la situation, plus on s’aperçoit que le problème se règle. En Communauté française, notamment, la tendance a été de laisser aux directeurs le soin de le faire. Mais que s’est-il alors passé à plusieurs endroits ? Des parents d’élèves ou des enseignants ont essayé de judiciariser leurs revendications en allant devant des magistrats pour essayer qu’on modifie les règlements. On s’est aperçu qu’il y avait une tentative de contourner les décisions et cela a créé dans les écoles des situations tout à fait dommageables. L’enfant devenait le sujet du combat d’un groupe.