L'UE tente de prendre un virage social après la pandémie

Thomas CABRAL avec Daniel ARONSSOHN à Bruxelles
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Les dirigeants de l'UE se réunissent vendredi à Porto, au Portugal, pour tenter de construire une Europe plus sociale après les dégâts économiques de la pandémie, mais la route s'annonce longue avant des réalisations concrètes tant les Vingt-Sept sont divisés.

Les présidents de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, du Conseil, Charles Michel, et du Parlement européen, David Sassoli, ont été accueillis à 11H00 locale (10H00 GMT) devant l'hôtel de ville par le Premier ministre portugais Antonio Costa, sous un beau ciel bleu.

Le "sommet social" devait démarrer à 13H00 locale (12H00 GMT) par des ateliers réunissant des représentants de la société civile, des syndicalistes et des dirigeants européens.

Mais la réunion entre chefs d'Etat et gouvernement en tant que telle commencera vendredi soir, avec un dîner de travail où seront aussi évoqués des sujets internationaux comme les tensions avec la Russie et la levée des brevets sur les vaccins anti-Covid proposée mercredi par le président américain Joe Biden.

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Elle se poursuivra samedi, jour où les Vingt-Sept devraient approuver un "plan d'action" de la Commission en matière sociale, présenté début mars et limité à trois objectifs à l'horizon 2030. Bruxelles souhaite augmenter à 78% le taux d'emploi, former chaque année au moins 60% des adultes et réduire de 15 millions le nombre de personnes menacées de pauvreté ou d'exclusion sociale.

Parmi les Vingt-Sept, seule une poignée de dirigeants ont renoncé à faire le déplacement, dont la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, qui participeront à distance.

- Un contre-sommet -

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Des partis de gauche ont organisé un contre-sommet et prévu de manifester samedi dans les rues de Porto.

L'événement a déjà animé la cité fluviale, où les restrictions sanitaires ont été allégées, comme dans le reste du Portugal, grâce à un taux d'incidence du coronavirus parmi les plus bas d'Europe.

La pandémie a emporté "les économies de toute une vie" et "maintenant nous devons repartir de zéro", explique Fernanda Martins, qui tient avec son mari un petit café familial, dans le quartier populaire de Miragaia.

Le plan d'action sociale de l'UE "manque clairement d'ambition", estime Olivier De Schutter, rapporteur spécial de l'ONU sur les droits de l'homme.

Il souligne que 700.000 personnes en Europe dorment à la rue chaque nuit et plus de 20 millions de travailleurs vivent dans la pauvreté en raison de l'augmentation des formes de travail précaire, notamment dans les nouvelles plateformes numériques.

Avec l'essor de la pauvreté depuis un an, la pandémie a pourtant "révélé l'importance du social" dans l'UE, a assuré à l'AFP le commissaire européen à l'Emploi, Nicolas Schmit.

De nombreux économiste jugent sévèrement l'austérité budgétaire, qui a dominé l'Europe sous l'influence allemande dans les années 2010.

"On en a vu les conséquences: montée du populisme, de la pauvreté, du chômage. On a compris que les recettes n'étaient peut-être pas adaptées. Je crois que la leçon a été apprise", avance Nicolas Schmit.

- Polémique sur les genres -

L'Europe a évolué: malgré ses divisions, elle a réussi à adopter l'an dernier un plan de relance de 750 milliards d'euros avec un endettement commun inédit.

L'une des premières mesures prises en 2020, au début de la crise, fut de suspendre le Pacte de stabilité qui impose des limites aux déficits budgétaires et à la dette publique. La mesure, toujours en vigueur, a permis aux Etats membres d'engager les dépenses nécessaires pour protéger les emplois et relancer l'économie.

Bruxelles a récemment lancé des chantiers législatifs pour tenter de mieux protéger les travailleurs des nouvelles plateformes numériques ou imposer une convergence vers le haut des salaires minimum dans l'UE.

Les pays du Sud, comme la France, l'Italie, l'Espagne ou le Portugal y sont favorables. Mais les pays du Nord, attachés à leurs modèles nationaux performants, et ceux de l'Est, qui craignent de perdre leur compétitivité, rejettent toute harmonisation des salaires minimums.

Résultat: les discussions traînent en longueur... Y compris sur des sujets inattendus. Varsovie et Budapest ont irrité leurs partenaires en refusant l'utilisation de l'expression "gender equality" ("égalité des genres") dans la déclaration finale, au motif qu'elle créerait "un espace pour les droits des LGBT", selon un diplomate européen.

Samedi se tiendra un sommet UE-Inde en visioconférence pour relancer les relations bilatérales et reprendre des négociations sur un accord de libre-échange suspendues depuis 2013.

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