Présidentielle polonaise: le président sort revigoré d'un débat télévisé
- Publié le 18-05-2015 à 11h26

Le président polonais Bronislaw Komorowski, candidat à sa réélection devancé au premier tour par le conservateur Andrzej Duda, a fait tourner à son avantage le débat télévisé qui les a opposés, à sept jours du vote décisif, estimaient lundi la plupart des commentateurs.
Plus agressif qu'auparavant, le président Komorowski, 62 ans, a défendu dimanche soir son bilan, prônant stabilité et continuité, en homme d'Etat bénéficiant d'une grande expérience, alors que M. Duda, 42 ans, s'est présenté en partisan du changement, reprenant des promesses que ses critiques jugent pourtant difficiles à réaliser.
"Sans aucun doute, le président Komorowski est sorti vainqueur de ce duel", estime Radoslaw Markowski, politologue à l'Académie polonaise des sciences.
"M. Duda s'adressait à son électorat fidèle, sans grande chance de gagner de nouvelles voix. En revanche, M. Komorowski a été très convaincant pour son électorat potentiel, démobilisé au premier tour", a-t-il déclaré à l'AFP.
"Komorowski - Duda 1 à 0", titrait lundi le quotidien de centre gauche Gazeta Wyborcza, soutien fidèle du président sortant. Selon le journal conservateur Rzeczpospolita, "Duda a gaspillé sa chance, Komorowski a le vent en pompe".
"Komorowski a gagné une bataille! Gagnera-t-il la guerre de la présidence?", s?interrogeait le plus grand tabloïd Fakt.
Andrzej Duda, le vainqueur surprise du premier tour avec 34,76% des voix, et le chef de l'Etat à 33,77%, se sont livrés dimanche à un duel courtois mais émaillé d'attaques personnelles.
"Je suis un homme indépendant. Je n'ai aucun supérieur", a lancé le président sortant à son opposant, faisant allusion au chef incontesté du parti Droit et Justice (PiS) Jaroslaw Kaczynski qui a lancé la candidature de M. Duda.

Celui-ci a attaqué le président sur le bilan de son quinquennat, des promesses jamais tenues, des problèmes non résolus et son soutien à la décision de relever l'âge de la retraite à 67 ans.
"Je ferai tout (...) pour faire baisser l'âge de la retraite relevé contre le gré des citoyens", a déclaré M. Duda. Il a promis de réduire des impôts et de taxer les hypermarchés et les banques pour financer ces mesures.
- Plus de 50 milliards d'euros -
"Vous proposez quelque chose qui doit coûter au total plus de 200 milliards de zlotys (50 mds EUR) et vous ne les avez pas", a riposté M. Komorowski, soutenu par le parti centriste Plateforme civique (PO, au pouvoir). Il est apparu bien préparé et incisif lors du débat.
Concernant la politique internationale, M. Duda a souhaité le transfert de bases américaines d'Allemagne en Pologne et s'est dit opposé à la politique de "décarbonisation" prônée par Bruxelles.
Sur la question de l'éthique médicale, délicate dans la Pologne catholique, M. Komorowski a soutenu les techniques de fécondation "in vitro". Il a reproché à M. Duda d'avoir appuyé un projet de son parti qui propose deux ans de prison pour le recours à cette méthode.
Concernant les difficiles relations entre Polonais et Juifs, M. Duda a attaqué le président sur ses anciennes déclarations à propos du massacre de Jedwabne où des paysans polonais avaient brûlé vifs leurs voisins juifs pendant la Seconde guerre mondiale. M. Komorowski y avait déploré que "la nation des victimes ait été aussi celle des coupables", ce qui, selon M. Duda, n'est pas vrai.
M. Komorowski a évoqué les épisodes historiques "difficiles et douloureux" qui ne doivent pas être occultés. "Qui ne le voit pas, ferme les yeux à la vérité historique", a-t-il dit.
"Après une campagne terne jusqu'ici, Komorowski a repris du poil de la bête. Il a été bien plus convaincant pour un électorat qui hésite", selon le politologue Stanislaw Mocek.
Un dernier sondage publié vendredi créditait Andrzej Duda de 44% des intentions de vote, contre 40% pour le président Komorowski. Quelque 16% des Polonais restaient indécis.
Un second débat télévisé entre les deux candidats est prévu jeudi.
Tous les experts s'accordent à dire que l'élection présidentielle est un prélude à la campagne pour les législatives de l'automne. Si M. Duda emporte la présidence, les chances de M. Kaczynski de devenir Premier ministre et de gouverner le pays, en seront nettement accrues.
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