Crise des missiles: "Nous allions finir en cendres", raconte un ex-soldat cubain

<p>Le colonel à la retraite Oscar Larralde, à La Anita, le 11 octobre 2022 à Cuba</p>

"A 10H17, je sens au-dessus de ma tête deux explosions, toutes proches, très fortes": Oscar Larralde était un tout jeune soldat lorsqu'un avion-espion américain U-2 a été abattu dans l'est de Cuba, précipitant Etats-Unis et URSS au bord de l'apocalypse nucléaire.

Ce matin du 27 octobre 1962, le jeune militaire a terminé son quart et marche sur une plage isolée de la commune de Banes, dans la province d'Holguin (est), où est stationné son bataillon. Il est âgé d'à peine 17 ans et vient de s'enrôler dans l'armée cubaine.

Au moment de l'explosion, "je ne savais pas de quoi il s'agissait", raconte à l'AFP l'ancien soldat aujourd'hui âgé de 77 ans devant une ancienne rampe de lancement de missiles soviétiques transformée en monument à La Havane.

<p>Après la découverte de missiles soviétiques à Cuba, en octobre 1962, "JFK" fait cerner l'île avec l'ordre d'intercepter les cargos soviétiques qui approchent.</p>

Puis "un officier nous a dit qu'une batterie antiaérienne opérée par les Soviétiques avait abattu un avion yankee", poursuit le retraité qui réside toujours dans la province.

Cinq jours auparavant, le président américain John Kennedy avait révélé les preuves d'un déploiement de missiles atomiques soviétiques à Cuba, repérés dès le 14 octobre.

Il s'agissait notamment de 24 sites de lancement des redoutables missiles V-75.

Le 27 octobre, poussés par Fidel Castro, les Soviétiques avaient allumé leurs radars, contrairement aux jours précédents.

<p>Le dirigeant cubain Fidel Castro (c) sur une base militaire cubaine pendant la crise des missiles, le 2 novembre 1962</p>

Le leader cubain était convaincu d'une invasion imminente et ne supportait plus de voir des appareils américains violer l'espace aérien cubain pour des vols de reconnaissance à basse altitude.

A la chute de l'avion, "la réaction des combattants" qui avaient passé des jours "à creuser des tranchées, à préparer des armes de la Seconde Guerre mondiale" données par Moscou et à observer le "vol à basse altitude" d'avions-espions américains, "a été de l'enthousiasme, de la joie", se souvient l'ancien soldat.

<p>Un missile balistique à moyenne portée R12 déployé pendant la crise des missiles de 1962, exposé à La Havane, le 11 octobre 2012 à Cuba</p>

Pourtant, l'élimination de l'U-2 et la mort de son pilote, le major Rudolf Anderson, 35 ans --unique victime de cette crise-- est bien le moment le plus critique de l'escalade entre Etats-Unis et URSS.

"Nous allions finir en cendres" car les "faucons" du Pentagone "voulaient que Kennedy frappe immédiatement (avec l'arme nucléaire) les batteries antiaériennes et les missiles" soviétiques positionnés à Cuba, se souvient Oscar Larralde.

- "Important de négocier" -

Le soldat a appris par la suite les détails de l'explosion. "Le chef du groupe, Ivan Guerchenov (...) a demandé à ses supérieurs la permission d'abattre l'avion" qui venait d'être détecté par un radar. Il a ensuite "perdu la communication avec le commandement" et "ordonné de tirer" deux missiles sol-air qui ont percuté l'appareil.

<p>Le colonel à la retraite Oscar Larralde, jeune militaire à l'époque de la crise des missiles, montre une photo d'archives, le 11 octobre 2022 à La Anita, à Cuba</p>

"Anderson n'a pas eu le temps de faire quoi que ce soit", explique Oscar Larralde qui reconnaît que l'événement a donné lieu à plusieurs versions.

Dans la nuit précédente, l'espoir d'une sortie de crise était pourtant réapparu. Le numéro un soviétique Nikita Khrouchtchev avait fait la proposition secrète de retirer ses missiles contre la promesse américaine de ne pas envahir Cuba.

Il avait fait ensuite une proposition publique d'échanger les missiles à Cuba contre les fusées américaines installées en Turquie.

Or Kennedy était en train d'étudier, avec ses principaux conseillers, la réponse à donner à Moscou lorsqu'on l'avait informé que l'U-2 n'était pas rentré.

Si Khrouchtchev avait bien autorisé la légitime défense, il n'avait jamais ordonné de tirer sur des avions de reconnaissance désarmés.

Des deux côtés, on comprend que la situation échappe de plus en plus à tout contrôle et que l'on s'approche dangereusement du point de non-retour.

<p>Le président américain John F. Kennedy (d et le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev (g), le 3 juin 1961 à Vienne, en Autriche</p>

Une rencontre de la dernière chance est organisée entre Robert Kennedy, ministre de la Justice et frère du président, et l'ambassadeur soviétique Anatoli Dobrynine. Un compromis est trouvé, la crise prend fin.

Pour Oscar Larralde, face au risque nucléaire, il n'y a pas d'autre choix que de dialoguer: "Il est important de négocier actuellement pour garantir la paix mondiale ou l'humanité continuera à être empêtrée dans la possibilité d'un nouveau conflit nucléaire", dit-il en référence à la guerre en Ukraine et à la menace nucléaire brandie par Moscou.

"Dans ce moment très compliqué, l'URSS et les Etats-Unis sont parvenus à débuter des négociations et une solution au conflit a été trouvée", se souvient-il.

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