La police de Hagen (All.) demande clairement aux parents d'"arrêter de poster des photos de leurs enfants pour tout le monde sur Facebook et compagnie". L'anniversaire, le dernier match, la rentrée des classes, la nouvelle robe la fête de diplôme... : sommes-nous inconscients de les partager? Opinions croisées.


OUI

Olivier Bogaert, expert en cybercriminalité

Chaque parent est responsable civilement de son enfant. Il ne faut pas sous-estimer le phénomène des publications de photos sur Facebook. Celles-ci sont visibles par toute une communauté, parfois mal intentionnée. Il existe bien d’autres réseaux sociaux familiaux sécurisés qui protègent toutes les données personnelles.

Quels sont les dangers des photos d’enfants qui sont publiées sur Facebook par leurs parents ?

Quand vous signez les conditions d’utilisation de Facebook, vous leur accordez le droit d’utiliser vos photos et tout peut arriver. Au mieux, on peut imaginer que la photo soit vendue à une agence de communication quelque part dans le monde pour illustrer une campagne de publicité. Dans le pire des cas, la photo peut être récupérée par des pédophiles qui font du Photoshop avec le visage des enfants. Ensuite, ces visages sont associés à des photos de corps récupérés sur des sites pédopornographiques.

Les utilisateurs ont-ils légalement le droit d’utiliser ces photos ?

En effet, ces photos ne sont pas légalement protégées à partir du moment où elles sont visibles par une communauté. Il suffit d’un clic droit pour sauver n’importe quelle photo sur Facebook. Même si vous paramétrez convenablement vos données sur le réseau social, vous ne savez jamais avec qui vous partagez réellement la photo. Une photo que vous limitez à 50 personnes peut circuler et être récupérée si certains de vos amis ont des profils mal paramétrés.

Le commentaire que vous associez à une photo a aussi son importance. Car toute photo peut être indexée par des moteurs de recherche. Par exemple, si vous indiquez à côté de la photo de votre enfant une légende telle que "Caro en tutu de danse", ces mots clés sont susceptibles de faire apparaître cette photo dans un environnement plus suspect. Toute campagne publicitaire ou autre peut donc se servir allègrement des clichés disponibles sur le web. L’aspect encore plus sombre, c’est quand ces photos sont manipulées.

On comprend pourtant que les parents, fiers des exploits de leurs bambins, puissent être tentés de publier des photos. Comment faire dans ce cas ?

C’est un fait. Parfois, les parents ont la sensation que la photo ne pose pas de problème tandis que pour certains la photo aura un caractère inspirant. Chaque parent a la responsabilité civile et parentale de son enfant. Il doit donc être conscient que la photo publiée aujourd’hui sera encore disponible sur Internet dans l’avenir. La question que chaque parent devrait se poser avant de publier toute photo : "Est-ce une plus-value de publier cette photo pour mon enfant ?" Il ne faut pas que la publication à outrance prenne une allure narcissique : on ne met pas en scène ses enfants uniquement par plaisir. Si les parents souhaitent partager des photos de leurs enfants, il existe des réseaux sociaux sécurisés qui garantissent la sauvegarde des données privées. Famicity , est un exemple de réseau social familial.

Les parents sont-ils suffisamment informés ? Si non, comment avertir les parents de ce danger ?

Les parents dont l’âge se situe entre 25 et 30 ans sont souvent plus vigilants et conscients du risque de diffuser publiquement les photos de leurs enfants. Mais plus généralement, les parents sont encore en phase d’apprentissage. Le législateur aussi s’adapte aux nouvelles règles à mettre en usage pour les utilisateurs d’Internet.


NON

Maryse Rolland, porte-parole de Child Focus.

Il ne faut pas diaboliser Internet. Les problèmes sont rares. Même si les parents sont techniquement démunis face à l’outil Facebook, c’est leur bon sens qui doit dicter le choix des publications. C’est un outil très pratique si on s’en sert avec précaution. Lorsque l’enfant aura atteint l’âge de 14 ans, les parents devront privilégier un dialogue de confiance pour décider des photos qui pourront être montrées.

Pourrait-on interdire aux parents de publier des photos de leurs enfants sur Facebook ?

On ne peut, bien entendu, pas interdire aux parents de publier des photos de leurs enfants. Ceux-ci doivent néanmoins agir avec discernement. Je dirai plutôt qu’il faut inviter les parents à réfléchir avant de poster quoi que ce soit en ligne. Plus tard, les parents doivent demander l’autorisation à leur enfant avant de publier toute photo. C’est avant tout une relation de confiance qui doit s’instaurer entre le parent et l’enfant.

Justement, à quel âge l’enfant est-il en mesure de discerner ce qui peut être publié ou non ?

On dit qu’à partir de 14 ans, les enfants sont légalement capables de discerner ce qui se publie ou non. Il arrive aussi que les adolescents publient des photos uniquement pour faire plaisir à leurs parents.

Quel est, selon vous, le vrai risque lorsqu’on publie des photos de ses enfants sur Facebook ?

Le vrai danger est de nuire à la réputation de l’enfant. Il faudrait choisir de montrer des photos les plus neutres possible. S’il s’agit de montrer une photo de son enfant en train de jouer sur une plaine de jeu, je n’y vois pas d’inconvénient.

Quelles sont les autres photos qui pourraient poser problème ?

Personne ne s’exhibe en maillot de bain sur une place publique, c’est évident. Et pourtant certains parents oublient que Facebook est une plateforme publique. Ils publient ainsi des photos de vacances. Comme celles de leur fille posant en bikini ou adoptant une attitude coquette. D’autres encore choisissent de montrer des photos de leur enfant grandissant, en phase de propreté, dont on aperçoit les parties génitales ou les fesses. Ces photos sont, à première vue, attendrissantes, mais elles engendrent deux risques. Le premier est d’occasionner une gêne chez l’enfant, devenu adulte. Le second est qu’évidemment des personnes mal intentionnées se repaissent de ce genre de clichés.

Qu’entendez-vous par là ? S’agit-il de montages indécents que l’on peut retrouver sur des sites douteux ?

Nous ne rencontrons que très rarement ce genre de cas. Il faut savoir que ce type de plainte est assez inhabituel dans la mesure où les parents ignorent simplement que de telles photos de leur enfant sont sur le web. Ce qui arrive régulièrement, ce sont des plaintes de parents dont l’enfant, en situation de rupture amoureuse, s’est vu afficher ses photos aguicheuses ou dénudées par l’autre partenaire.

Faut-il pour autant diaboliser Internet ?

Je ne crois pas qu’il faille diaboliser Internet car les jeunes, comme les parents, doivent apprendre à mieux utiliser la toile. C’est un outil pratique lorsque l’on s’en sert avec précaution. Pour l’instant, nous n’avons pas fait de campagne de sensibilisation alertant sur les dérives des publications sur les réseaux sociaux. Car, comme je vous l’ai dit, nos rapports annuels ne pointent pas vraiment ce phénomène du doigt.