L'Ecosse et l'Angleterre, une histoire marquée par la rivalité puis l'union

Robin MILLARD
<p>Une petite fille agite un drapeau écossais, le 9 septembre 2014 à Edimbourg</p>

Le référendum sur l'indépendance de l'Ecosse fait ressurgir le souvenir d'une histoire avec l'Angleterre marquée par la violence et la passion, les batailles sanglantes et les mariages royaux, avant que l'union des deux pays ne soit scellée il y a 307 ans.

Une grande partie de l'histoire écossaise s'est façonnée dans l'opposition à son voisin plus grand. Et quoi qu'il arrive le 18 septembre, jour du référendum, l'Ecosse devrait continuer de voir l'Angleterre influer sur sa destinée.

S'il est difficile de définir exactement à quand remonte les prémices de l'Ecosse, les Romains érigèrent le mur d'Hadrien vers 120 -encore en partie debout- pour se protéger des tribus calédoniennes et marquer la frontière nord.

Quelque 700 ans plus tard, face à la poussée des Vikings, Kenneth MacAlpin ou Kenneth Ier, considéré comme le fondateur de la monarchie écossaise, réussit à rassembler les Pictes et les Scots.

Appelé à arbitrer la succession dynastique écossaise, le roi d'Angleterre Edouard 1er proclame sa suzeraineté et envahit l'Ecosse en 1296, donnant le coup d'envoi de guerres d'indépendance qui durent jusque 1357 et la victoire écrasante de l'armée écossaise menée par Robert Bruce face aux Anglais à Bannockburn. L'Ecosse y regagne son indépendance.

En 1502, le Traité de paix perpétuelle, signé par Jacques IV d'Ecosse et Henri VII d'Angleterre, essaie de mettre un terme aux combats sporadiques entre les deux états. Pour sceller le pacte, Henri VII offre en mariage sa fille Marguerite à Jacques.

En 1603, le roi Jacques VI d'Ecosse devient aussi Jacques Ier d'Angleterre, succédant à Elizabeth Ier qui avait fait exécuter sa mère Marie seize ans plus tôt. Se proclamant roi de Grande-Bretagne, il s'installe à Londres même si les deux pays restent indépendants.

- Un mariage de raison, pas d'amour -

Cent ans plus tard, après de longues négociations, le Traité d'union donnant naissance au Royaume-Uni de Grandre-Bretagne est signé, en 1707.

Professeur d'histoire écossaise à l'université de Dundee (sud-est de l'Ecosse), Chris Whatley, explique que le débat autour de cette union fût aussi intense qu'aujourd'hui.

"L'Ecosse est une nation aujourd'hui divisée. A l'époque, elle était aussi profondément divisée au sujet de sa relation avec l'Angleterre", explique-t-il à l'AFP.

"Je pense qu'il y avait de bonnes raisons à s'unir en 1707. Ce n'était pas populaire mais c'était dans l'intérêt de l'Ecosse", dit-il.

"Il y avait une profonde inquiétude, en tout cas au sein des classes dirigeantes écossaises, que l'Ecosse accuse un retard avec le reste de l'Europe" dans un contexte de développement du commerce international. Car "les Ecossais n'avaient pas la marine capable d'assister ses navires marchands en haute mer (...) Ils n'avaient pas non plus d'empire colonial, l'Angleterre si".

Si l'Ecosse n'a pas immédiatement tiré les fruits de l'adoption de la bannière britannique, elle n'a pas été longue à le faire. Elle a prospéré au delà de ce qu'on pouvait escompter, vu sa taille.

Outre le rôle important des Ecossais dans la conquête et l'administration de l'empire britannique, leur ingéniosité a conduit à l'invention du téléphone, de la télévision, de la pénicilline, du radar, des moteurs à vapeur et des imperméables Mackintosh... pour ne citer que quelques exemples.

Toutefois, dans l'opinion publique, l'union est restée un "accord illégitime, imposé aux Ecossais par des politiciens véreux", ajoute M. Whatley.

Tom Devine, l'un des plus grands historiens écossais, pense qu'avec la fin de l'empire britannique, le déclin du protestantisme et le transfert de pouvoirs déjà accordé à Edimbourg, la nécessité d'une union anglo-écossaise a fait son temps.

"L'union de l'Angleterre et l'Ecosse n'était pas un mariage d'amour. C'était un mariage de raison. C'était pragmatique", a-t-il déclaré au quotidien The Guardian.

"De 1750 à 1980, la relation a été stable. Aujourd'hui, les bases qui ont fait cette stabilité ont disparu ou se sont largement évanouies", conclut-il.

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