Ce mercredi , l’ASBL SOS Papa Belgique organise à Charleroi une fête de la Saint-Nicolas pour les parents qui sont en perte ou en rupture de contact avec leurs enfants à la suite d’une séparation. L’association propose l’obligation de la garde partagée. Une idée qui ne plaît pas à tous.


Oui pour Vincenzo Semeraro, trésorier de l’ASBL SOS Papa Belgique

Les pères qui demandent la garde partagée ont moins de chance de l’obtenir que les mères. Privés de contacts fréquents avec leurs enfants, cette situation mène à l’aliénation parentale et le parent lésé se retrouve isolé. Pourquoi ne pas imposer la garde partagée en cas de séparation ?

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Votre ASBL SOS Papa Belgique vient en aide, par des espaces de rencontres et d’écoute, aux parents qui n’ont plus ou pas assez de relations interpersonnelles avec leurs enfants. Cette situation survient après que l’un des parents a refusé la garde partagée. En quoi, au contraire, est-elle importante ?

La loi du 18 juillet 2006 tendant à privilégier l’hébergement égalitaire, la garde partagée n’est pas toujours appliquée lorsque l’un des deux parents en fait la demande. Selon une enquête menée à Bruxelles par la Ligue bruxelloise francophone pour la santé mentale, une requête d’hébergement égalitaire faite par un père a 44,25 % de chances d’aboutir contre 100 % lorsqu’elle est faite par une mère. On estime que pour la Belgique dans son ensemble, on arrive seulement à 30 % des requêtes de garde partagée acceptées lorsqu’elles sont faites par les pères.

J’estime que les enfants ont le droit de conserver des relations interpersonnelles avec leurs deux parents, et ce, de manière équilibrée. Si ce n’est pas le cas, cela peut mener à ce que l’on appelle l’aliénation parentale.

Qu’est-ce que l’aliénation parentale ?

C’est un processus de dénigrement de l’un des parents par l’enfant. L’enfant prend parti pour l’un des parents et devient ce que l’on appelle un "petit soldat". C’est-à-dire qu’il refuse d’entrer en contact avec l’autre parent. Ce phénomène a été décrit dans une étude menée par Richard Gardner , un psychologue américain.

Il faut savoir que c’est souvent le parent qui a le droit d’hébergement le plus étendu qui a le temps de mettre en place ce processus et l’enfant qui en souffre. Nous avons déjà reçu lors de nos permanences, des enfants qui sont venus témoigner contre ce phénomène. Ils ont énormément de courage de constater qu’ils ont été manipulés par l’un des deux parents.

Notre but est de faire entrer une loi, dans le droit belge, qui protège ces enfants contre l’aliénation parentale. N’est-il pas temps de remettre le père dans la vie effective des enfants ? Ou du moins, d’instaurer un équilibre parental ? Il me semble que des parents équilibrés, même en cas de séparation, donnent des enfants beaucoup plus équilibrés aussi et ce constat est démontré dans des études. L’hébergement inégal est nocif pour l’enfant.

Quelles sont les conséquences pour le parent délaissé ?

Il ne voit plus son enfant. Il n’a plus la possibilité d’entretenir des relations interpersonnelles avec lui. Il n’a plus la plus la possibilité de le suivre et de le sécuriser. En définitive, il est vraiment écarté de la vie de son ou de ses enfants. C’est un drame. Nous avons, lors de nos permanences, des parents qui sont malheureusement dans ce cas, et qui n’ont plus aucun contact avec leurs enfants. Ils réagissent parfois très mal et les conséquences sont parfois dramatiques. Il faut aussi rappeler que nos permanences sont composées d’une majorité de papas mais nous avons aussi des mamans qui nous rejoignent car elles ne trouvent pas, dans le réseau belge, d’écoute face à la problématique de l’aliénation parentale.

Est-ce que la garde partagée, égalitaire, devrait être systématiquement mise en place?

Non. Du moins, pas pour les enfants en bas âge. Pour eux, le système une semaine chez l’un, une semaine chez l’autre ou quinze jours chez l’un, quinze jours chez l’autre, ne fonctionne pas. En revanche, on pourrait très bien mettre en place, pour ces petits, un jour chez maman un jour chez papa ou trois jours chez maman et trois jours chez papa. La loi sur l’hébergement égalitaire n’est pas figée. Elle peut s’adapter à l’âge de l’enfant à partir du moment où ce dernier conserve des relations interpersonnelles avec ses deux parents. Le fait de voir son enfant un week-end sur deux, soit quatre jours par mois, je n’appelle pas cela "entretenir des relations régulières".

Pourquoi, chez les couples qui n’arrivent pas à s’entendre sur la garde des enfants, ne pas imposer l’hébergement égalitaire ? Et dire à ces parents : "C’est la règle, à vous de trouver les arrangements pour que cela fonctionne." Si un parent n’est pas réceptif, alors on place l’enfant auprès de celui qui communique.

Entretien : Louise Vanderkelen


Des parents seuls pour la Saint-Nicolas

Ce mercredi 5 décembre , l’ASBL SOS Papa Belgique organise comme chaque année une Saint-Nicolas pour les pères et les mères qui ne pourront célébrer ce jour avec leurs enfants. Lors de cette édition , les membres de l’ASBL distribueront des bonbons, des ballons et des folders à Charleroi, sur la place Verte, devant la banque CBC, de 13 h 30 à 15 h 30. La première action s’était tenue en décembre 2005 devant le cabinet de Laurette Onkelinx, alors ministre de la Justice et réclamait l’instauration de la loi favorisant l’hébergement égalitaire.


Non pour Nathalie Vancraeynest, coach parentale et scolaire

On confond malheureusement le droit du père avec le bien-être de l’enfant. Or, l’enfant a besoin de stabilité et de sécurité. La garde alternée peut occasionner des blessures. Par ailleurs, ce n’est pas aux enfants de rendre leurs parents heureux.

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La loi du 18 juillet 2006 instaure en règle générale l’hébergement des enfants par leurs deux parents en alternance et sur une durée égale. Une bonne nouvelle ?

Non. Cette loi a été mal faite. Si l’on se rend chez le juge, c’est que l’on est d’emblée face à un problème au niveau de la communication entre les parents, ou même un conflit. La garde alternée ne va certainement pas résoudre ce conflit et va au contraire l’envenimer. Parfois, la blessure liée à la séparation est forte et un parent peut ressentir le besoin de se venger de l’autre. La façon facile sera de faire souffrir ce dernier par le biais des enfants, malheureusement. D’un point de vue plus général, pour grandir, les enfants ont besoin de stabilité et de sécurité. Le fait d’être "transvasés" d’une semaine à l’autre chez son père puis chez sa mère, avec des règles de vie différentes et des valeurs transmises qui peuvent se contredire, c’est difficile. À chaque fois, cela implique une réadaptation.

Envisager des temps de garde alternée plus longs pourrait pallier ce problème ?

Certainement pas. Chez les moins de six ans, après des vacances d’un mois chez un parent, on voit systématiquement au retour des vacances des problèmes d’attachement, de l’agressivité… La garde alternée a surtout été demandée par des mouvements de pères qui pensent qu’ainsi leur enfant ne sera plus "aliéné". C’est un faux discours. Parce que l’aliénation parentale (voir par ailleurs, NdlR) trouve également un terreau fertile dans le cas d’une garde alternée. Ici, on confond le droit du père avec le bien-être de l’enfant.

Que dites-vous aux pères mobilisés pour obtenir la garde alternée de leur enfant ?

Avez-vous le temps nécessaire, vous, pour vous investir dans la garde alternée ? Ne pas être le dernier à aller le chercher à la garderie, pouvoir l’aider dans ses études, discuter avec lui, lui faire à manger. Pouvez-vous vous engager au même titre qu’une maman à aller chez l’orthodontiste, chez le pédiatre ? Ce n’est pas une question de temps passé avec l’enfant, ce dernier a besoin de moments de qualité avec vous. Ce que je vois, c’est que quand une maman est appelée par l’école car son enfant est malade et qu’elle répond "ce n’est pas ma semaine, appelez mon ex-mari" , on la regarde de travers. Dans l’autre sens, cela n’est pas le cas. La garde alternée peut être hypocrite. Dans une majorité de cas, c’est la mère qui prend en charge les rendez-vous médicaux et veille à ce que les enfants aient leur maillot de bain pour la semaine chez leur père. La charge mentale de la mère est plus importante et "ses" semaines sont davantage remplies par ce type de rendez-vous. De plus, une garde alternée qui se passerait bien impliquerait une grande souplesse de la part des deux parents. Par exemple, si un enfant décide de ne pas revenir ce week-end chez son père car il veut aller à l’anniversaire d’un copain qui vit près de chez sa mère, ou bien s’il étudie mieux chez son père son examen de néerlandais car ce dernier le parle, l’autre parent devrait rester à l’écoute des besoins de son enfant et lui dire : "Tu reviendras chez moi quand ce sera un meilleur moment pour toi."

Un parent qui ressentirait une peur de ne plus voir son enfant revenir volontairement chez lui, vous lui répondriez quoi ?

Un parent qui a peur d’être abandonné par son enfant aurait besoin de consulter un psy. Quand on est adulte, on n’est pas abandonné. On est seul, d’accord… mais les enfants ont des besoins différents des nôtres. Ils ne doivent pas endosser le rôle de rendre leur parent heureux. C’est beaucoup trop lourd à porter.

À vous entendre, on se demande si vous ne préconiseriez pas que les enfants restent chez leur mère…

Pas spécialement. Dans l’idéal, il faudrait qu’au préalable, les juges puissent faire une bonne enquête sociale, auprès des proches, des voisins, de l’école, etc., pour savoir comment cela se passait avant. Si le père ne les a jamais pris en charge, ou s’il était souvent sous l’emprise de l’alcool avant la séparation, pourquoi lui confier, même en alternance, la garde de l’enfant ?

Entretien : Anne Lebessi