Nouvelles tensions à Jérusalem autour de l'expulsion possible de Palestiniens au profit de colons

Hiba ASLAN
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De nouveaux heurts ont éclaté jeudi soir dans un quartier de Jérusalem-Est au coeur d'une vive bataille devant les tribunaux sur le sort de familles palestiniennes menacées d'éviction au profit de colons israéliens.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, à la veille d'une décision de la Cour suprême dans cette affaire, une vingtaine de Palestiniens avaient été blessés selon le Croissant-Rouge, dans des échauffourées avec la police israélienne qui avait fait état de 11 arrestations.

Mais jeudi soir, quelques heures après que la Cour suprême a fixé à lundi une nouvelle audience dans le dossier des familles menacées d'expulsion, le ténor de l'extrême-droite israélienne Itamar Ben Gvir, député de la formation "Sionisme religieux" s'est rendu dans le quartier de Cheikh Jarrah, au coeur du conflit, pour soutenir une famille de colon en répétant en hébreu "cette maison est à nous".

Des Palestiniens ont lancé des projectiles sur une tente disposée devant une maison par des colons et ont échangé des injures avec le député Ben Gvir. Dans la foulée, la police israélienne a indiqué avoir arrêté sept personnes et jugé la situation "sous contrôle".

"Cette terre est une terre palestinienne (...) et nous les habitants du quartier nous ne pouvons accepter que cette terre soit la leur, cette terre est la nôtre, cette terre est la nôtre", a répété Nabeel al-Kurd, 77 ans, et membre d'une des familles risquant l'éviction.

Les tensions s'articulent sur la question de la propriété foncière de terres sur lesquelles sont construites plusieurs maisons où vivent quatre familles palestiniennes.

Le tribunal de district de Jérusalem a rendu en début d'année une décision favorable aux familles juives qui revendiquent des droits de propriété dans ce quartier de Jérusalem-Est, secteur palestinien occupé et annexé par Israël.

Selon la loi israélienne, si des juifs peuvent prouver que leur famille vivait à Jérusalem-Est avant la guerre israélo-arabe de 1948, ils peuvent demander à ce que leur soit rendu leur "droit de propriété". Une telle loi n'existe toutefois pas pour les Palestiniens ayant perdu leurs biens pendant la guerre.

La décision du tribunal avait provoqué la colère des Palestiniens qui la contestent et depuis des manifestations ont souvent mené à des affrontements avec les forces de l'ordre.

- "C'est impossible"! -

La Cour suprême avait demandé dimanche aux familles palestiniennes et aux colons de trouver un accord avant ce jeudi.

Faute de compromis, la Cour doit désormais statuer sur la possibilité pour les familles palestiniennes de faire appel du jugement. Une audience doit se tenir lundi matin, a-t-elle indiqué.

Les résidents palestiniens ont expliqué avoir rejeté la proposition de l'organisation de colons "Nahalat Shimon" selon laquelle les familles devaient reconnaître les droits de propriété des colons en échange de quoi un membre par famille palestinienne serait qualifié de "locataire protégé", ce qui permettrait d'éviter temporairement l'expulsion.

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Mais, d'après cette proposition, à la mort du "locataire protégé", le logement reviendrait à l'association et les familles seraient expulsées, a expliqué Sami Irshid, l'un des avocats palestiniens à l'AFP.

Yehonatan Yosef, membre de "Nahalat Shimon", a quant à lui accusé les familles palestiniennes de rejeter "tout compromis".

- "Avertissement" -

Les colons soulignent qu'une petite communauté juive habitait dans l'actuel quartier de Cheikh Jarrah avant la guerre de 1948, à l'issue de laquelle le secteur oriental de Jérusalem est passé sous contrôle jordanien jusqu'à son occupation par Israël en 1967.

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La Jordanie, qui continue d'être gardienne des lieux saints musulmans à Jérusalem-Est, a transmis en avril à l'Autorité palestinienne des documents selon lesquels elle avait "construit" ces logements à Cheikh Jarrah et avait "conclu des contrats de location" avec les familles palestiniennes.

Selon Amman, il s'agissait plus précisément de contrats entre le gouvernement jordanien, propriétaire des maisons, et des locataires palestiniens, certifiés par l'Agence de l'ONU pour l'aide aux réfugiés palestiniens (Unrwa). Pour la Jordanie, les prétentions des Palestiniens ont aussi des bases légales.

Pour les Palestiniens, l'affaire de Cheikh Jarrah s'inscrit dans une campagne plus large visant à les chasser de Jérusalem-Est, où vivent aujourd'hui plus de 300.000 Palestiniens et 210.000 colons israéliens dont la présence est jugée illégale par le droit international.

Le chef de la branche militaire du mouvement islamiste Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza Mohammed Deif, a de son côté lancé cette mise en garde mardi: "si l'agression contre notre peuple ne cesse pas à Cheikh Jarrah, l'ennemi en paiera un prix élevé".

Estimant que la situation était "très préoccupante", l'envoyé spécial de l'ONU pour le Moyen-Orient Tor Wennesland a appelé Israël à mettre fin aux expulsions à Jérusalem-Est et à faire preuve de retenue.

Paris, Berlin, Londres, Rome et Madrid ont demandé à Israël de "mettre un terme à sa politique d'extension des colonies de peuplement dans les territoires palestiniens occupés", qualifiées d'"illégales", et de cesser les expulsions à Jérusalem-Est, dans un communiqué commun publié jeudi.

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