Procès Lelandais: 30 ans requis pour le meurtre d'Arthur Noyer, le jury délibère

Fanny HARDY, Ulysse BELLIER
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Après une journée de plaidoiries et de réquisitions, la cour et le jury des assises de Savoie se sont retirés mardi pour délibérer dans le procès de Nordahl Lelandais, contre lequel trente ans de réclusion criminelle ont été requis pour le meurtre d'Arthur Noyer en 2017.

"Je présente mes plus sincères excuses, à vous la famille Noyer, à vous la famille Maltet (la mère) et à vous, Arthur", a déclaré l'accusé en regardant les proches de la victime à l'issue des débats de mardi, avant que le jury ne parte délibérer vers 16h30.

"Le pardon n'est pas une formule magique pour moi, il est vraiment nécessaire", a-t-il poursuivi, répétant qu'il n'avait "jamais voulu donner la mort" au chasseur alpin de 23 ans dans la nuit du 11 au 12 avril 2017 près de Chambéry.

Une peine de trente ans de réclusion criminelle, assortie d'une période de sûreté des deux tiers, avait été requise un peu plus tôt mardi par la procureure générale, soit la peine maximale encourue.

Thérèse Brunisso avait alors soutenu devant la cour la "volonté de tuer" de Nordahl Lelandais, dans un réquisitoire salué à la sortie de l'audience par la mère d'Arthur, Cécile Noyer: il "est à la hauteur de ce qu'on espérait."

Le jury devra choisir de retenir l'homicide volontaire - et donc l'intention de tuer - ou les violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner (coups mortels), passibles de 15 ans de réclusion et plaidées par la défense.

- "Jugez justement" -

"A la question : +Nordahl Lelandais a-t-il volontairement donné la mort à Arthur Noyer ?+, vous répondrez non", a tonné Me Alain Jakubowicz, avocat de la défense, à la fin de deux heures et demie de plaidoirie.

Rejetant la qualification de meurtre, il a plaidé pour les coups mortels et appelé la cour d'assises à le condamner à 15 ans de prison. "Jugez fermement, mais jugez justement", a-t-il exhorté face au jury.

Dans son argumentaire, l'avocat s'est attaché à tenter de démonter un à un les éléments qui, selon l'accusation, fondent l'intention homicide de Nordahl Lelandais vis-à-vis d'Arthur Noyer.

Pour la défense, ni le lieu de la mort ni les circonstances ne permettent de prouver que Nordahl Lelandais avait, au moment de frapper le caporal, l'intention de le tuer.

Me Mathieu Moutous a notamment estimé que la médiatisation de l'affaire avait "plané sur (les) débats" depuis le 3 mai. Selon lui, le procès de Nordahl Lelandais "s'est ouvert le 31 août 2017" quand "ce jour-là, il va disparaître" au moment de sa mise en cause dans l'affaire Maëlys, au profit d'une image de tueur en série alimentée par les médias.

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Sa collègue, Valentine Pariat, s'est appliquée à démonter cette image: "Le monstre, le monstre, toujours le monstre, et son compagnon d'infortune, le prédateur sexuel". Pour la défense, il n'y a rien de cela dans le dossier.

- La question du mobile -

"Je considère que la gravité du meurtre commis par Nordahl Lelandais, ses actions périphériques, ses éléments de personnalité très défavorables justifient une peine de trente ans", avait auparavant lancé dans la matinée Thérèse Brunisso à l'issue d'un réquisitoire d'une heure.

Toujours attentif depuis son box, l'accusé, en chemise blanche, s'est montré impassible après le prononcé des réquisitions.

"J'ai cherché et recherché quel pouvait être le mobile du meurtre (...) le seul mobile qui peut être envisagé est celui d'avoir une relation sexuelle avec Arthur Noyer", a conclu l'avocate générale, estimant que l'accusé cherchait activement un partenaire sexuel ce soir-là. Il avait depuis quelques mois des relations homosexuelles.

"So what?" Et alors?, a demandé à la cour Alain Jakubowicz, qui dit ne pas croire à cette thèse. "Ca montre qu'il a envie d'avoir une relation sexuelle. Ca ne montre pas qu'il veut le tuer".

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La matinée avait débuté avec la plaidoirie de Bernard Boulloud, l'avocat de la famille Noyer, pour lequel l'accusé "se terre dans ses mensonges".

"Il ne dira jamais, au grand jamais, la vérité sur les circonstances de la mort d'Arthur Noyer, juste pour sauver sa peau, juste par lâcheté", a affirmé Me Boulloud, devant un large portrait de la victime posé aux côtés de ses parents face au box depuis le début du procès.

Egalement impliqué dans la mort de Maëlys en août 2017, qui a plané dans les débats depuis le 3 mai, Nordahl Lelandais devrait comparaître pour cet affaire devant la cour d'assises de l'Isère.

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