Après une année noire, l'UE veut créer de "bons emplois" pour les Européens

Thomas CABRAL avec Daniel ARONSSOHN à Bruxelles

Les dirigeants de l'UE se sont réunis vendredi à Porto, au Portugal, pour tenter de construire une Europe plus sociale après les dégâts économiques de la pandémie, mais la route s'annonce longue avant des réalisations concrètes tant les Vingt-Sept sont divisés.

"Nous devons faire en sorte que le social soit une priorité absolue. Nous allons discuter comment créer de bons emplois et mettre l'accent sur la formation", a déclaré la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, avant de participer à des ateliers réunissant représentants de la société civile, syndicalistes et dirigeants européens.

"Après une année de pandémie très difficile", le sommet intervient "au meilleur moment", a estimé la dirigeante. L'Europe voit le bout du tunnel avec la vaccination et l'allègement progressif des contraintes sanitaires qui laissent espérer un rebond économique.

Sous le ciel radieux de la cité portuaire, Mme von der Leyen a rappelé les réalisations de l'Europe dans la crise, et notamment le plan de relance de 750 milliards d'euros financé par un endettement commun inédit, symbole de solidarité européenne.

Le président français Emmanuel Macron a évoqué les chantiers législatifs en cours à Bruxelles pour tenter de mieux protéger les travailleurs des nouvelles plateformes numériques ou imposer une convergence vers le haut des salaires minimum dans l'UE. Sans en occulter les difficultés.

- "Résistances et réticences" -

"Il y a des résistances, des réticences, des moments de crispation, mais ils sont nécessaires pour qu'il y ait aujourd'hui des avancées", a-t-il dit.

Les pays du Sud, comme la France, l'Italie, l'Espagne ou le Portugal y sont favorables. Mais les pays du Nord, attachés à leurs modèles nationaux performants, et ceux de l'Est, qui craignent de perdre leur compétitivité, rejettent toute harmonisation des salaires minimums.

Vendredi soir, les chefs d'Etat et de gouvernement se réuniront pour un dîner de travail où seront aussi évoqués des sujets internationaux comme les tensions avec la Russie et la levée des brevets sur les vaccins anti-Covid proposée mercredi par le président américain Joe Biden pour aider les pays pauvres.

Emmanuel Macron s'est dit "ouvert" à cette proposition tout en appelant Britanniques et Américains à arrêter de bloquer les exportations de vaccins.

Le sommet se poursuivra samedi, jour où les Vingt-Sept devraient approuver un "plan d'action" de la Commission sur le dossier social, présenté début mars, et limité à trois objectifs à l'horizon 2030. Bruxelles souhaite augmenter à 78% le taux d'emploi, former chaque année au moins 60% des adultes et réduire de 15 millions le nombre de personnes menacées de pauvreté ou d'exclusion sociale.

Les négociations sur la déclaration finale ont parfois achoppé sur des sujets inattendus. Varsovie et Budapest ont irrité leurs partenaires en refusant l'utilisation de l'expression "gender equality" ("égalité des genres") au motif qu'elle créerait "un espace pour les droits des LGBT", selon un diplomate européen.

Parmi les Vingt-Sept, seule une poignée de dirigeants ont renoncé à venir au Portugal, dont la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, qui participeront à distance.

- Dumping fiscal -

Des partis de gauche ont organisé un contre-sommet et prévu de manifester samedi dans les rues de Porto. "Le plan d'action de l'UE n'est pas du tout à la hauteur des enjeux", estime Leïla Chaibi, députée France Insoumise (gauche radicale) au Parlement européen.

Olivier De Schutter, rapporteur spécial de l'ONU sur les droits de l'homme, souligne que 700.000 personnes en Europe dorment à la rue chaque nuit et plus de 20 millions de travailleurs vivent dans la pauvreté en raison de l'augmentation des formes de travail précaire, notamment dans les nouvelles plateformes numériques.

Il dénonce "la concurrence fiscale" entre Etats, qui les pousse à rogner dans leurs dépenses sociales.

"Nous devons corriger cela", a reconnu Emmanuel Macron évoquant le projet de taxe numérique soutenu par Paris qui fait l'objet de négociations à l'OCDE et entre Européens.

Le sommet aura en tout cas créé de l'activité à Porto pour des commerçants très éprouvés.

La pandémie a emporté "les économies de toute une vie" et "maintenant nous devons repartir de zéro", a expliqué à l'AFP Fernanda Martins, qui tient avec son mari un petit café familial, dans le quartier populaire de Miragaia.

Samedi se tiendra aussi un sommet UE-Inde en visioconférence pour relancer les relations bilatérales et reprendre des négociations sur un accord de libre-échange suspendues depuis 2013.

© 2021 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.

logo AFP