Mitterrand: un unificateur de la gauche doué d'une âme de conquérant

Nadège PULJAK
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François Mitterrand, président de la République de 1981 à 1995, un record de longévité sous la Ve République, reste un totem pour la gauche qu'il sut unir le temps de conquérir le pouvoir en 1981, après 23 ans d'opposition.

En étant élu le 10 mai 1981, "Mitterrand a donné de la crédibilité à la gauche aux yeux des Français", assure à l'AFP Jean-Louis Bianco, secrétaire général de l'Elysée pendant neuf ans. "Il a appris à la gauche à gouverner".

"Il a toujours cherché à élargir le spectre de sa formation politique" quand il en était le premier secrétaire du PS, souligne encore Jean-Christophe Cambadélis, l'un de ses lointains successeurs.

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A gauche, il reste une figure de référence, parce que "c'est tellement médiocre aujourd'hui", soupire Anicet Le Pors, l'un des quatre ministres PCF, de 1981 à 1984. "Comme de Gaulle, Mitterrand fait partie du patrimoine de l'identité française", s'enthousiasme Julien Dray. Pour Michaël Delafosse, maire PS de Montpellier, né en 1977, Mitterrand reste "une référence inspirante".

Avocat de formation, né en 1916 à Jarnac (Charente) dans un milieu catholique et conservateur, il flirtera avec l'extrême droite dans les années 30. Après-guerre, il sera élu député ou sénateur de la Nièvre quasiment sans discontinuer de 1946 à 1981 - la première fois avec l'appui de la droite et de l'Eglise. Il devient aussi maire de Château-Chinon en 1959. Sous la IVe République, il est onze fois ministre (Anciens combattants, Outre-mer, Intérieur, Justice...).

François Mitterrand se construit ensuite politiquement en opposition au général de Gaulle. Hostile au retour au pouvoir de l'ex-chef de la France libre, en 1958, il restera 23 ans dans l'opposition, entreprenant patiemment de reconstruire la gauche.

En 1965, saisissant l'opportunité du refus de Pierre Mendès-France de mener la bataille, Mitterrand met de Gaulle en ballottage au 1er tour de la première présidentielle moderne au suffrage universel. Il perdra au second tour, mais son but est atteint: avec une aura considérablement rehaussée, il se pose désormais en opposant numéro un du général.

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- "Fin crépusculaire" -

Il refonde le PS en 1971 au congrès d'Epinay, pour en faire "un outil neuf en phase avec la société et avec son époque", selon Ségolène Royal. Il passe un accord de "programme commun" de gouvernement avec les communistes l'année suivante. Candidat de l'union de la gauche en 1974, il échoue de peu face à Valéry Giscard d'Estaing.

Un seul accroc: le faux attentat de l'Observatoire en 1959, qui faillit interrompre sa carrière.

Toute sa vie, cette personnalité complexe, grand lecteur des auteurs classiques mais aussi de l'écrivain collaborationniste d'extrême droite Jacques Chardonne, cultivera la réserve et l’ambiguïté. "Il avait un côté sphinx, avec lui, il n'y avait pas de copinages", se souvient Charles Fiterman, ministre PCF des Transports. "Mais il avait aussi le sens de l'humour et il aimait rire", témoigne Lionel Jospin.

Après avoir férocement critiqué la Ve République, Mitterrand se coulera pourtant dans ses institutions, une fois à l'Elysée. "La monarchie républicaine lui allait comme un gant", relève l'historien Michel Winock.

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S'il contribue à moderniser la France grâce à ses réformes (abolition de la peine de mort, décentralisation...), il est incapable d'endiguer la hausse du chômage qui double du début à la fin de ses mandats. Contre le chômage, "on a tout essayé", lâche-t-il en octobre 1993.

Sa fin de règne est entachée de drames et scandales: les suicides de son ancien Premier ministre Pierre Bérégovoy en 1993, de son conseiller François de Grossouvre à l'Elysée en avril 1994, la révélation de l'existence de sa "seconde famille", vivant aux frais de la République, son cancer caché depuis 1981...

Un livre, du journaliste Pierre Péan, met en lumière l'attitude pendant l'Occupation de celui qui fut tour à tour vichyste puis résistant. Jamais il ne reniera Pétain, sur la tombe de qui il faisait déposer une gerbe chaque 11-Novembre, ni son ami le collaborateur René Bousquet.

"C'est une fin crépusculaire" pour "un grand artiste de la politique", résume M. Winock.

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