La croissance française a résisté cet été, l'inflation hypothèque la fin d'année

<p>L'activité économique résiste, mais gare à la résurgence de l'inflation: la croissance française a nettement décéléré au troisième trimestre</p>

L'activité économique résiste, mais gare à la résurgence de l'inflation: la croissance française a nettement décéléré au troisième trimestre, le PIB ne progressant que de 0,2% après un bond de 0,5% au printemps, selon les données dévoilées vendredi par l'Insee.

Conforme aux prévisions de l'Institut national de la statistique et légèrement inférieure à celles de la Banque de France (+0,25%), la croissance a bénéficié d'une légère progression des services (+0,5%), en retrait toutefois par rapport à celle du printemps (+1%).

"Comme il s'agit surtout de résorber des arriérés de production, on peut difficilement caractériser la performance économique du troisième trimestre comme très solide", juge Charlotte de Montpellier, économiste chez ING.

"La croissance française résiste, dans un environnement international dégradé. Ce résultat conforte notre perspective de croissance pour 2022", s'est félicité le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, dans une déclaration transmise par ses services, saluant la hausse de l'investissement des entreprises et le maintien de la consommation des ménages "malgré l'inflation".

Les trois derniers mois de l'année devraient être plus difficiles, avec une croissance nulle attendue au 4e trimestre par l'Insee, qui prévoit un taux de 2,6% pour l'ensemble de 2022 (0,1 point en dessous de l'estimation du gouvernement).

<p>Indice des prix à la consommation (glissement annuel en %) de janvier 2017 à octobre 2022, chiffres provisoires</p>

L'inflation, qui s'est brusquement redressée à 6,2% sur un an en octobre après avoir ralenti en août et en septembre, a déjà commencé à comprimer le portefeuille des Français.

Le troisième trimestre "est le dernier hourra avant l'entrée en récession", tranche Maxime Darmet, économiste chez Allianz Trade.

Le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau a nuancé en affirmant que la fourchette de croissance française prévue par l'institution pour 2023 (-0,5 à +0,8%) n'avait pas vocation à être révisée, "a fortiori après le +0,2%" du troisième trimestre.

- Fin de l'euphorie -

Avec des prix qui s'apprécient à une vitesse inédite depuis le milieu des années 1980, les ménages français "sentent durement la baisse de leur pouvoir d'achat", affirme Maxime Darmet.

Les données du troisième trimestre ne sont pas encore disponibles mais l'Insee a déjà acté un recul du pouvoir d'achat au premier semestre.

Ce qui pousse les ménages à économiser: l'Insee prévoit ainsi une progression du taux d'épargne d'ici la fin de l'année (17% contre 15,5% au premier semestre).

Les dépenses de consommation des ménages en services d'hébergement-restauration ont déjà commencé à se ratatiner cet été, passant de 12,7% au 2e trimestre à seulement 0,6% sur la période de juillet à septembre.

<p>Évolution annuelle du PIB français depuis 2019, en %, selon l'Insee</p>

Les deux secteurs bénéficient pourtant traditionnellement de l'afflux de touristes au cœur de l'été et avaient profité de dépenses exceptionnelles au printemps après deux années de pandémie.

"L'euphorie post-Covid est terminée en ce qui concerne les dépenses en services", commente M. Darmet.

"Pendant l'été, on s'est rendu compte que les choses ne s'amélioraient pas et que les prix du gaz et de l'électricité" continuaient à augmenter, ce qui a pu inciter les Français à modérer leur consommation, ajoute-t-il auprès de l'AFP.

Biens et services confondus, la consommation des ménages, moteur habituel de l'économie française, a donc stagné au troisième trimestre (0,0% après +0,3%).

Dans le détail, la consommation d'énergie reste bien orientée (+0,6%) contrairement à la consommation alimentaire, en recul de 1,6% sur le trimestre, l'augmentation continue des prix des denrées obligeant les consommateurs à se serrer la ceinture.

Côté entreprises, l'investissement demeure en revanche encourageant et progresse même par rapport au printemps.

"Ce n'est pas étonnant dans la mesure où les entreprises anticipent des temps plus difficiles au quatrième trimestre et profitent donc des conditions de financement favorables" avant un durcissement, décrypte M. Darmet.

"La contribution du commerce extérieur est négative ce trimestre (-0,5 point, après +0,0 point aux deux trimestres précédents)", ajoute l'Insee, du fait d'exportations en plus faible expansion (+0,7%) que les importations (+2,2%).

Le recul des exportations est particulièrement marqué dans les services (-0,4% après 3,3% au printemps).

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