L'Ecosse renforce la détermination des indépendantistes catalans

daniel bosque
<p>Manifestation pour l'indépendance de la Catalogne, le 11 septembre 2012 à Barcelone</p>

Les indépendantistes catalans organisent jeudi une démonstration de force où ils espèrent d'autant plus de manifestants que la Catalogne est frustrée de ne pas pouvoir, comme l'Ecosse, se prononcer sur son maintien dans l'Espagne.

Cette riche région du nord-est de l'Espagne suit avec envie les préparatifs du référendum du 18 septembre sur l'indépendance de l'Ecosse du Royaume-Uni, alors qu'un projet de consultation sur l'avenir de la Catalogne le 9 novembre se heurte au veto du gouvernement central. Pour Madrid, la Constitution ne permet pas aux Catalans de se prononcer seuls sur leur avenir.

"Le cas de l'Ecosse nous fait envie et nous met en colère, parce qu'elle nous montre que nous pourrions trouver une solution démocratique, par le dialogue, si la volonté politique existait à Madrid", dit Josep Maria Güell, un architecte de 32 ans.

- "L'Ecosse a déjà gagné le droit de voter" -

"En Ecosse ils ont déjà gagné parce qu'ils vont pouvoir voter. Si de plus, le oui à l'indépendance l'emporte, cela nous permettra de voir comment réagira l'Union européenne", a déclaré Carme Forcadell, la présidente de l'Assemblée nationale catalane, la principale association indépendantiste.

Pour montrer sa détermination, l'ANC prépare une nouvelle mobilisation le 11 septembre, "journée nationale" de la Catalogne. Les nationalistes commémorent la prise de Barcelone par des troupes franco-espagnoles lors de la Guerre de succession de 1714 comme celui de la fin de l'autonomie catalane.

Fiers de leur langue et de leur culture, beaucoup des 7,5 millions d'habitants de la Catalogne se sentent maltraités par le gouvernement central. Dotée de sa propre police, cette région qui produit un cinquième de la richesse nationale a plus d'autonomie que l'Ecosse.

<p>Des manifestants opposés à l'indépendance de la Catalogne déploient un drapeau catalan et un drapeau espagnol lors d'un rassemblement à Barcelone, le 12 octobre 2013</p>

Mais frappée par la crise économique de 2008, elle n'a pas digéré que le pouvoir central lui refuse en 2012 la maîtrise de l'impôt. D'autant que, deux ans plus tôt, le Tribunal constitutionnel l'avait privée de son statut de nation.

Une manifestation monstre à Barcelone en 2012 avait donné la mesure de la montée des aspirations à l'indépendance. L'année dernière, ils avaient été près d'un demi-million à former une chaine humaine à travers la région.

Les indépendantistes veulent cette année être encore plus nombreux, vêtus des couleurs rouge et or du drapeau catalan, pour former un V de 11 km de long sur deux grandes avenues de Barcelone.

- Nation ou région ? -

"Que tous ceux qui croient que la Catalogne est une nation et a le droit à décider de son avenir rejoignent le V, parce que c'est là que nous convoquerons la consultation", proclame Forcadell.

Le président de la région Artur Mas, à la tête d'une la coalition nationaliste CiU, s'est engagé en 2012 à organiser cette consultation en échange de l'appui des indépendantistes de l'ERC.

Le projet est de soumettre deux questions aux électeurs: "voulez vous que la Catalogne devienne un Etat ? Voulez vous que cet Etat soit indépendant ?"

<p>Le président de la région Artur Mas, le 29 juillet 2013 à Barcelone</p>

Mais contrairement à Londres qui a approuvé le referendum écossais, Madrid ne veut rien entendre. Cette consultation "ne peut pas avoir lieu et n'aura pas lieu", a réaffirmé en juillet le chef du gouvernement conservateur Mariano Rajoy après sa dernière rencontre avec Artur Mas.

D'ici au 9 novembre, Mas devra choisir entre défier Madrid et risquer une scission avec l'aile modérée de son parti, ou renoncer au référendum et se couper de son aile dure et de ses incommodes alliés de l'ERC, qui l'ont battu aux dernières élections européennes.

Un mouvement anti-indépendantiste catalan de création récente, la Société civile catalane, rejette la comparaison avec l'Ecosse.

"Ce sont deux réalités différentes. La Catalogne est une région, pas une nation comme l'Ecosse", dit la vice-présidente du SCC Susan Beltran.

"Nous sommes deux pays qui se battent pour la même cause", estime au contraire Salvador Gorro, un vendeur de 54 ans. "Si ça marche pour eux, ce sera bon pour nous".

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