Le conseil des sages de Facebook confirme l'interdiction de Trump sur le réseau social

Juliette MICHEL avec Julie JAMMOT à San Francisco
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Le conseil de surveillance de Facebook a estimé mercredi que le groupe avait eu raison d'interdire à l'ancien président américain Donald Trump de poster des messages sur Facebook et Instagram mais a ordonné au géant des réseaux sociaux d'examiner à nouveau le cas dans les six mois.

L'ancien locataire de la Maison Blanche a bien "créé un environnement où un risque sérieux de violence était possible" avec ses commentaires le 6 janvier, jour de l'assaut du Capitole, a justifié le conseil.

Mais en imposant au lendemain de l'invasion du Congrès par des militants pro-Trump, une suspension "pour une durée indéterminée" des comptes de l'ancien président le groupe a enfreint ses propres règles, a-t-il ajouté.

Facebook doit donc prendre une décision plus appropriée d'ici début novembre, qu'il s'agisse d'interdire définitivement M. Trump des plateformes, de l'autoriser à y revenir ou de suspendre ses comptes pour une nouvelle durée déterminée, a-t-il poursuivi.

Le groupe californien a pendant longtemps toléré de nombreux messages du milliardaire républicain jugés problématiques par de larges pans de la société.

"Nous nous réjouissons que le conseil ait reconnu que les circonstances sans précédent justifiaient la mesure exceptionnelle que nous avons prise", a réagi Nick Clegg, le responsable des affaires publiques du géant des réseaux sociaux.

Le groupe va maintenant "examiner la décision du conseil et déterminer une action claire et proportionnée", et en attendant, le compte de M. Trump "reste suspendu", a-t-il ajouté.

Sans parler directement de la décision du conseil de surveillance, l'ancien président a réitéré mercredi ses accusations, non prouvées, de fraudes électorales.

Il a, dans un communiqué, attaqué une parlementaire républicaine, Liz Cheney, parce qu'elle "continue" d'affirmer "bêtement qu'il n'y a pas eu de fraude électorale lors de l'élection présidentielle de 2020 alors qu'en fait, les preuves (...) démontrent le contraire".

- Effet dissuasif -

D'autres responsables ont réagi plus directement à la décision du conseil, un verdict important pour le rôle politique des plateformes.

L'ancien chef de cabinet de Trump, Mark Meadows, a ainsi immédiatement condamné les conclusions du groupe sur la chaîne Fox News, estimant que cela aurait un effet dissuasif sur la liberté d'expression.

"C'est un triste jour pour l'Amérique, c'est un triste jour pour Facebook", a-t-il déclaré.

Plusieurs organisations civiles ont pour leur part regretté que le conseil ait renvoyé la décision au réseau social.

"A moins que Facebook n'interdise définitivement Trump immédiatement, nous aurons le même spectacle dans six mois", a ainsi déploré le PDG de Media Matters for America, un observatoire des médias marqué à gauche, Angelo Carusone.

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"Six mois ne changeront rien au fait que pendant des années, Donald Trump a exploité la plateforme pour répandre la haine, inciter à la violence et diffuser de la désinformation en violation flagrante des règles de Facebook", a réagi Jonathan Greenblatt, le président de l'Anti-Defamation League (ADL), une organisation de lutte contre l'antisémitisme.

"Au moment de la publication des messages de M. Trump, il y avait un risque clair et immédiat de préjudice et ses paroles de soutien aux personnes impliquées dans les émeutes ont légitimé leurs actions violentes", a détaillé le conseil de surveillance, dont les décisions sont contraignantes.

En tant que président, avec ses 35 millions d'abonnés sur Facebook et 24 millions sur Instagram, M. Trump exerçait une forte influence, ont-ils également argué.

Le conseil de surveillance avait été saisi par Facebook fin janvier.

Cette sorte de "cour suprême" indépendante, financée par le groupe, est composée de 20 membres internationaux dont des journalistes, des avocats, des défenseurs des droits humains et d'anciens dirigeants politiques.

D'autres plateformes ont pris des mesures similaires après l'invasion du Capitole.

YouTube attend que "le risque de violence diminue" avant d'autoriser l'ancien président à publier de nouveau des vidéos sur sa chaîne.

Twitter - son ancien réseau de prédilection avec près de 89 millions d'abonnés - a suspendu son compte de manière irrévocable, même si Jack Dorsey, le fondateur du réseau, avait déploré un "échec à promouvoir une conversation saine".

L'ostracisation numérique de M. Trump avait été globalement saluée par les élus démocrates et la société civile américaine.

Mais en Europe, elle a suscité des critiques d'associations et de dirigeants, dont la chancelière allemande Angela Merkel, inquiets du pouvoir des sociétés technologiques sur la liberté d'expression.

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