Ukraine: Moscou vise des infrastructures, 80% des habitants de Kiev sans eau

<p>Des habitants de Kiev remplissent des bidons d'eau après une coupure de l'alimentation en eau pour 80% des habitants de la capitale ukrainienne, le 31 octobre 2022</p>

La Russie a lancé lundi matin une attaque massive contre les infrastructures dans plusieurs régions d'Ukraine, privant d'eau 80% des habitants de la capitale Kiev et laissant "des centaines de localités" sans électricité.

Selon le ministère russe de la Défense, "toutes les frappes ont atteint leur objectif", s'est-il félicité dans un communiqué.

Au nord de Kiev, une quinzaine de soldats et policiers bloquaient la circulation et interdisaient l'accès à la route qui conduit à un site touché, a constaté une équipe de l'AFP.

Interrogé par l'AFP, un militaire qui bloquait l'accès avec une quinzaine d'autres soldats et policiers précise que "trois missiles ont touché leur cible à une centaine de mètres".

Rencontrée non loin de ce site, Mila Ryabova, une traductrice de 39 ans, a indiqué à l'AFP "avoir été réveillée par de puissantes explosions".

"Il n'y a plus d'électricité chez nous, ni à l'école", dit à l'AFP cette mère d'une fille de 9 ans. "Un hiver froid se profile. On n'aura peut-être pas d'électricité, de chauffage. Cela pourrait être compliqué à vivre, surtout avec un enfant", ajoute-t-elle.

- "Attaque massive" -

A Kiev, où au moins cinq explosions ont été entendues tôt lundi par des journalistes de l'AFP, "80% des consommateurs de la capitale" sont privés d'eau, a affirmé sur Telegram le maire Vitaly Klitscho, précisant que "350.000 foyers étaient sans électricité".

<p>Carte de la situation en Ukraine au 31 octobre à 8h GMT</p>

Les forces armées russes ont, elles, indiqué avoir mené des "frappes avec des armes de haute précision et de longue portée (...) contre le commandement militaire et les systèmes énergétiques de l'Ukraine".

"Les terroristes russes ont, une fois de plus, lancé une attaque massive contre des installations du système énergétique dans un certain nombre de régions", a déploré un conseiller de la présidence ukrainienne, Kyrylo Timochenko.

Selon le Premier ministre Denys Chmygal, "des missiles et des drones ont touché 10 régions, endommageant 18 installations, la plupart liées (au système) énergétique".

"Des centaines de localités" se trouvent sans électricité "dans sept régions" ukrainiennes, a-t-il ajouté.

<p>Des habitants s'éclairent avec des lampes torches dans un passage piéton souterrain sans électricité, le 27 octobre 2022 à Kiev, en Ukraine</p>

Treize personnes ont été blessées dans les attaques de lundi, a déclaré le chef de la police nationale Igor Klymenko à la télévision ukrainienne, selon le site Ukrainska Pravda news.

Dans le métro de Kiev, les intervalles entre chaque rame ont été espacés afin d'économiser l'électricité.

- Equipements antiaériens -

Par ailleurs, plus de 100 personnes faisaient patiemment la queue dans l'ouest de Kiev pour s'approvisionner en eau à la fontaine d'un parc, après avoir été victimes de coupures d'eau dues aux bombardements russes de lundi, ont constaté des journalistes de l'AFP.

<p>Inspection de la cargaison d'un navire chargé de céréales ukrainiennes, le 3 août 2022 au large d'Istanbul</p>

"Au lieu de se battre sur le terrain militaire, la Russie combat des civils", a, lui, fustigé Dmytro Kouleba, le ministre ukrainien des Affaires étrangères.

Selon l'armée de l'air ukrainienne, "plus de 50 missiles de croisière ont été lancés" sur l'Ukraine "à l'aide d'avions", depuis le nord de la mer Caspienne et de la région russe de Rostov.

Les débris de l'un d'entre eux, abattu par les forces de Kiev, sont tombés sur un village moldave frontalier de l'Ukraine, a affirmé Chisinau, faisant état de dégâts matériels mais pas de victimes.

<p>Principaux ports dans la région de la mer Noire et ports ukrainiens</p>

Les frappes russes "constituent une menace directe pour la sécurité des pays voisins", a fustigé sur Facebook le porte-parole de la diplomatie ukrainienne, Oleg Nikolenko, appelant les alliés de Kiev à lui fournir des "équipements modernes de défense antimissile et antiaérienne".

Ces nouvelles frappes massives interviennent après l'annonce ce week-end par Moscou de la suspension de sa participation à l'accord sur les exportations de céréales ukrainiennes, vitales pour l'approvisionnement alimentaire mondial.

Lundi, le Kremlin a prévenu qu'il serait "dangereux" et "difficile" de continuer à mettre en oeuvre l'accord sur les céréales ukrainiennes sans Moscou.

- "Crime de guerre" -

Deux cargos chargés de céréales ont toutefois quitté lundi les ports ukrainiens et emprunté le corridor maritime humanitaire à destination de la Turquie, selon le site spécialisé Marine traffic.

<p>Un quartier central de Kiev plongé dans l'obscurité, le 27 octobre 2022 en Ukraine</p>

Douze cargos devaient quitter dans la journée les ports ukrainiens et quatre autres se diriger vers eux, a précisé le Centre de coordination conjointe (JCC), chargé de superviser l'accord sur les exportations de céréales ukrainiennes via la mer Noire.

Dans ce contexte d'incertitude, les cours des céréales étaient en hausse lundi matin.

Samedi matin, une attaque massive de drones a visé des navires militaires et civils de la flotte russe de la mer Noire stationnés dans la baie de Sébastopol, en Crimée annexée, provoquant la colère de Moscou. Un bateau militaire a été touché.

Kiev a, de son côté, dénoncé dimanche des exportations de céréales devenues "impossibles" du fait du blocus russe.

L'UE et l'ONU ont condamné le retrait russe de l'accord conclu en juillet sous égide de l'ONU et de la Turquie, le président américain Joe Biden le jugeant "scandaleux".

<p>Un soldat ukrainien lance un drone dans la région de Donetsk, le 30 octobre 2022 dans l'est de l'Ukraine</p>

En outre, selon l'agence Interfax-Ukraine, citant le procureur général ukrainien, Anatoly Kostin, 9.400 enfants ont été déportés par la Russie depuis le territoire ukrainien.

"Nous considérons ces faits, à la fois comme un crime de guerre et un génocide".

Parallèlement, la Norvège, pays membre de l'Otan qui partage une frontière avec la Russie dans l'Arctique, a annoncé lundi qu'elle relevait son niveau d'alerte militaire, tout en soulignant qu'aucune menace directe n'avait été détectée contre le royaume.

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