Vent de liberté en Espagne avec la levée partielle des restrictions sanitaires

Daniel BOSQUE, Mathieu GORSE
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Un vent de liberté s'est levé dimanche en Espagne, où les habitants sont enfin autorisés à sortir de leur région pour changer d'air ou retrouver des proches qu'ils n'avaient pas vus depuis des mois.

Dans la plupart des régions, la fin de ce régime d'exception à 00H00 dans la nuit de samedi à dimanche, a signifié également la levée du couvre-feu comme à Barcelone (nord-est) où cris, applaudissements et musique ont marqué cette liberté retrouvée.

"On dirait le Nouvel An", disait Oriol Corbella, 28 ans, sorti dans les rues comme des centaines de jeunes qui oubliaient souvent les gestes barrière.

"On retrouve un peu de normalité, de la liberté, mais il faut garder à l'esprit que le virus est encore présent", ajoutait-il.

A Madrid, Laura, qui n'a pas souhaité donner son nom de famille, avait les larmes aux yeux à la gare d'Atocha en attendant des membres de sa famille venus de la région de Castille-la-Manche (centre).

"Ca fait huit mois qu'on ne les a pas vus, c'est beaucoup d'émotion", a expliqué cette femme de 45 ans.

A part à Noël où les restrictions avaient été assouplies durant quelques jours pour permettre les réunions familiales, les Espagnols n'ont pas pu quitter leur région depuis le début de l'état d'urgence fin octobre.

Dissuadées par l'explosion des cas ayant suivi Noël, les autorités avaient maintenu les bouclages de régions pour la Semaine sainte, fête familiale fondamentale en Espagne.

Ces bouclages ont été particulièrement mal vécus par les Espagnols, empêchés d'aller voir leur famille dans une autre région alors que le pays restait ouvert aux touristes étrangers.

- Casse-tête juridique -

Vent de liberté pour les Espagnols, la levée de l'état d'urgence est en revanche un véritable casse-tête pour les régions, compétentes en matière de gestion de la crise sanitaire.

Car, depuis octobre, elles avaient pu imposer des couvre-feux et bloquer l'entrée ou la sortie de leur territoire sans avoir besoin de l'autorisation de la justice, grâce à la limitation des libertés fondamentales permise par ce régime d'exception.

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Si elle est synonyme de levée du couvre-feu et d'ouverture des régions, la fin de l'état d'urgence ne signifie toutefois pas la fin des restrictions dans l'un des pays les plus touchés en Europe par la pandémie avec près de 79.000 morts et 3,5 millions de cas.

Les 17 communautés autonomes peuvent, par exemple, toujours limiter les horaires ou la capacité d'accueil des bars, des restaurants ou des commerces.

Elles peuvent aussi demander le rétablissement d'un couvre-feu ou le bouclage de leur territoire mais ont désormais besoin pour cela de l'aval d'un tribunal.

Et c'est là que commence le casse-tête.

Si l'archipel touristique des Baléares ou la région de Valence ont obtenu le feu vert pour conserver un couvre-feu, le Pays basque (nord) a vu sa demande de bouclage de la région et de couvre-feu rejetée par la justice.

Au début de l'automne, lorsque le régime d'exception n'était pas encore en place, des tribunaux avaient invalidé des mesures anti-Covid prises par des régions, créant la confusion et amenant le gouvernement du socialiste Pedro Sanchez à décréter l'état d'urgence.

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Plusieurs régions avaient mis la pression ces dernières semaines sur l'exécutif pour qu'il prolonge l'état d'urgence mais celui-ci a refusé, arguant qu'il ne pouvait faire durer indéfiniment un régime d'exception et mettant en avant l'amélioration de la situation sanitaire et l'avancée du programme de vaccination.

Sur un plan plus politique, une prolongation de l'état d'urgence aurait dû être approuvée par le Parlement où le gouvernement est minoritaire.

- Mise en garde des autorités -

Alors que la météo est clémente, les autorités ont mis en garde la population, fatiguée par plus d'un an de restrictions, contre le risque d'un relâchement excessif.

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Il faut éviter d'avoir "une fausse perception (...) Cela ne veut pas dire la fin des mesures de contrôle" de l'épidémie, a insisté jeudi l'épidémiologiste en chef du ministère de la Santé, Fernando Simon.

"Les gens doivent comprendre qu'ils doivent continuer à appliquer les mesures qui dépendent de chacun d'entre nous", a-t-il ajouté car "on ne peut rien exclure en terme d'évolution de la pandémie".

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