Craintes d'une nouvelle escalade à Jérusalem après une nuit de violences

Daniella CHESLOW
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La communauté internationale a appelé à éviter l'escalade après une nuit de violences sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem, qui a fait plus de 200 blessés, mais des appels à des manifestations palestiniennes samedi font craindre un nouvel engrenage.

Après un appel à la retenue des Etats-Unis, la Russie et l'Union européenne ont exprimé leur inquiétude et appelé Israéliens et Palestiniens à agir pour calmer la situation qualifiée par l'UE "d'explosive" à Jérusalem-Est, secteur palestinien occupé par Israël depuis 1967 puis annexé.

Le calme régnait samedi dans la Ville sainte, mais de nouvelles manifestations pourraient avoir lieu dans la soirée.

Vendredi, des dizaines de milliers de fidèles s'étaient réunis dans l'enceinte de l'esplanade des Mosquées -- appelée Mont du Temple par les juifs -- pour la dernière grande prière hebdomadaire avant la fin du mois de jeûne musulman du ramadan.

Des images relayées sur les réseaux sociaux montrent la police anti-émeute israélienne déferler sur l'esplanade et tirer des grenades assourdissantes dans les bâtiments, où des fidèles, parmi lesquels des femmes et des enfants, priaient.

Des policiers israéliens ont fermé les portes de la mosquée Al-Aqsa, enfermant des fidèles pendant plusieurs heures, a constaté un journaliste de l'AFP.

Dans une vidéo, le directeur d'Al-Aqsa, Omar al-Kiswani, a affirmé que juste après la rupture du jeûne, la mosquée avait été "prise d'assaut pour la vider et (que) des fidèles non armés (avaient été) attaqués".

Les heurts ont opposé des Palestiniens à la police israélienne, qui a répliqué avec des grenades assourdissantes et des balles en caoutchouc, après que des fidèles ont lancé des bouteilles et autres projectiles en direction des forces de l'ordre, selon ces dernières.

- Plus de 200 blessés -

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Selon le Croissant-Rouge palestinien, au moins 205 Palestiniens ont été blessés -- dont plus de 80 ont été hospitalisés --, la plupart sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est.

La police israélienne a fait état de 18 blessés dans ses rangs.

Des accrochages ont également eu lieu dans le quartier voisin de Cheikh Jarrah, où des manifestations contre la possible éviction de familles palestiniennes au profit de colons israéliens ont dégénéré ces derniers jours en heurts avec la police.

Les accrochages sur l'esplanade des Mosquées vendredi sont les plus violents depuis ceux de 2017, quand Israël avait décidé de placer des détecteurs de métaux à l'entrée du site, avant d'y renoncer.

De nouveaux rassemblements sont attendus samedi dans des villes arabes israéliennes.

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Des dizaines d'Arabes israéliens (descendants des Palestiniens restés sur leurs terres après la création d'Israël, 20% de la population) ont répondu à cet appel à Nazareth, brandissant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire "l'occupation est du terrorisme".

Le Hamas, mouvement islamiste au pouvoir dans la bande de Gaza sous blocus israélien, a lui appelé les Palestiniens à rester dans le complexe d'Al-Aqsa jusqu'à jeudi --jour qui devrait marquer la fin du ramadan.

Des centaines de personnes ont dormi sur les tapis d'Al-Aqsa, dans un acte de défiance.

- "Très préoccupés" -

L'Union européenne a appelé les autorités de tous bords à agir de "toute urgence" pour une "désescalade" et la Russie a exprimé son "inquiétude", appelant à éviter une "escalade des violences".

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Alliés clé d'Israël, les Etats-Unis avaient appelé vendredi "les responsables israéliens et palestiniens à agir de manière décisive pour désamorcer les tensions et mettre un terme à la violence". "Il est absolument essentiel que toutes les parties fassent preuve de retenue et s'abstiennent de toute action ou rhétorique provocatrice", a déclaré un porte-parole du Département d'Etat, Ned Price.

"Nous sommes également très préoccupés par l'expulsion potentielle des familles palestiniennes des quartiers de Cheikh Jarrah", a-t-il ajouté. L'Arabie saoudite s'est prononcée contre l'expulsion de Palestiniens de Cheik Jarrah.

Plusieurs pays du Golfe, ainsi que la Turquie, l'Iran, la Tunisie, le Pakistan ou encore l'Egypte ont condamné les agissements de la police israélienne, la Jordanie -- gardien des lieux saints musulmans à Jérusalem-Est -- dénonçant une "agression sauvage".

Le président palestinien, Mahmoud Abbas, a lui reproché à Israël les "développements dangereux dans la Vieille Ville" de Jérusalem.

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Les nouvelles violences surviennent dans un contexte de tensions à Jérusalem-Est mais aussi en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967.

Le centriste Yair Lapid, chargé de former un gouvernement par le président israélien, a apporté son soutien aux forces de police israéliennes, affirmant sur Twitter que l'Etat hébreu ne "laisserait pas la violence s'installer et les groupes terroristes le menacer".

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