Vincent Bolloré, un touche à tout de l'industrie et des médias

Septime MEUNIER
<p>Vincent Bolloré, le 9 septembre 2014</p>

Magnat de l'industrie, Vincent Bolloré a fait en quelques décennies de la papeterie familiale en perdition un empire qui va des médias à la logistique et qui comptera bientôt un nouveau joyau après le renforcement de sa position dans le publicitaire Havas.

Né le 1er avril 1952 dans une famille d'industriels bretons, il débute sa carrière dans la finance après des études de droit, avant de se lancer avec succès dans l'industrie.

Fondé de pouvoir à la Banque de l'Union européenne (BUE) tout en poursuivant des études de droit (il obtiendra un doctorat), Vincent Bolloré devient à 23 ans, directeur-adjoint de la Compagnie financière d'Edmond de Rothschild, alliée de la famille.

Alors qu'il est déjà bien établi dans la banque, le jeune homme pressé décide de reprendre, avec son frère Michel-Yves, l'entreprise familiale spécialisée dans le papier bible et son papier à rouler OCB, alors qu'elle était au bord du dépôt de bilan.

Au prix d'une baisse des salaires de 30% et d'un recentrage sur les sachets à thé et les papiers métallisés ultra-fins utilisés dans l'industrie des condensateurs, Vincent Bolloré redresse l'entreprise, devenue Bolloré Technologies, qui devient cinq ans plus tard numéro un mondial du secteur.

Mais la stratégie de diversification n'est pas toujours un long fleuve tranquille. Le groupe trébuche en 1992 avec l'achat de l'armement Delmas-Vieljeux, trop cher payé au moment où la conjoncture se retourne dans le transport maritime.

Qu'importe, le surdoué Vincent Bolloré assainit la situation financière, renoue avec les bénéfices et les coups financiers, ce qui lui vaut les surnoms de "petit prince du cash-flow" ou d'"il Scalatore" (le raider), souvenir d'une intrusion dans la banque italienne Mediobanca en 2001, dont il est toujours actionnaire.

A partir des années 2000, il se lance dans les médias avec succès. Il part à l'abordage des publicitaires français Havas et britannique Aegis. Avec des destins opposés: s'il se renforce désormais chez le premier, il a tiré un trait sur son aventure avec le second.

Son empire s'étend aussi à la presse gratuite (Direct Matin). En 2012, il devient le premier actionnaire du géant Vivendi, lors de la revente à Canal+ de ses chaînes de télévision D8 et D17.

- D'Autolib' au port d'Abidjan -

Son arrivée en juin à la tête du Conseil de surveillance de l'ancienne Générale des Eaux n'a pas pour autant été exempte de frictions avec celui qu'il a remplacé, Jean-René Fourtou, à propos de la gouvernance du groupe.

Un accord a finalement été trouvé en novembre 2013, avec la nomination de Vincent Bolloré à la présidence de la partie médias et contenus du groupe, symbole d'une nouvelle stratégie marquée par la sortie des télécoms comme cela a été le cas cette année avec SFR et GVT.

Soucieux d'assurer la pérennité du groupe familial, ce fervent catholique a placé plusieurs de ses quatre enfants à des postes clés: après avoir été la tête du pôle médias de Vivendi, Yannick, 34 ans, est président de Havas depuis août 2013 et Cyril préside les activités logistiques de Vivendi.

Son dernier succès est visible à chaque coin de rue à Paris: les voitures électriques Autolib' poursuivent leur expansion dans plusieurs agglomération européennes et même à Indianapolis (Etats-Unis).

Avec son brushing toujours impeccable et son teint hâlé, Vincent Bolloré, comme tous les passionnés, est toujours disponible pour vanter les avantages de cette technologie qu'il a même introduite en Bourse.

Il se montre en revanche plus discret sur les activités du groupe en Afrique, où il possède des plantations d'hévéas, est le n°1 de la logistique et contrôle des ports comme Abidjan (Côte d'Ivoire), Conakry (Guinée) ou Misrata (Libye).

Ses critiques soulignent ses connexions avec les décideurs politiques, comme l'ancien président Nicolas Sarkozy, à qui il avait prêté son yacht de 60 mètres après son élection en 2007.

"Les Bolloré ont une tradition d'accueil. Nous avons reçu Mohammed V, Léon Blum, Georges Pompidou et aussi beaucoup d'autres personnes modestes et inconnues. Accueillir Nicolas Sarkozy au lendemain de son élection fut pour moi un honneur", avait-il laconiquement répondu à l'époque.

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