L'armée ukrainienne entre dans Kherson après avoir forcé les Russes au retrait

<p>Un blindé ukrainien près de Lyman, dans l'est de l'Ukraine, le 4 octobre 2022</p>

L'armée ukrainienne a annoncé vendredi être entrée dans Kherson (sud) après le retrait forcé des militaires russes, qui constitue un nouveau revers cinglant pour Moscou après bientôt neuf mois de guerre en Ukraine.

"Aujourd'hui est un jour historique. Nous reprenons le sud du pays, nous reprenons Kherson", s'est félicité le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans son allocution quotidienne publiée sur les réseaux sociaux.

"Les forces spéciales sont déjà dans la ville", a-t-il ajouté, précisant que leur premier travail allait être de neutraliser les nombreuses mines laissées par l'armée russe, qui occupait Kherson depuis la mi-mars.

Une vidéo postée sur Telegram par Volodymyr Zelensky, présentée comme venant de Kherson, montrait des militaires ukrainiens se disant de la "28e brigade" acclamés dans la nuit par une foule scandant "V-C-U", l'acronyme des forces armées ukrainiennes.

"Nous voyons des visages avenants, souriants, des fleurs, des serviettes brodées avec lesquelles on accueille nos véhicules", a raconté à l'AFP Andriï Jolob, commandant d'une unité médicale qui se trouve actuellement à une cinquantaine de kilomètres de Kherson, joint par téléphone depuis Varsovie.

Le ministère ukrainien de la Défense a pour sa part appelé sur Facebook, en langue russe, les militaires russes restés sur place à "se rendre immédiatement".

Ce repli russe est le troisième d'ampleur depuis le début de l'invasion le 24 février, la Russie ayant dû renoncer au printemps à prendre Kiev face à la résistance acharnée des Ukrainiens, avant d'être chassée de la quasi-totalité de la région de Kharkiv (nord-est) en septembre.

A Kiev, Sergueï, 26 ans et employé du secteur informatique, a dit à l'AFP avoir eu "des larmes" de joie. "C'est un coup dur pour Poutine", se réjouissait pour sa part Isak Danilotvich, mathématicien.

Dans la soirée, sur l'emblématique place Maïdan de Kiev, des habitants de Kherson réfugiés depuis des mois dans la capitale se sont retrouvés dans la liesse. "Nos soldats sont des dieux (...) Ça fait neuf mois qu'on attendait ce moment, Kherson appartient à l'Ukraine et cela pour toujours !", s'enthousiasmait Artem Lukiv, 41 ans, alors que sautaient les bouchons de champagne et qu'était entonné l'hymne national.

Le président français Emmanuel Macron a salué sur Twitter "le retour de Kherson à l’Ukraine, un pas important vers le plein rétablissement de ses droits souverains".

Volodymyr Zelensky a par ailleurs dit sa reconnaissance à l'Europe "pour le soutien constant que l'Ukraine a reçu depuis les premières heures de l'invasion russe".

- Pont détruit -

<p>Carte de la région de Kherson et photos satellitaires des ponts détruits sur le Dnieper</p>

Plus tôt vendredi, le ministère russe de la Défense avait annoncé avoir achevé à 05H00 heure de Moscou (02H00 GMT) "le redéploiement" de ses unités de la rive droite (occidentale) du fleuve Dniepr, où se trouve la ville de Kherson, vers la rive gauche, assurant n'avoir subi aucune perte, ni abandonné de matériel militaire.

Selon Moscou, "plus de 30.000" soldats russes et "près de 5.000 unités d'armements et de véhicules militaires ont été retirés" de la rive occidentale du Dniepr.

Ce repli a toutefois tout du camouflet, le président russe Vladimir Poutine ayant revendiqué fin septembre l'annexion de quatre régions ukrainiennes, dont celle de Kherson.

En dépit de cette retraite, la zone reste "un sujet de la Fédération de Russie", a affirmé vendredi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. "Il ne peut y avoir aucun changement", a-t-il ajouté, dans le premier commentaire de la présidence russe sur ce repli.

<p>Photo satellite du pont Antonivskyï sur le Dniepr à Kherson, dynamité par les forces russes le 11 novembre 2022</p>

L'agence de presse d'Etat Ria Novosti a diffusé des images filmées de nuit de véhicules militaires russes quittant Kherson, indiquant qu'ils empruntaient le pont Antonivsky enjambant le Dniepr.

Plusieurs correspondants russes ont indiqué ensuite, images à l'appui, qu'une partie du viaduc avait été dynamitée par l'armée russe après son retrait pour entraver la progression des troupes ukrainiennes.

- "Réponse cynique" -

La Russie a cependant continué de mener des frappes à travers l'Ukraine, dont une partie de l'infrastructure énergétique a été détruite ces dernières semaines.

<p>Des soldats ukrainiens inspectent un blindé russe détruit, quelque part dans l'est de l'Ukraine, le 10 novembre 2022</p>

Une frappe a encore visé dans la nuit de jeudi à vendredi Mykolaïv, ville du Sud ukrainien à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Kherson. Un immeuble d'habitation de cinq étages y a été entièrement détruit par une frappe qui a fait au moins sept morts, selon le chef de l'administration régionale, Vitaliï Kim. Le président ukrainien a dénoncé sur Telegram "une réponse cynique de l'Etat terroriste (russe) à nos succès sur le front".

Une journaliste de l'AFP sur place a pu voir un immeuble éventré et les secours explorant les décombres.

Le gouverneur a par ailleurs annoncé vendredi soir que la région était désormais "entièrement libérée".

Sur le front de l'Est, les combats continuent aussi de faire rage, en particulier à Bakhmout, ville que Moscou tente de conquérir depuis l'été et principal champ de bataille où l'armée russe, appuyée par les hommes du groupe paramilitaire Wagner, reste à l'offensive.

<p>Des pompiers et secouristes ukrainiens dans les décombres d'un immeuble touché par une frappe, le 11 novembre 2022 à Mykolaïv, en Ukraine</p>

A l'approche du G20, sommet des puissances économiques mondiales prévu la semaine prochaine en Indonésie et où Vladimir Poutine a renoncé à se rendre, la présidence française a voulu voir la possibilité d'un dialogue.

"Il y a un espace très clair au G20 pour porter un message de paix et demander à la Russie d'entrer dans la logique de désescalade", a affirmé un conseiller du président Emmanuel Macron. "Une très grande majorité au sein du club (du G20) considère que cette guerre est énorme et insupportable pour le reste du monde".

Le président ukrainien a cependant répété cette semaine que la première condition pour une négociation était le retrait complet des troupes russes, entrées le 24 février en Ukraine.

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